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Le Blog de Paul Vergès

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Un exemple pour les îles

Par • 12 Août, 2010 • Catégorie: Développement Durable

Dans la revue Terre sauvage consacrée à l’Outre-mer (Hors-série Outre-Mer Décembre 2007), Bernard Grollier interroge Paul Vergès sur l’objectif de « l’autonomie énergétique » de La Réunion

La prise de conscience des richesses naturelles de l’outre-mer peut-elle favoriser leur orientation vers un développement plus durable ?

« L’outre-mer, celui d’avant les indépendances, a vu ses richesses naturelles largement pillées et l’environnement de nombreux pays qui le composaient, notamment en Afrique, est aujourd’hui menacé. Pour des raisons historiques diverses, des territoires, modestes par leurs dimensions et leur population, ont conservé le statut français. La connaissance et le respect de l’environnement s’y sont développés.

Aujourd’hui, alors que l’idéologie environnementaliste se répand à travers la planète, il apparaît que les comportements sont difficiles à changer à l’échelle d’un grand pays. En revanche, sur un petit territoire, une prise de conscience et de la volonté peuvent permettre d’obtenir rapidement des résultats significatifs. Savez-vous qu’en Ecosse, une île, certes peu peuplée, produit toute l’électricité qu’elle consomme en captant l’énergie des vagues qui viennent frapper ses côtes ?

À la suite des sommets de la Terre et du protocole de Kyoto, nous avons pris conscience de nos responsabilités, même si la contribution des régions de l’outre-mer à la pollution mondiale est modeste. À partir de cet instant, nous avons cherché ce qu’il était possible de faire localement, en pensant globalement. La question de l’approvisionnement énergétique s’est posée en premier, puisque le réchauffement climatique découle de la pollution générée par l’utilisation d’énergies fossiles, dont nous sommes très dépendants. Le potentiel des sources d’énergies renouvelables à la Réunion nous a ainsi amené à proclamer l’objectif de l’autonomie électrique de l’île à l’horizon 2025 ».

Comment atteindre cet objectif d’autonomie énergétique ?

« Il nous faut tout imaginer, comme Léonard de Vinci ou Jules Verne ont imaginé l’hélicoptère ou le sous-marin à partir des acquis scientifiques de leur époque respective ! Nous avons déjà le soleil, la source d’énergie la plus extraordinaire qui puisse exister. En quelques années, il a été installé à la Réunion trois fois plus de chauffe-eau solaires que partout ailleurs dans la République. Après les maisons individuelles, l’habitat collectif commence à s’équiper. La production d’électricité photovoltaïque est, elle aussi, en plein essor. La Réunion compte la centrale la plus puissante de France et ce n’est qu’un début, des projets de 10 à 15 mégawatts sont actuellement présentés au Conseil régional. Nous suivons également avec attention les études sur les tours solaires, consistant à réchauffer de l’air au sol et à l’envoyer dans une cheminée où se créée un puissant courant ascendant, qui actionne des turbines. De même, nous allons examiner la possibilité d’adapter les centrales hydroliennes, déjà exploitées à petite échelle en Australie pour transformer l’énergie des courants marins en électricité. Il est aussi possible de capter l’énergie verticale de la houle : des études sont en cours.

En 2008, commenceront d’autre part des forages d’exploration sous le volcan du piton de la Fournaise, dans l’espoir d’en exploiter l’énergie géothermique, comme la Guadeloupe le fait déjà à Bouillante. Et déjà, les premiers champs d’éoliennes voient le jour : les alizés soufflent, chez nous, presque toute l’année ».

L’outre-mer peut-il devenir un « champion » du développement durable ?

« Incontestablement, dans le domaine des énergies renouvelables. Dans les pays industrialisés, on ne voit pas comment elles pourraient se substituer rapidement aux énergies d’origine fossile, alors que dans nos îles, dont les niveaux de consommation restent modestes, les conditions existent pour cela. L’approvisionnement en charbon ou en pétrole coûte encore plus cher à des petits territoires insulaires. Nous pouvons rechercher et trouver des solutions qui seront applicables dans des centaines d’îles à travers le monde, aujourd’hui condamnées à consommer des produits énergétiques venus de l’extérieur. De plus, l’investissement dans les énergies renouvelables servira globalement notre développement et notre capacité de transferts de technologie ».

Propos recueillis par Bernard Grollier

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2 Réponses »

  1. L’autonomie énergétique pour la consommation domestique sera sans doute réalisée. Mais qu’en est-il de la consommation automobile, à la base de fortes exportations en carburant? Avec le projet GERRI, il y a eu une tentative pour que La Réunion apporte sa solution originale. Mais par manque de financements, le projet est pratiquement oublié. Lors de son passage, en janvier, Sarkozy a laissé entendre que Renault pourrait se servir de La Réunion comme terrain d’expérimentation.
    L »idée de produire à La Réunion du bioéthanol à partir de la canne ne semble plus être d’actualité.
    Comment voyez-vous l’évolution de ce problème spécifique?

  2. A SOCRATES
    Dans votre commentaire, vous vous interrogez sur les voies de l’autonomie énergétique.
    Concernant la mobilité, un réseau ferré électrique et des autos également électriques semblent être inéluctables. Sur ce dernier point, vous évoquez les objectifs de Renault. En fait, toutes les grandes marques automobiles se préparent à ce changement.
    Concernant le bio-éthanol obtenu à partir de la canne, c’est sans doute une réussite technique, mais sa production ne risque-t-elle pas d’avoir des effets négatifs sur les ressources alimentaires, à un moment où se pose la question de savoir comment nourrir une population en augmentation ?
    A La Réunion, notre objectif d’autonomie énergétique vise à substituer des énergies propres aux énergies fossiles. Jusqu’ici on s’est heurté au plafond fixé par l’EDF : on ne peut dépasser 30 % d’énergies renouvelables si elles sont intermittentes (cas de l’éolien et du solaire). Or, nous disposons d’autres sources qui, elles, sont permanentes, l’hydraulique, la biomasse, la géothermie, et toutes les énergies liées à la mer et très prometteuses.
    Les potentialités sont importantes. Pour les développer, il faut une volonté politique et une garantie de financement.
    Concernant GERRI, on peut effectivement s’interroger. Pourquoi après un grand tapage médiatique concernant ce « projet présidentiel » qui devait être porté par un dirigeant économique réunionnais d’envergure internationale (le nom de Jacques de Chateauvieux a été cité…), pourquoi aujourd’hui cette discrétion? S’y ajoute un autre aspect : en mettant, aujourd’hui, cette structure sous direction régionale, le gouvernement a choisi une solution qu’auparavant il voulait éviter.

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