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Le Blog de Paul Vergès

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Les liaisons maritimes

Par • 3 Août, 2010 • Catégorie: Co-développement, Développement Durable

Comment assurer l’acheminement des marchandises à l’heure des porte containers géants ?

Nous avons à bâtir tout ce qui nous manque. Comment allons-nous faire un co-développement, avec des échanges de marchandises, si nous n’avons pas un seul bateau pour transporter nos marchandises ? Nos importants besoins en matières premières doivent transiter à Singapour pour revenir à La Réunion parce que le fret maritime s’étiole. Le volume croissant des échanges de marchandises du commerce mondial exige des porte containers « géants » capables de transporter des chargements de plus de 15 000 à près de 20 000 containers. Les gros porteurs ne peuvent relâcher que dans quelques grands ports par océan. Ce qui contraint les autres pays à assurer par des lignes maritimes secondaires la livraison ou l’acheminement des marchandises à ces grands ports « d’éclatement ».

Par ailleurs, le dégel de la banquise de l’Arctique est un élément capital pour l’avenir de La Réunion. Lors d’un débat avec un chef d‘entreprise de Finlande, il était étonné que nous puissions être concernés par cette problématique aussi lointaine. Peu importe la date à laquelle l’océan Arctique deviendra libre de glace, sur son littoral ou dans sa pleine mer, mais cela va engendrer des conséquences importantes voire fondamentales pour nos économies insulaires.

Ce vieux rêve de l’Humanité, cette route directe par le pôle nord, va devenir enfin possible. A l’époque des grandes découvertes, la route du Nord n’était pas accessible, les navires d’Europe sont alors passés par le Cap de Bonne-Espérance pour rejoindre l’Asie, contribuant à la richesse de La Réunion et de Maurice. Nous étions des étapes nécessaires avec une fréquentation maritime obligée et considérable. Quand un Français – Ferdinand de Lesseps – a eu l’idée de creuser le canal de Suez, il a réorienté le commerce mondial de la Méditerranée vers le nord de l’océan Indien. Nous, nous n’avons plus été une étape, nous sommes devenus un terminus pour les seuls paquebots mensuels de la Compagnie des Messageries Maritimes ou les cargos de la Nouvelle Compagnie Havraise Péninsulaire, parce que la différence de kilométrage de la route vers l’Orient par le Cap ou par le canal de Suez était considérable.

L’ouverture de la route du Nord engendrera des effets similaires – plus de 10 000 kilomètres « d’économie » sur la distance entre le continent asiatique et le continent américain – contribuant au bonheur de tous les ports du nord de l’Europe.

Par conséquent, toute notre politique de développement doit consister à multiplier les accords, les conventions, avec les pays d’Afrique australe et les pays du sud-est asiatique, et cela dès maintenant, parce que cela s’étend sur des dizaines d’années. Si nous ne tenons pas compte dans la définition de la stratégie d’un avenir de 30 ou 40 ans, nous sommes perdus.

(Extrait de la 1ère Conférence annuelle du Centre d’études de relations internationales et stratégiques qui s’est tenue le 17 décembre 2007 à la Région Réunion, en présence de Pascal Boniface, Directeur du CERIS autour du thème «Entre mondialisation et régionalisation »)

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5 Réponses »

  1. Tout d’abord bravo M. Vergès d’ouvrir cet espace de dialogue et d’échange sur des sujets d’une extreme importance pour l’avenir de notre pays.
    Je constate avec fierté que le codeveloppement fait partie du 2ème theme prioritaire de votre blog, après le climat. Cela montre tout l’interet que vous avez porté depuis le début de votre combat politique pour ouvrir notre pays au Monde !
    J’aimerais aussi, après votre appel à conclure des accords avec les pays d’Afrique australe et de l’Asie, évoquer la nécessité de nous rapprocher de manière stratégique avec l’une des organisations amenée à jouer un rôle majeur dans les prochaines années, il s’agit de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique australe). Les chefs d’Etat de la SADC ont décidé le mois dernier (aout 2010) à Windhoek (Namibie) de lancer le regroupement à terme des deux autres organisations régionales (COMESA et EAC) pour en faire une seule et même zone de libre échange et de coopération qui sera la première de toute l’Afrique. Cela montre le rôle prépondérant joué par l’Afrique du Sud dans le leadership de notre région. La Réunion ne pourra pas plus longtemps tourner le dos au vaste mouvement d’intégration de nos voisins et freres africains.
    Aussi, en plus des liaisons maritimes, je voudrais évoquer les liaisons aériennes. Alors que l’on assiste à un mouvement de fusion des compagnies aériennes internationales, les compagnies aériennes françaises qui ont assuré jusqu’a maintenant notre désenclavement se recentre sur leur réseau moyen courrier (crise du pétrole, crise du tourisme long courrier). La Réunion, de par sa position géographique ne pourra plus tourner le dos aux compagnies aériennes internationales de notre région qui croisent le fer avec les plus grandes compagnies europennes : South African Airways, Emirates Airlines, Qatar Airways ou encore Etihad. Le désenclavement aérien de notre île devrait continuer a être assuré par notre compagnie régionale Air Austral mais aussi en partenariat politique et économique avec les compagnies citées ci-dessus.

  2. A Monsieur Rocheland (post 1)
    Je vous remercie de votre contribution au débat. Il est important que les Réunionnais réfléchissent, se rencontrent, échangent sur les problèmes importants de notre présent qui détermineront en partie l’avenir de La Réunion
    Le co-développement est un élément de ce débat. Co-développement plutôt que coopération qui a pu avoir dans le passé des connotations colonialistes. La notion de co-développement implique un échange égalitaire où chaque partenaire donne et reçoit en fonction de ses compétences et de ses atouts spécifiques, sans volonté de domination. Se développer ensemble, tel est l’objectif.
    Le co-développement, c’est aussi la prise en compte de notre réalité géographique : notre île est située dans l’océan Indien. C’est une évidence, mais parfois oubliée. Or, comme je le dis souvent, on ne peut changer la géographie.
    A partir de la prise en compte et de l’analyse de ces données historiques, géographiques, économiques et culturelles, il nous reste à réfléchir sur les modalités précises de ce co-développement, élément essentiel du développement durable de La Réunion, et ce n’est pas si facile.

  3. Vous aviez raison. Une fois encore. Ce rêve que vous formuliez, comme Amundsen, est en passe de se réaliser. RFI a publié un article, en août dernier, sous ce titre : « La Russie teste une nouvelle voie maritime vers la Chine ».
    La « voie maritime nord » est en train de s’ouvrir. Il nous reste peu de temps avant que cette « première » soit généralisée. Et que La Réunion soit exclue des grands axes d’échanges comme elle l’a été il y a quelques années.
    Pour consulter l’article :
    http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20100824-russie-teste-une-nouvelle-voie-maritime-vers-chine

  4. A Arsinoé
    Nous avons toujours insisté sur l’action durable et planétaire d’un certain nombre d’éléments. Le changement climatique en est un.
    Une des conséquences est la fonte des glaciers et, aux pôles de la banquise. Comme vous le rappelez, le vieux rêve européen des tsars de Russie et de l’ex-URSSS, mais aussi des pays scandinaves, de la Grande-Bretagne, est en train de se réaliser : la route maritime passant par le pôle nord va s’ouvrir. C’est un événement historique d’une grande portée économique.
    Si l’on regarde l’histoire passée, on sait que c’est la recherche d’une route des Indes par la mer qui a conduit Christophe Colomb aux Antilles et amené Vasco de Gama à contourner l’Afrique. A partir de là se sont développées les relations entre l’Europe d’une part et les Amériques et l’Asie d’autre part. Plus tard, le percement du Canal de Suez a permis une liaison plus directe entre la Méditerranée et l’océan Indien, faisant la richesse des ports situés sur cette nouvelle voie. Le lien entre les routes commerciales et le développement économique est évident.
    Avec l’ouverture très prochaine de cette route maritime du nord, la distance entre l’Europe et l’Extrême-Orient va diminuer énormément. De même, les USA n’auront plus à emprunter le canal de Panama.
    En même temps, de nouvelles routes commerciales liées au développement des pays émergents vont apparaître. Les échanges entre l’Indonésie, l’Inde, l’Afrique du Sud vont sans doute s’intensifier.
    Pour des raisons historiques, les échanges de La Réunion se sont faits essentiellement avec l’hémisphère nord, avec l’Europe. Dans cette nouvelle cartographie des échanges, comment va-t-elle se situer ? C’est un thème de réflexion à développer.
    En tout cas, nous avons là l’illustration du bouleversement des échanges planétaires à partir de l’action conjointe du changement climatique et de la mondialisation.

  5. Monsieur Vergès,

    Au cours des dernières années, on a multiplé les déclarations d’intention quant à la réalisation d’une intégration régionale autour de la SADC ou du COMESA. On pourrait dresser ici une liste.
    Nous devons alors noter une décision -celle qui porte le numéro 6-prise par le 26e sommet de la COI de juin 2010 à La Réunion. Elle met en place tout un dispositif avec pour ambition la création d’un espace économique régionale autour des pays membres de la COI et pouvant être élargi à des membres de la SADC et du COMESA. Il est prévu l’installation rapide d’un groupe de travail regroupant représentants institutionnels (les Etats), les adminsitrations locales et le monde économique. Ce groupe de travail doit être en mesure de formuler une proposition concrète lors du prochain sommet de la COI. Il ne me semble pas qu’il s’est déjà réuni.
    Cette initiative est venue parce que le sentiment qui prévalait est qu’il sera difficile et long de trouver les voies et moyens d’une intégration régionale plus large autour de la SADC et du COMESA. Cela ressort explicitement dans la proposition émanant du secrétaire général de la COI. Un peu comme ils l’ont fait pour les APE -où ils avaient proposé à Bruxelles une solution alternative avec des négociattions avec le groupe CMMS (Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles)- les initiateurs de ce projet poursuivent l’ambition de proposer une matrice sinon un cadre à une structure de coopération. Celle-ci ne se contenterait pas seulement de développer les échanges économiques mais pourrait favoriser des investissements croisés sur de grands équipements ou la mise en commun de financements pour investir dans des pays tiers.
    C’est donc un processus plus complexe que la seule intégration économique que l’on souhaite mettre en place. Il y a intérêt à suivre cela pour que les intérêts de La Réunion soient défendus.
    Enfin, ce même sommet a demandé au secrétaire général de la COI de mettre à l’étude la mise en place d’un « corridor maritime régional » , procédure complexe de partenarait et de mise en réseau. Dans notre région, il apparaîtrait que le meilleur moyen pouvant favoriser un regroupement, serait ce système intégré de transport
    En résumé, il me semble qu’une grande intégration régionale autour des pays de la COMESA ou de la SADC reste pour le moment au niveau des intentions tandis que le projet de création d’un espace économique commun tel que décrit plus haut, lui, connait un début de réalisation. Il pourrait bien être adossé à un projet maritime commun -dépassant la seule création d’une compagnie maritime- où La Réunion aurait son rôle à jouer.

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