D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

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Progression démographique

Par • 17 Août, 2010 • Catégorie: Démographie

20 décembre 2006, propos tenus en présence de James Michel, président de la République des Seychelles, de Luis Antonio Covane, vice-ministre à la culture du Mozambique, Rajemison Rakotomaharo, président du Sénat de Madagascar, de Pierre Hoarau, consul honoraire des Seychelles, d’Aloyse-Raymond N’Diaye, vice-recteur honoraire de l’Agence universitaire de la francophonie.

Notre région est touchée par le phénomène mondial d’un nouvel ordre démographique. On n’a pas toujours conscience que la base démographique du monde est en train de changer et que les problèmes générés sont immenses. En 1947, Madagascar comptait 4 millions d’habitants. Sa population est actuellement de 18,5 millions, elle sera de 32 millions en 2025, et atteindra 43,5 millions en 2050, c’est-à-dire demain. Il faut avoir à l’esprit que les peuples anciennement dépendants, colonisés, et qui étaient minoritaires démographiquement, vont constituer, en 2050, 85 % de la population du monde. Cette base démographique sera la source d’un nouvel ordre économique. Le récent rapport de l’OCDE prévoit qu’en 2035 – dans 30 ans ! – l’Inde sera la 3ème puissance économique, la 1ère étant la Chine et la 2ème les USA. C’est un changement fondamental dont on ne mesure pas les conséquences.

Ces pays ont montré que, lorsqu’ils maîtrisent leur destin, ils connaissent une croissance annuelle soutenue de 9 à 10 %, une croissance que même l’Europe n’a pas connue au XIXe siècle. Tout cela se passe sous nos yeux, nous en sommes les témoins, nous sommes au centre et nous en connaîtrons les conséquences.

Par ailleurs, nos îles sont dans la ceinture intertropicale, donc dans des océans où se créent les conditions des changements climatiques dans le monde. Là auront lieu les plus grands bouleversements géographiques, et nous sommes au centre. Je crois qu’aucune génération jusqu’à maintenant n’a eu le sort – j’allais dire la chance – d’être dans ce monde où la croissance démographique, les changements climatiques, la mondialisation entraîneront, sous nos yeux, de tels bouleversements. Comment nous, les Seychelles, Maurice, les Comores, La Réunion, Madagascar, allons-nous faire face à cela ?

Nous avons des atouts. En 1946, nos îles comptaient 5 millions d’habitants, nous sommes actuellement 22 millions, nous serons 48 millions en 2050 : la population de nos îles aura doublé en 30 ans. Aucun peuple n’a connu une période historique où sa population a doublé en si peu de temps. Dès lors, comment faire face à tous les problèmes posés ? Au développement des systèmes administratifs ? A la mise en place de l’économie, d’un système d’éducation ? Le défi est gigantesque et chaque peuple d’Afrique, d’Amérique latine aura à le relever. Nous sommes au cœur de ce processus et nous avons notre rôle à jouer. Quand ces événements se déroulent devant nous et que se profilent ces rendez-vous inévitables, il faut faire face et, comme dit Césaire, « voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme »[1]. Voilà ce qui nous attend, voilà notre responsabilité et c’est pourquoi nous devons unir nos efforts pour une période de co-développement, une œuvre inédite dans l’histoire face aux défis que nous avons à relever.

Dans cet océan Indien où tous les pays riverains sont anglophones, à part le Mozambique lusophone, le problème est de savoir si, dans 40 ans, les 48 millions de Malgaches, de Seychellois, de Comoriens, de Mauriciens, de Réunionnais, constitueront un seuil nécessaire assez solide pour survivre et se développer. A côté des langues maternelles, fondamentales, le sort de la langue française dépend beaucoup de notre capacité à nous mobiliser pour que cette langue et cette culture puissent être présentes dans l’océan Indien.

Ces défis à relever doivent nous habiter en permanence. (…). Il nous faut aider à ne pas penser à 6 mois, mais à penser à 20 ou 30 ans. La Réunion a été découverte par les vigies qui étaient en haut des mâts et non par ceux qui se tenaient au raz de la mer. L’avenir doit appartenir à ceux qui sont capables de faire face au présent, mais aussi de le transcender et de percer les voies de l’avenir.

(Du rêve à l’action, Discours de Paul Vergès recueillis par Brigitte Croisier, pp.273-275, Océan Editions, 2007)

[1] Dans Cahier d’un retour au pays natal, 1947

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5 Réponses »

  1. Moi je dirais probleme démographique et hypocrisie reunionnaise vont de paire , quand ont dis que 50% de la population est au chomage et que en meme temps l’embauche des NOUVEAUX arrivant se fait sans impunité sous le prétexte que nous somme un département français sa me met dans tous mes état ( copinage dans tous les secteurs BTP ADMINISTRATION COMMERCE …)
    nana un chanteur local y dis dans une chanson (ousanousava) : » la reunion lé pu a nou si ou té crois ou té sa défoule a ou , LA PA POU OU .
    QUAND TOUS SES JEUNES CRÉOLE ET LEUR PARENTS AU CHOMAGE SE SOULÈVERONT SA VA FAIRE MAL TRES MAL ,
    ET QU’ON NE NOUS DISE PAS QUE C’EST DU RACISME . LA REUNION EST UNE ILE PAS UN CONTINENT ELLE N’EST PAS EXTENSIBLE

  2. Considérer l’évolution démographique comme une fatalité inéluctable me semble dangereux.
    Un mouvement écologiste , les  » néo-Malthusiens  » ( dont je ne suis pas du tout ) calculent
    que lorsque la population mondiale aura atteint 9,5 Milliards d’individus , nous serons entrés dans une spirale inéluctable où la courbe de la population mondiale divergera définitivement de celle de la production de denrées alimentaires , entrainant des catastrophes humanitaires sans précédent…Sans verser dans le catastrophisme , car le génie humain a toujours réussi à régler les défis qui se présentaient à nous , on peut quand même s’inquiéter , à la lecture de certains articles dans Témoignages par exemple , qui montrent le recul constant de 5 à 13% des productions de céréales en Russie et en Chine,
    phénomènes qui devraient aller en s’amplifiant , en raison de l’évolution climatique qui aurait un effet aggravant sur ce phénomène. L’évolution démographique ayant elle-même un effet
    d’amplification du réchauffement , cela ressemble à une spirale infernale…
    Au niveau de la Réunion , vu le niveau actuel de chômage à 800 Mille habitants , dans quelle situation nous trouverions-nous à 1 Million ?
    Autre interrogation , à quel niveau de population la Réunion aurait-elle la capacité de se trouver en situation d’auto-suffisance alimentaire , car vu les soucis auquel il faut s’attendre du côté des pays exportateurs de denrées alimentaires de base , il y a danger !

  3. à Jean-Jacques Soler, votre vision est bonne..votre commentaire aussi…il serait bon que vous apportez vos suggestions sur le sujet afin de réduire le coût de la suffisance alimentaire s’effectuant en grande partie par l’importation. Merci d’avance pour votre collaboration.

  4. Mr Guichard , je vous remercie pour votre amabilité , mais je suis loin d’être un spécialiste de ces questions , je me contenterai de rebondir sur les éléments que Mr Vergès nous donne dans son commentaire de l’article  » que faire  » dans sa 2eme partie  » alimentaire « …
    L’abandon progressif de nourritures de base locales ( patates , manioc , maîs , canbare ) qui est connu de tout Réunionnais de plus de 50 ans , au profit d’une consommation de riz
    importé est une anomalie qu’il conviendrait de corriger…Les freins sont nombreux , en particulier les intérêts économiques des entreprises concernées , mais également au niveau de la collectivité locale puisque ces importations abondent en entrant au niveau taxes etc…
    ( je ne connais pas bien le régime de taxes sur le riz , y a-t-il des exonérations etc.., seul un spécialiste de la question pourrait le détailler ) on ne peut tout chambouler du jour au lendemain ! L’autre problème serait le foncier , on voit par exemple qu’à Maurice , les grandes compagnies sucrières ,anticipant la chute du marché sucrier , convertissent des surfaces importantes de canne vers des productions de pomme de terre etc..
    Aurions-nous besoin d’effectuer une manoeuvre similaire ? Ou bien est-ce que les terres disponibles suffiraient à promouvoir cette conversion alimentaire ? seule une étude plus fouillée permettrait de le dire . Cette problématique me parait en tout cas fondamentale et même prioritaire pour anticiper les bouleversements à venir…
    Bien à vous.

  5. Merci Mr Jean Jacques Soler, pour votre réponse , et je vous dirai que je ne suis pas plus que vous spécialiste en ce qui concerne cette denrée: le riz. Mais avec toutes les informations que j’ai pu obtenir,déjà dans  » témoignages  » ainsi que sur internet ce que j’en apprends m’amène a poser cette question qui je pense est un sujet primordial pour tout réunionnais. Je pense que Mr Verges saura réunir des personnes compétentes en la matière et d’autres « lamdas » comme vous et moi afin de mieux appréhender ce sujet.
    J’espère que Mr Verges ne nous en vaudra pas d’avoir utiliser son blog pour cette communication, je l ‘autorise a vous transmettre mes coordonnées si vous le désirez..

    Bien cordialement.

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