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Le Blog de Paul Vergès

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Le co-développement

Par • 3 Août, 2010 • Catégorie: Co-développement

La 3e édition de l’Université de la formation professionnelle des Régions d’Outre-mer (UROM) s’est tenue à Saint-Denis, du 18 au 20 octobre 2005, en présence du Ministre de l’Outre-mer, François Baroin, et de très nombreuses personnalités venues des Caraïbes, d’Europe et de Mayotte.

Paul Vergès a défendu l’idée selon laquelle la formation était un atout comparatif permettant à La Réunion d’assurer un co-développement fructueux des îles francophones qui nous entourent et même au-delà de ce premier cercle. (Extrait)

Pour un certain nombre de raisons historiques, nous bénéficions à La Réunion d’un niveau de formation que nous ne retrouvons dans aucun pays de la région dans un rayon de 5 à 6000 kilomètres. Je voudrais donner simplement un chiffre : la rentrée scolaire de 2005 a concerné un peu plus de 242 000 jeunes et adolescents depuis la maternelle jusqu’à l’Université. C’est la population totale de La Réunion en 1946.

Par ailleurs, c’est la première fois dans l’histoire de notre région et sans doute dans l’histoire du monde qu’une population comme celle de notre île voit surgir à son horizon proche, Madagascar, un pays de 4 millions d’habitants en 1947, de 18 millions aujourd’hui et de 40 millions en 2050 où doivent se développer l’agriculture, l’aquaculture, l’industrie, etc. Nous avons à bâtir un nouveau concept pour notre région : celui de co-développement.

Il faut que La Réunion oublie son passé de « colonie colonisatrice », comme disaient nos écrivains Marius et Ary Leblond, pour proposer à nos voisins la problématique du co-développement. Il s’agit d’un échange entre partenaires égaux : nous leur apportons un transfert de technologie acquise de l’Occident et, eux, nous renvoient toutes les possibilités de développement durable. C’est gagnant-gagnant. Je pense que les conditions existent et la formation jouera un rôle décisif dans l’avancée de ce concept de co-développement.

Si notre environnement accapare le maximum de nos préoccupations, l’ouverture au monde est aussi un impératif. Le plan Erasmus mis en place dans notre université favorise les échanges d’étudiants avec de jeunes Européens, mais des conventions nous lient également à d’autres universités, en Inde, comme l’Institut de formation de Bangalore[1] qui a une réputation mondiale et avec lequel nous organisons des échanges d’étudiants. Nous allons aussi signer une convention avec l’université Jawaharlal Nehru[2]. Des jeunes partis en formation professionnelle en Chine ont aujourd’hui du travail. Plus étonnant encore : au Canada, des Réunionnais sont débroussailleurs dans la forêt québécoise. Ils sont satisfaits de leur situation au point d’être revenus à La Réunion…pour organiser leur regroupement familial au Québec.

Voilà, concernant la formation, les défis à relever. Si nous ne sommes pas capables de le faire, il nous sera impossible d’avancer.

Pour cela, nous ne devons pas nous limiter au temps présent et aux contours de notre île. J’ai déjà cité le cas de Madagascar, il en est de même pour tous les pays voisins. Dans quelques jours, nous recevrons un fondateur du FRELIMO (Front de libération du Mozambique), Marcelino dos Santos. Il est rare dans une vie de recevoir une telle personnalité, un des fondateurs d’un parti qui a atteint son objectif, celui de libérer le Mozambique. Or, c’est un francophone et il vient à La Réunion pour retrouver les racines communes au Mozambique et à La Réunion. C’est un personnage historique et nous avons à prendre en compte cette dimension, car nos pays voisins, du fait des aléas historiques, sont pour la plupart des pays anglophones, sauf le Mozambique qui est lusophone.

Ainsi l’objectif de La Réunion rejoint-il l’objectif national. Les 30 millions de Malgaches de 2030 et les 40 millions de 2050 choisiront-ils d’utiliser le français comme langue d’échanges et de culture ou bien, sous la pression anglophone de l’océan Indien, choisiront-ils une autre option ? La question est pour nous de contribuer, par la formation, à conserver ce bloc minimum de 50 à 60 millions de francophones dans un océan Indien à dominante anglophone.

Voilà ce qui nous inspire. Il n’est pas possible de mener à bien la tâche quotidienne de la formation des jeunes si nous ne relevons pas la tête pour voir dans quel monde nous sommes et dans quelles perspectives nous travaillons. C’est pourquoi j’ai cru possible de justifier notre détermination dans ce domaine de la formation.

Mots-clés : développement, formation, francophonie, jeunesse.


[1] En décembre 2000, a été signé un accord-cadre Région/Université de La Réunion/Etat du Karnataka en présence du Professeur Sadagopan directeur de l’Indian Institute of Information Technology de Bangalore. En juin 2003, signature d’un accord de coopération entre l’Université de La Réunion et l’Indian Institute of Science spécialisé dans la bioinformatique. En février 2007, signature en Inde de la convention de cotutelle de thèse entre l’Université de La Réunion et l’Université de Manipal (Karnataka).

[2] L’accord cadre de coopération entre l’Université de La Réunion, le Jawaharlal Nehru University de New Dehli et le Conseil régional de La Réunion a été signé le 3 avril 2007 à l’hôtel de Région de Saint-Denis.

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