D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

« Etre écologiste et être humain, c’est un pléonasme »

Par • 5 Août, 2010 • Catégorie: Développement Durable

Dans la revue Terre sauvage (Hors-série Outre-Mer Décembre 2007)  , Bernard Grollier a interviewé Paul Vergès «  qui  a fait du développement durable son cheval de bataille ». En voici un extrait.

Quel déclic, quelle prise de conscience vous a amené à placer les questions environnementales en tête de vos priorités ?

« Il s’agit d’un cheminement. Très tôt, je me suis posé des questions sur la déforestation, la désertification des rivières réunionnaises. Comment corriger cela ? Elu maire du Port, commune très aride, au début des années 1970, je me suis battu pour faire planter des milliers d’arbres. Au fil du temps, les messages d’alerte se sont multipliés. Au Sommet de Rio, un raisonnement global et cohérent est apparu. Le sort de l’humanité est en jeu. L’homme est parvenu à dominer toutes les autres espèces, aujourd’hui il se menace lui-même. Nous sommes tous concernés, que faire ? Mais Rio n’a pas suffisamment souligné l’importance du développement démographique que commence à vivre la planète. Un seul exemple, à nos portes : Madagascar qui comptait 4 millions d’habitants en 1947, en aura 43 millions en 2050. L’ampleur du phénomène n’est pas assez prise en compte par les Etats développés et l’ONU. Nous vivons une simultanéité de changements démographiques, climatiques et d’innovations scientifiques qui rendent le futur difficile à imaginer, alors que les dirigeants planétaires ont une interprétation de la réalité héritée des deux siècles passés. Les seules évolutions climatiques auront des conséquences considérables. Le dégel de l’Arctique permettra de raccourcir les routes maritimes entre l’Europe et l’Orient de 10 000 kilomètres. Que deviendront les ports de Singapour, de Marseille, le canal de Suez et celui du Panama ? Le réchauffement de l’Arctique ne concerne pas seulement en Europe les régions côtières de Scandinavie. Même nous, à La Réunion, serons touchés si des routes maritimes majeures quittent l’océan Indien ».

Aujourd’hui, vous définissez-vous comme écologiste ?

« Être écologiste et être humain, c’est un pléonasme. Je ne conçois pas, aujourd’hui, qu’il y ait des écologistes et des personnes qui ne le soient pas. Tous les politiques s’exposeront à de lourdes condamnations par l’opinion s’ils ne s’imposent pas une réconciliation avec la nature. Les destructions passées apparaîtront un jour comme des crimes impardonnables, inexpiables.

Hélas ! je ne vois pas le monde politique international se mettre d’accord. L’Europe a connu le problème de la croissance démographique, comme la Chine, l’Inde ou l’Afrique le connaissent aujourd’hui. L’Europe l’a résolu en créant l’industrie et les villes, et en envahissant des continents entiers, de l’Amérique du nord à l’Australie. Aujourd’hui, les autres continents ne peuvent se répandre ailleurs. C’est à cette situation à laquelle il faut s’adapter. Nous le savons, mais la profusion d’informations sur cette réalité ne semble pas suffire à la comprendre. C’est assez tragique, alors que ce ne sont pas les générations futures dont l’avenir est menacé, mais les générations déjà nées. »

Propos recueillis par Bernard Grollier

Marqué comme : , , , , , , ,

Laisser un Commentaire