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Le Blog de Paul Vergès

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2012 : Année d’un changement aussi décisif que celui de 1946 ?

Par • 23 Mar, 2012 • Catégorie: Que faire ?

1946 : des Réunionnais ont proposé une solution pour sortir du statut colonial, ce fut l’étape de l’égalité.

2012 : un nouveau rendez-vous pour les Réunionnais : comment sortir de l’impasse et s’engager sur la voie d’un développement responsable ?

La fin de la deuxième guerre mondiale a laissé la France dans une grande pauvreté. Mais à La Réunion, la misère était encore plus grande : la population vivait dans le dénuement complet, au rythme du ticket de rationnement puisqu’en plus de la misère coloniale s’ajoutaient les désastres des années de guerre.

Dans un pays en voie de reconstruction,  sont apparues de nouvelles institutions politiques, l’empire colonial était ébranlé. À La Réunion, des hommes et des femmes ont estimé que le moment était venu de changer et d’abolir le régime colonial.

Ils ont confié cette mission aux deux députés qu’ils ont élus : Raymond Vergès et Léon de Lépervanche.

Parallèlement, en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, s’élevaient ces mêmes revendications d’abolition de ce statut colonial. Avec Gaston Monnerville, Aimé Césaire, et Léopold Bissol, ils imposent ce changement et font voter cette loi de 1946.

Ce fut le début de la liberté : de vote, d’expression, de culte. Tout cela n’a pas été obtenu facilement, mais au prix de nombreuses  luttes.

Un constat mitigé

Dans ces combats, qui furent très longs et très durs, les communistes étaient en première ligne.  Ils l’ont été sans cesse, au fil des années, jusqu’au moment où – enfin, après un demi siècle, – les Réunionnaises et les Réunionnais ont pu prendre la mesure d’une égalité qui pourtant leur avait été promise immédiatement après le vote de cette loi de 1946.

Aujourd’hui, on peut s’interroger sur la portée de cette loi, parfois appelée « loi de l’égalité ».  Peut-elle encore apporter quelque chose à La Réunion et à son développement ? Est-elle capable de régler les problèmes d’aujourd’hui ?

Le constat que l’on peut faire est mitigé.

En 1946, l’espérance de vie était à La Réunion de 48 ans, la misère était répartie dans toute l’île et partout. On a connu des changements évidents dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’aménagement du territoire etc.

Mais c’est aussi l’exemple des milliers de Réunionnaises et des Réunionnais qui sortent du système scolaire sans diplôme et sans maîtriser ni l’écriture ni la lecture. Plus de 110.000 illettrés !

Une absence d’anticipation

C’est également la question de l’emploi et du chômage, malgré le dynamisme artificiel de l’économie réunionnaise, personne n’a pris en compte la poussée démographique entraînant aujourd’hui ce taux de chômage considérable.

Le bilan est aussi contrasté en termes d’aménagement du territoire : par exemple la concentration des services de l’Etat à Saint-Denis et plus précisément vers Champ Fleuri. C’est l’université que l’on a implantée à Moufia, sans réfléchir aux possibilités de son extension.

C’est aussi vrai en terme de constructions de logements : pour résorber les bidonvilles, on a construit des grands ensembles au Chaudron, avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui. Pire, on n’a pas tenu compte du mode de vie des populations, de la structure de l’économie etc.

Ainsi, on n’a pas anticipé sur des phénomènes qui pourtant étaient prévisibles sur le long terme : la progression démographique, l’évolution de la société et la transformation de l’économie.

Aujourd’hui on en paie les conséquences.

Aller au-delà ?

Ainsi, la loi de 1946 a constitué une avancée importante pour les Réunionnaises et les Réunionnais dans de nombreux domaines. Mais aujourd’hui, comment aller au-delà de cette loi d’assimilation ou d’intégration, assurant constamment « l’égalité » sociale sur le plan réglementaire ?

En 2012, nous avons la possibilité de donner une nouvelle impulsion à notre développement : nous sommes à la veille d’une alternance politique.

C’est une occasion pour que les Réunionnaises et les Réunionnais s’expriment sur ce qu’ils veulent pour La Réunion et de formuler une solution réunionnaise et non une solution venue de l’extérieur, imposée par des gouvernements qui nous disent, en substance : « on va choisir pour vous, de Paris,  le développement qu’il vous faut, à La Réunion, pour résoudre vos problèmes ».

2012 va nous permettre d’aborder une nouvelle phase de notre histoire. Encore faudrait-il que tous les responsables politiques réunionnais se saisissent de cette possibilité.

Vers une alternance

Mais c’est avec une certaine inquiétude aujourd’hui qu’on observe les déclarations et les positionnements de la classe politique réunionnaise.

Les 22 avril et 6 mai, l’élection présidentielle va entrainer un changement et une alternance. Il appartient à chacune et chacun d’entre nous de prendre notre destin en main : nous sommes devant une échéance qui est tout aussi importante sinon plus que celle que nos aînés ont connue, en 1946, alors que la situation dans tous les domaines n’est plus celle d’alors, car nous connaissons une situation complètement bouleversée dans le monde.

La question qui se pose à nous est simple : que voulons-nous pour les 10 ans qui viennent ?

Mais il y a aussi une autre différence avec ce qui s’est passé en 45/46 : il y avait eu une grande discussion impliquant le mouvement syndical et la classe politique. Les agriculteurs se battaient pour l’abolition du colonat paritaire ; les travailleurs luttaient pour l’application à La Réunion des conventions collectives obtenues à la  Libération en France. Mais au-delà de ces revendications catégorielles, une seule exigence globale s’imposait : « La Réunion département français par l’abolition du statut colonial ».

Un rendez-vous important

66 ans plus tard, nous sommes donc devant une nouvelle étape. Nous sommes à un mois de l’élection présidentielle et à trois mois des élections législatives. A l’issue de ces consultations, c’est une majorité de progrès qui sera au pouvoir, à la Présidence de la République et à l’Assemblée nationale, le Sénat ayant déjà procédé à cette alternance politique.

Il y a donc là une possibilité pour le Président de la République d’appliquer intégralement son programme : mais quelles solutions sont-elles mises en avant pour régler la situation à La Réunion ?

Que vont présenter les Réunionnais, notamment les politiques aux candidats à cette élection présidentielle ? Vont-ils proposer quelque chose ou vont-ils attendre que ceux qui viennent de Paris leur donnent la solution ?

Seul, le PCR entretient des débats avec les candidats à Présidence de la République : le Front de gauche, le Parti socialiste et Ecologie-les Verts.

Nous avons obtenu une réponse partielle de François Hollande, partielle, car les 30 propositions concernent tout outre-mer.

Nous avons obtenu une réponse de Jean-Luc Mélenchon à nos propositions. Nous avons également été destinataires du programme de Ecologie les Verts.

Tout cela devrait être au cœur des débats de la classe politique réunionnaise sur le développement que l’on veut pour La Réunion.

Mais cela ne l’est pas.

Vers la responsabilité ?

Aux Antilles, les débats sont engagés depuis longtemps : en Martinique et en Guyane, le processus est en cours ; la Guadeloupe poursuit sa réflexion.

A La Réunion, le PCR a établi son projet de développement durable. Mais le reste du monde politique réunionnais continue à faire confiance à Paris.

Dans notre courte histoire, toutes les décisions importantes qui ont concerné notre développement sont venues de Paris : les deux abolitions de l’esclavage, par exemple, ce sont des décisions prises à Paris. Le premier changement qui a eu lieu a été en 1946 : ce n’est pas une proposition du gouvernement, mais c’est une demande formulée par des Réunionnais et des Antillais Guyanais. Ce sont eux qui ont demandé l’abolition du statut colonial.

Mais à La Réunion, c’est la politique du cloche merle villageois: la querelle des petites phrases l’emporte et il n’y a aucun débat sur le fond et sur les moyens et voies du développement que La Réunion doit emprunter.

Comme si l’on acceptait cette réalité : un chômage qui touche 30% de notre population ; 60% de jeunes de moins de 25 ans en quête d’un avenir ; 50% de la population réunionnaise sous le seuil de pauvreté national ; 120.000 Réunionnaises et Réunionnais ne maîtrisant pas la lecture et l’écriture etc.

Dans une situation marquée par l’urgence sociale, nous devons nous saisir de ces échéances, élections présidentielles puis élections législatives, pour relever les défis du XXIème siècle. Et pour faire avancer nos idées : un « Pacte de développement durable, solidaire et responsable pour La Réunion».

Si 1848 a été l’ère de la LIBERTÉ, 1946 a été celle de l’ÉGALITÉ. Aujourd’hui arrive l’ère de la RESPONSABILITÉ.

 

 

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3 Réponses »

  1. S’il vous plait, Soutenez Mélenchon, le seul qui réponde totalement aux attentes des réunionnnais, le seul programme de développement de la réunion par la relance de l activité, contre l’austérité et la lutte anti capitaliste ! merci !

  2. Le programme de Mélenchon reprend vos idées de planification écologique. Tous ensemble Front de gauche.

  3. Oui à l’Assemblée Unique !

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