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La parole à Béatrice Leperlier, conseillère régionale, étudiante en 3ème année de géographie

Par • 1 Nov, 2010 • Catégorie: La parole à

La retraite ? Une affaire de jeunes !

Depuis plusieurs mois, le mécontentement gronde et la rue exprime son désaccord face à la réforme des retraites voulue par le gouvernement.

Le 27 octobre, le parlement a adopté le projet de réforme des retraites. Renvoyé devant le Conseil Constitutionnel, son éventuelle promulgation devrait se faire dans les semaines à venir.

Pour autant, la lutte continue face à un gouvernement qui se positionne au-dessus du dialogue social, expression du profond mépris envers le peuple.

Depuis plusieurs semaines au niveau national et depuis un peu plus d’une semaine à La Réunion (les vacances n’étant pas favorables à la construction d’un mouvement social), les jeunes entrent dans la bataille aux côtés des syndicats et des salariés.

A la Réunion, des élus se frottaient déjà les mains: « la retraite n’intéresse pas les jeunes, pour preuve ils ne sont pas dans la rue ». En d’autres termes, c’est un peu « la retraite ne concerne pas les jeunes, ni aujourd’hui et ni demain d’ailleurs! ». Ceux-là ont dû être bien déçus de voir les lycéens, notamment, se mobiliser, souvent de manière spontanée dans les rues de La Réunion, devant les institutions qu’ils dirigent.

Les mauvaises langues pourront toujours dire que la mobilisation des jeunes c’est pour rater des cours, brûler des poubelles, casser des vitrines ou des voitures… Au-delà d’une dévalorisation de la jeunesse et de leurs capacités à se battre pour des valeurs et des principes qui leur tiennent à cœur, ces détracteurs n’ont probablement jamais « battu le pavé », ils ne peuvent comprendre.

Car la retraite c’est avant tout une affaire de jeunes. C’est nous qui subirons, demain, les conséquences dramatiques des décisions injustes prises aujourd’hui.

L’âge légal de la retraite repoussé à 62 ans au lieu de 60 et la retraite à taux plein à 67 ans au lieu de 65, on touche ici à des mesures emblématiques qui suppriment des acquis obtenus après de longues luttes.

Concrètement pour les jeunes, le report de l’âge légal de la retraite revient à les obliger à travailler jusqu’à 69 ans minimum. Car les jeunes passant de plus en plus de temps sur les bancs de l’école et vu les difficultés d’insertion sur le marché de l’emploi, ils acquièrent une situation plus ou moins stable professionnellement aux alentours de 28 ans. 27 ans + 42 années de cotisations = 69 ans.

Cela bien évidemment, s’ils ne connaissent pas d’interruption de carrière, qu’il s’agisse de périodes de chômage forcé, des risques maladies, vieillesse, … Or, nous savons que cela est de plus en plus difficile d’avoir une carrière continue. De plus en plus, les CDI deviennent des contrats atypiques et les CDD, l’intérim ou les contrats précaires deviennent la norme.

Les jeunes femmes aussi seront une fois encore les plus durement touchées, avec des interruptions de carrière dues à la naissance des enfants, leur éducation, des salaires inférieurs à celui des hommes, …

De plus, maintenir les séniors plus longtemps en poste, cela veut dire autant d’emplois en moins pour les jeunes qui sont pourtant déjà durement touchés par le chômage notamment et surtout à La Réunion où 51% des moins de 25 ans sont sans emploi.

Les jeunes subiront ainsi une triple peine: augmentation de la difficulté d’entrée sur le marché de l’emploi, sous-payés malgré leurs diplômes reconnus et condamnés à une retraite de misère car ils seront très peu finalement à avoir suffisamment cotisé pour accéder à une retraite à taux plein.

Enfin, au delà de ces conséquences concrètes, la réforme des retraites remet en cause les principes qui caractérisent depuis des décennies notre société. Parmi eux, le principe de solidarité entre les salariés et ceux qui sont sans emploi, les bien portants et les moins bien portants, les jeunes et les plus âgés… En ne permettant plus aux personnes d’accéder à une retraite décente via le système par répartition, cette réforme voulue par le gouvernement encourage les retraites par capitalisation, individualiste et injuste. C’est un problème sociétal.

Quelle société voulons-nous ? Quelle répartition des richesses ? Quel avenir pour les jeunes ?

Le système actuel des retraites n’est pas parfait, nous le savons, beaucoup de personnes sont exclues de ce système et encore plus à La Réunion où 33% des personnes âgées vivent avec le minimum vieillesse contre 5% en France hexagonale!

Alors oui, il faut trouver des solutions afin de mieux adapter notre système de retraite en fonction de l’évolution de la société: cycle de vie, travail des femmes, types de contrats, nouvelles pénibilités au travail. .. Mais ce tournant doit être pris dans la concertation, de toutes et tous, à la fois des acteurs sociaux mais aussi des populations les plus modestes et surtout des jeunes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et si le gouvernement ose parler d’ores et déjà, à tort, de victoire, il n’en demeure pas moins qu’il a perdu la bataille de l’opinion (70% des français opposés à cette réforme) et qu’il a montré son incapacité, dans une société dite républicaine et démocratique, d’instaurer le dialogue social, méprisant le peuple, l’avis du peuple, ses aspirations ou encore, ses inquiétudes.

Les jeunes ne sont pas dupes. La population non plus d’ailleurs. J’entendais la semaine dernière suite aux incidents lors de manifestations lycéennes, un père de famille parler: « C’est pas bien de casser, mais tout ça, c’est la faute à Sarkozy ». Effectivement, on peut toujours dénoncer les violences, ce n’est pas excusable, mais ça s’explique. L’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à la Réunion (AJFER), n’a eu de cesse de le dire et ce depuis des mois: « la situation et le contexte difficile que connaît la population et plus particulièrement la jeunesse réunionnaise créé un véritable malaise dans notre société et l’absence d’écoute, de prise en considération de la voix des jeunes de la part des dirigeants politiques ouvre la porte à l’instabilité sociale ». Ce n’était pas du chantage (comme on a pu nous le dire à l’époque) mais un véritable risque, une analyse réaliste car on ne peut mépriser le peuple.

Alors oui, certains peuvent toujours tenter de se dédouaner de leurs responsabilités en tant que dirigeants politiques, mais ne nous voilons pas la face, on le sait bien: il n’y a dans ces manifestations et malheureusement, dans ces débordements, qu’un lien de cause à effet.

« L’acharnement est source de victoires ». On se souvient du Contrat Première Embauche en 2006 qui avait entrainé la mobilisation massive des étudiants. Projet voté mais pourtant abrogé par la suite, avec la pression de la rue: ce que le Parlement fait, la rue peut le défaire.

Alors, nous devons garder le cap et nous battre aujourd’hui pour que demain ne soit pas une lutte à cause d’aujourd’hui. Nos aînés se sont battus pour acquérir des droits sociaux, nous devons être dignes d’eux et aussi dignes de ce que nous laisserons aux générations futures.

Il en va de notre responsabilité : à chaque génération est posé un certain nombre de questions (ici, quel mode de société souhaitons-nous), issues d’une histoire qu’elle n’a pas écrite certes, mais des questions pour lesquelles elle choisit les réponses.

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