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Après la Conférence internationale de l’ONU à Durban …

Par • 16 Déc, 2011 • Catégorie: Climat, Que faire ?

Si tout n’est pas perdu, rien n’est encore gagné.

En tant que président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), j’ai eu l’occasion de participer à la 17ème conférence sur le climat de l’ONU, à Durban.

Cette rencontre était d’une très grande importance. En effet, il fallait décider de l’avenir du Protocole de Kyoto, son application devant expirer fin 2012.

Elle s’inscrivait dans un contexte de plus en plus difficile, en termes de changements climatiques. En effet, on assiste, depuis une décennie,  à une augmentation du nombre de phénomènes climatiques extrêmes, dans le monde entier.

Ceux-ci concernent les dégâts liés à l’eau comme les inondations à la sécheresse avec les incendies ou la désertification des terres agricoles. Ce sont aussi les glissements de terrain, sans oublier les cyclones, typhons ou tornades.

Ces phénomènes concernent toutes les parties du monde et l’actualité récente nous renvoie aux événements de Sicile, de Thaïlande, du Brésil etc.

Tous ces phénomènes ont un impact direct sur les populations. Un seul exemple : la famine dans la corne de l’Afrique provoquant des centaines de morts chaque jour.

Avec l’aggravation de ces phénomènes, les perspectives sont extrêmement sombres.

Une augmentation de la température de 5° ?

C’est là l’une des prises de conscience à laquelle sont parvenus les participants à ce sommet de Durban. En effet, ils considèrent que l’augmentation température sera supérieure aux 2degrés annoncés jusque-là.  Une hausse de 3 degrés est maintenant une hypothèse très plausible.

Mais si l’évolution se poursuivait dans le sens d’aujourd’hui, à savoir peu de mesures contraignantes et restrictives sur l’utilisation, par exemple, des énergies fossiles, la situation ne serait plus maîtrisable. Certains experts estiment aujourd’hui qu’une hausse de température de 5°à fin du siècle est tout à fait envisageable.

C’est donc dans ce contexte que s’est inscrite la conférence de Durban, visant à envisager la suite à donner au protocole de Kyoto.

Certes, il y a eu un certain nombre de réunions de préparation, à Copenhague, puis à Cancun, avec le succès ou plutôt l’insuccès que l’on sait.

La conférence de Durban était donc une date extrêmement importante et devait répondre à cette question : peut-on encore sauvegarder les principales dispositions du protocole de Kyoto?

Or, face à ces enjeux extrêmement importants pour l’avenir même de l’humanité,  force est de constater que la mobilisation autour de cette conférence a été quelque peu ternie par ce qui se déroule sur le plan économique européen voire international. En effet, la situation ne favorisait pas une approche positive de la Conférence de Durban.

Bien des commentateurs de presse – notamment européens –  avaient le regard braqué sur ce qui se passait en Europe, les rencontres entre dirigeants allemand et français, notamment, pour tenter de trouver une solution aux problèmes de la zone euro, alors que, dans le même temps, apparaissent au grand jour des distensions de plus en plus fortes parmi les pays de cette zone.

2100 : c’est demain !

Mais j’ai constaté avec satisfaction que les orateurs présents à Durban ont tous pris conscience de la gravité de la situation.  Si les discussions ont beaucoup porté sur la question de savoir comment on allait pouvoir  limiter la hausse des températures de 2 degrés, de nombreux intervenants ont appuyé leur discours sur les déclarations des scientifiques prévoyant que la hausse de la température pourrait bien atteindre 5 degrés dans une période que pourraient connaître les enfants qui sont nés ces dernières années. Car 2100, c’est tout proche !

Les mesures prises jusqu’ici n’ont pas été suffisantes ;  le cycle de l’augmentation de température n’est pas cassé.

Le fait que ces 10 dernières années aient été marquées par une multiplication des événements climatiques extrêmes, ne semble pas avoir été de nature à modifier le comportement de certains Etats.

Dans une relative indifférence internationale, certains Etats continuent à utiliser les énergies fossiles, pétrole, gaz et charbon, génératrices d’émission de gaz à effet de serre. Cette pression énorme de l’existant, ce mode de développement employé par les industries et les activités humaines contribue fortement à l’aggravation de la situation.

Dans le même temps, on peut constater une prise de conscience de l’opinion publique, de plus en plus sensibilisée à cette question. Mais les populations – notamment européennes – sont également très inquiètes vis-à-vis de l’avenir immédiat, et de ce que l’on appelle la crise. Et cela cache parfois l’importance des défis climatiques.

Des interactions à prendre en compte

A l’ampleur des changements climatiques, s’ajoute la question de la progression démographique. L’interaction entre les deux facteurs amplifie le problème. La population de la planète était estimée à 7 milliards en octobre. Les démographes estiment qu’elle sera de plus de 9 milliards à l’horizon 2050. Ce qui va générer des besoins supplémentaires, et cela va soulever des énormes difficultés pour les populations.

A ces deux phénomènes, dont les interactions sont évidentes, il faut également ajouter les phénomènes liées à la crise économique et financière, elle aussi générant des interactions avec les deux autres.

C’est donc dans un contexte mondial extrêmement difficile que s’est déroulée cette conférence à laquelle participaient plus de 3.000 personnes, représentants des Etats ou des ONG, scientifiques et experts.

Durant deux semaines, les représentants de 194 Etats ont donc examiné la situation. C’est toute la planète qui, ainsi, pouvait s’exprimer.

Les îles sont très vulnérables

L’attente des populations était forte, pour arriver à un véritable accord remplaçant Kyoto et pour que les dirigeants prennent les décisions qui s’imposent.  Si tous les pays du monde sont confrontés à cette situation catastrophique, les îles, elles, sont concernées en premier lieu.

Certaines des 118 îles de Polynésie française sont menacées de disparition en raison de la montée des eaux, Il en est de même pour les îles Kiribati, les Maldives, Tuvalu. Les témoignages des responsables politiques comme ceux des ONG ont été émouvants. Ils subissent avec une violence extrême la question de la montée brutale du niveau des océans.

Sobrement, mais fermement, ils ont fait part de leur certitude : un jour,  leurs îles  vont disparaître. Cela pose, outre la douleur de voir disparaître la terre de ces ancêtres, la question des réfugiés climatiques. Si certains accords ont été signés, entre tel ou tel pays, il faut néanmoins reconnaître qu’au niveau mondial, rien n’est encore officiellement prévu. Alors que les réfugiés du climat vont être, d’année en année, de plus en plus nombreux.

Certaines îles vont disparaître et en Afrique, des milliers de personnes souffrent de la famine, en raison de la  sécheresse. Face à cela, il convient de prendre des mesures sur plan universel. Mais si tout n’est pas perdu, rien n’est encore gagné.

Les principales forces de la planète se dessinent aujourd’hui : d’un côté, les délégués de l’AOSIS, du groupe Afrique, du 77 et de la Chine, de l’Union européenne, et de l’autre, les Etats Unis, le Canada etc.

Stop aux tergiversations !

Il y a d’ailleurs une anecdote révélatrice de tout cela : alors que le représentant des États-Unis s’apprêtait à prendre la parole, une jeune femme a apostrophé l’émissaire américain. Son intervention a été remarquable et remarquée. Remarquable, parce que une immense partie des participants a accueilli son intervention par des applaudissements très nourris.  Et remarquée parce que cette femme a été de suite, encadrée par tous les journalistes et les forces de l’ordre.

Ses propos, dénonçant l’attitude du gouvernement américain, illustrent bien la prise de conscience générale qui s’opère.
 Il convient aussi de souligner l’attitude des pays d’Afrique qui  ont manifesté avec force pour dénoncer les atermoiements des grands États face à l’aggravation de la situation mondiale. Ils ont appelé l’ensemble des participant à se mettre d’accord – enfin –  sur une voie à adopter pour tenter d’éviter le pire.

Le pire a peut être été évité, le sommet de Durban n’est pas un échec. Les représentants des pays sont parvenus à un résultat. Certes, il ne s’agit que d’un sursis pour la planète. Un accord applicable en 2020, avec des engagements de chacun. Mais ils ne sont peut être pas aussi contraignants que certains auraient pu le souhaiter.

Encore du chemin à parcourir … à La Réunion !

Il y a donc encore du chemin à parcourir avant que l’ensemble des grandes puissances mondiales, développées ou en développement, aille au-delà des engagements formels pris lors de ce sommet.

Au-delà de 2020, ces mesures contraignantes en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre s’appliqueront à tous les pays, y compris la Chine, l’Inde ou le Brésil et bien sûr et surtout les Etats Unis.

La Commission de l’Océan Indien était présente. Participaient aussi des délégations venues des Seychelles, de Maurice, de Madagascar.

S’il reste encore du chemin à parcourir pour que tous les pays adoptent une attitude raisonnable et limitent leur recours aux énergies renouvelables, à La Réunion aussi, il reste encore beaucoup à faire : la question des changements climatiques doit réellement être prise en compte, que ce soient par des stratégies d’adaptation ou de limitation d’émissions de gaz à effet de serre.

Or La Réunion était absente de Durban, de façon globale. En effet, même si Le Port a signé la charte des collectivités locales du monde entier, s’impliquant dans la question de la maîtrise de l’énergie, force est de constater que d’autres collectivités, plus importantes, ont brillé par leur absence.

Pourtant la collectivité régionale est en charge de l’aménagement du territoire, des énergies.  C’est d’ailleurs sur la question des énergies que j’ai souvent été interpellé.

Jusqu’en mars 2010, La Réunion était citée en exemple, y compris au plus haut niveau de l’Etat. Ont souvent été mises en avant les expériences réunionnaises réussies en matière de production d’énergies renouvelables et de limitation de consommation d’énergie.

L’avance réunionnaise a disparu

Les études qui avaient été lancées pour la maîtrise des ressources énergétiques marines (courant, marée, énergie thermique des mers) ou géothermiques… ont été stoppées. L’avance que La Réunion avait prise est aujourd’hui réduite à néant.

J’avais été décrié lorsque j’avais alerté, il y a quelques années, sur l’importance des changements climatiques. Tout comme j’avais été raillé, à La Réunion, lorsque j’ai proposé une loi sur la nécessité de la création de l’ONERC.

Aujourd’hui, l’ONERC, de par son travail, est une référence. L’Observatoire est sollicité pour apporter son expertise, pour définir, avec les responsables politiques, ou économiques et les socioprofessionnels des stratégies d’adaptation.

Mais à La Réunion, depuis mars 2010, la préparation de l’avenir, la prise en compte des défis majeurs n’est pas une priorité.

Il est étonnant d’entendre tous les jours, que des communes soient dans l’obligation d’arrêter les circuits d’alimentation en eau, tant pour des raisons d’énorme sécheresse, que parce que le nécessaire n’a pas été fait pour le maintien des réseaux et leur modernisation.

Chacune et chacun d’entre nous peut se rendre compte que ces changements climatiques sont déjà perceptibles à La Réunion : la saison des letchis est décalée, la production sera très faible ; la sécheresse favorise les incendies.  La saison cyclonique vient de débuter. Il y aura, indubitablement, des forts épisodes pluvieux, entrainant la submersion de radiers ou la crue de ravines. Les efforts engagés jusqu’en mars 2010 n’ayant pas été poursuivis, les risques liés à l’eau vont être encore plus importants.

La protection des biens et des personnes devrait pourtant être au cœur de toute action politique.

Une Réponse »

  1. bonjour,
    je suis madame yvette je m’intéresse aussi à l’environnement et développement durable et aimerais participer à vos conférence je travail dans une ONG je suis coordonnatrice des f
    emm

    es et assister à de telle conférence m’aidera aussi à bau coups apprendre.

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