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Femmes réunionnaises : le poids de l’histoire

Par • 6 Août, 2010 • Catégorie: Développement Durable

Dans un livre d’entretiens avec Brigitte Croisier D’une île au monde, publié chez l’Harmattan en 1993, Paul Vergès évoquait le rôle des femmes réunionnaises mais aussi les obstacles persistants sur le chemin de l’égalité et de la liberté (extrait)

Question : Dans vos interventions publiques, vous soulignez souvent le rôle des femmes réunionnaises, leur dynamisme, leur volonté de lutte, leur sens des responsabilités. S’agit-il pour vous d’affirmer le principe général de l’égalité entre femmes et hommes ou de reconnaître une réalité sociologique spécifique ?

Paul Vergès : D’une façon générale, il n’y a pas de progrès social et politique, de développement, de possibilité de démocratie si la situation de la femme n’est pas un élément essentiel de cette bataille. Cela se vérifie tout particulièrement à La Réunion, car les femmes ont toujours joué, et notamment dans la période moderne, un rôle important dans la bataille politique. C’est un élément décisif.
(…)

Question : N’y a-t-il pas une vision dévalorisée des femmes et une violence sexuelle qui s’exerce à leur encontre dès leur jeune âge ?

Paul Vergès : Il faut tenir compte à la fois d’une évolution générale de l’Humanité et des conditions spécifiques à La Réunion. L’esclavage a occupé presque les deux tiers de notre histoire, l’engagisme a duré plus d’un demi-siècle. Ils ont eu des effets durables sur le statut de la femme.
Quand les femmes sont vendues comme esclaves, elle n’ont pas dans la structure sociale d’origine une position d’égalité. Deuxième aspect, comme pour les importations de génisses ou de biches, le vendeur les fait  » couvrir  » avant de la vendre, pour retirer plus de profit dans la vente de leur  » produit « . Il était dans la tradition de la traite négrière de livrer à la moitié du voyage en mer les esclaves femmes à l’équipage : c’était la pariade. La femme esclave était officiellement un objet, un meuble livré à tout le monde.
La condition inégale d’origine, les modalités de la traite et les rapports d’esclavage ou d’engagisme expliquent que les femmes réunionnaises payent, à ce jour encore, les conséquences d’une histoire qui a été une tragédie.
Il faut apprécier également l’influence de l’Eglise catholique qui a pénalisé le caractère charnel, sensuel des relations entre hommes et femmes et ainsi aidé, indirectement, à la domination de l’homme sur la femme.
Cette barbarie caractérise les relations entre les hommes et les femmes, dans le monde entier, sauf à de très rares exceptions. Ici, elle est portée à son paroxysme.

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3 Réponses »

  1. C’est vrai que la femme est toujours considérée comme un objet, souvent comme un objet bien encombrant !
    Il n’y a pas encore si longtemps la femme devait avoir la permission de son mari pour établir un chèque…
    La règle, encore aujourd’hui est : la femme est moins capable que l’homme.
    Et quand elle réussit professionnellement, c’est parce qu’elle a couché, donc elle ne mérite pas le même salaire que l’homme.
    L’homme réagit avec son cerveau primitif : ma femme, mon bien, a moi !
    Comme si nous étions tatoués sur les fesses, ou que l’on se balade avec un collier au cou (propriété de… prière de ramener a…)
    La justice se doit d’être plus sévère et de montré ainsi que les violences, maltraitances… envers les femmes c’est INTERDIT ! ( un homme bat sa compagne et il est renvoyé chez lui avec un simple rappel à la loi ??)
    Pour l’église, tout est la faute de la femme ! C’est elle qui provoque, c’est elle la source du
    «mal »…
    La femme est la sensualité qu’il faut détruire.
    Un cardinal a bien dit : Le plus grand progrès de la femme c’est la machine à laver ! Là j’ai du mal à ne pas me précipiter dans le premier magasin d’électroménager !
    Il y a encore beaucoup de combats à mener, beaucoup de combats à gagner !

  2. A « misstick974 »
    Le problème de la situation des femmes, « la moitié du ciel » disait Mao, est un problème extrêmement important et qui concerne toute l’Humanité depuis des millénaires.
    Dès la période préhistorique, la division du travail a été organisée et les femmes considérées comme inférieures, à une époque où la force jouait un rôle essentiel pour la survie. Le développement de l’agriculture et de l’élevage, à l’époque néolithique, a maintenu les inégalités qui perdurent aujourd’hui.
    S’y sont ajoutées effectivement des justifications culturelles, religieuses.
    Ces inégalités sont présentes partout dans le monde, sous des formes différentes. Elles sont tellement ancrées dans l’organisation des sociétés et dans les mentalités qu’une véritable révolution culturelle est exigée pour organiser l’égalité entre hommes et femmes.
    Beaucoup de choses sont sans doute à faire. Un exemple. A La Réunion, les faits divers évoquent la fréquence des violences contre les femmes. Pourquoi n’y-a-t-il pas plus de centres d’hébergement pour elles et leurs enfants, des centres sécurisés ?

  3. Aujourd’hui la femme réunionnaise doit continuer à s’affirmer. celle qui dans l’histoire s’est battue pour préserver sa liberté, celle qui s’est occupée de sa famille dans les conditions difficiles, celle qui a eu le courage de rejoindre son compagnon marron dans les montagnes . La femme réunionnaise doit continuer à affirmer sa féminité dans toute sa splendeur en prenant les responsabilités qui lui permettra de briser ces inégalités liées à notre histoire difficile et douloureuse.

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