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Le Blog de Paul Vergès

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2012 : tourner les pages de 1946, de 2007 et de 2010 !

Par • 5 Avr, 2012 • Catégorie: Que faire ?

La Réunion vit  des moments qui vont fortement déterminer le cours de son histoire. En effet, les réponses de candidats à l’élection présidentielle au projet élaboré par le Parti Communiste Réunionnais font apparaître une vraie convergence sur les axes stratégiques pour que La Réunion s’engage dans un développement durable et solidaire. Encore faut-il que chacune et chacun, à La Réunion, respecte des principes et adhère au projet !

La Réunion vit des moments aussi importants qu’en 1946. En effet, en 1946, dans un contexte mondial spécifique, lié à la fin de la deuxième guerre mondiale, surgissent des revendications des salariés pour une protection sociale, un salaire minimum etc.

Ces revendications trouveront un certain écho à La Réunion, encore emprisonnée dans le statut colonial. Avec le CRADS, les cheminots, dockers, petits planteurs revendiquent l’abolition du statut de colonie, entrainant, de fait, le principe d’une égalité individuelle et collective avec les autres départements français.

Face à cette double revendication, amélioration des conditions de vie et abolition du statut de colonie, la droite réunionnaise, bien que très puissante sur le plan économique, reste dans réponse et ne formalise aucun projet. Les seules déclarations sont celles faisant part de leurs craintes d’être soumis à l’impôt sur le revenu et de devoir payer des charges sociales pour l’embauche de leurs salariés.

D’un côté, les forces des syndicats et du CRADS, de l’autre, une droite et même une sociale démocratie n’ayant pas ou plus de construction idéologique.

C’est là bel et bien une bataille de classes.

Puis, entre 1946 et les années 80, la situation mondiale évolue : la guerre froide, la décolonisation puis l’effondrement de l’URSS.

A La Réunion, le PCR continue sa mobilisation et ses combats pour l’Egalité et plus d’autonomie. Ces revendications reposent d’une part sur la nécessité d’appliquer les conséquences de la loi de 1946 en termes d’égalité et d’autre part, sur l’analyse d’une situation réunionnaise en pleine évolution.

L’analyse doit également prendre en compte ces  mouvements planétaires irréversibles que sont la transition démographique mondiale, les changements climatiques et la mondialisation de l’économie.

C’est à la lecture de ces paramètres que le PCR a élaboré ses stratégies de développement : comment répondre à la fois aux besoins immédiats et préparer La Réunion du million d’habitants.

Une crise mondiale aggravée localement … par des Réunionnais !

Car la situation à La Réunion est aujourd’hui catastrophique : chômage considérable, état de misère pour la moitié de la population, logements pas assez nombreux, coût de la vie exorbitant…

Au-delà des raisons de la crise des structures, quelles sont les raisons de l’aggravation cette situation ?

Le premier facteur, c’est la crise mondiale, monétaire puis économique, qui n’a pas arrangé une situation déjà difficile.

La deuxième raison est la politique d’austérité et les mesures anti sociales appliquées par le gouvernement Sarkozy depuis 2007. Ce sont  les mesures à portée nationale : réforme des retraites, gel des salaires ou des dotations, attaque contre les services publics et en premier lieu, l’enseignement, et de manière générale,  attaque des acquis de la Libération comme la protection sociale etc.

Ce sont les mesures dont les retombées locales sont catastrophiques. C’est par exemple les coups portés aux grands projets (tram train, MCUR etc.), au secteur des énergies renouvelables et plus spécifiquement du photovoltaïque. L’essor économique a été stoppé net.

La troisième raison est la politique menée à la Région par Didier Robert depuis mars 2010. L’abandon des grands chantiers, comme le tram train ou la MCUR, le recul sur la question des énergies renouvelables et de manière générale, l’abandon de tous les axes stratégiques de développement, a jeté La Réunion dans un non développement important.

Une lourde responsabilité

Si Didier Robert avait lancé la construction du tram train – le dossier technique était bouclé -, des centaines d’entreprises du BTP auraient eu du travail, des milliers de travailleurs ne seraient pas inscrits à Pôle emploi. Sans compter les effets induits de cette politique de grands chantiers sur les autres secteurs d’activité.

Tout ceci aurait-il pu être évité ?

Bien évidemment, non, pour le premier point, la crise étant née des subprimes aux Etats Unis et étendue au monde entier sur les plans économique, social etc.

Pour ce qui est de la politique Sarkozy, La Réunion a fait le nécessaire, en 2007, pour résister lors des élections à la présidence de la République, en donnant la majorité à la candidate de l’opposition.

Mais pour ce qui est de la politique de Didier Robert à la Région, oui, cela aurait pu être évité. L’alternance ayant conduit à l’éviction de l’équipe de l’Alliance et à la mise en fonction de l’équipe UMP, aurait pu être évitées.

Il aurait fallu une seule chose : que tous ceux qui se réclament du camp du progrès et des forces de gauche réfléchissent à la situation et l’analysent non à travers le prisme des ambitions personnelles et claniques ou dans l’idée d’un règlement de comptes politiques, enveloppée d’une volonté évidente de vengeance ; il aurait fallu que cette analyse repose sur une vision stratégique du développement de La Réunion.

Des choix politiciens

Ce n’est pas le choix pour lequel a opté la Fédération socialiste réunionnaise, qui a préféré  jouer la tactique politicienne plus que la stratégie de développement. En choisissant cette attitude de division, la Fédération socialiste a offert la Région à Didier Robert, à l’UMP et à Sarkozy.

Les consultations de 2012 constituent une opportunité de faire avancer la vision stratégique du développement de La Réunion Celle-ci a été déclinée dans un projet de développement durable et solidaire, envoyé à François Hollande, Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly.

Tous y ont répondu. Les deux premiers ont séjourné dans l’île, complétant leurs réponses ou affinant des propositions.

Une ouverture sous condition

Force est aujourd’hui de constater qu’il y a une réelle convergence d’approche. Les réponses apportées par le candidat socialiste quant à l’urgence sociale prennent notamment  en compte l’idée de services publics s’occupant d’une part d’aide à la personne et d’autre part de l’environnement.

Sur la question de l’énergie également, le mot d’ordre d’autonomie de production électrique est partagé. La question de la sécurité alimentaire est elle aussi consensuelle. Enfin, il a affirmé clairement sa volonté de réaliser rapidement un tram train à La Réunion.

C’est donc un nouveau contexte qui se dessine, dans lequel le débat a – enfin –  été replacé dans son cadre : celui de l’avenir du pays.

Une fois élu, François Hollande devra mettre en place les conditions pour que ces projets se réalisent. Il devra être aidé par les Parlementaires : après le Sénat, en septembre dernier, les forces de progrès devraient être majoritaires à l’Assemblée nationale en juin prochain.

Encore faut-il que ces représentants réunionnais des forces de progrès partagent ces objectifs. Or, l’expérience de ces dernières années a montré que certains ne partageaient pas cette vision stratégique du développement durable de La Réunion, s’opposant au tram train ou à l’autonomie énergétique.

C’est donc la question de l’application de ces mesures qui est posée.

Toutes les conditions pourraient donc être remplies pour que La Réunion emprunte la voie du développement durable et solidaire, si chacun joue la carte de la loyauté et respecte des principes. Si certains venaient à ne pas faire un cas avec ces principes, il s’agirait alors d’une trahison.

Or ce n’est pas la première fois que les dirigeants de la Fédération réunionnaise du Parti socialiste privilégient la tactique politicienne au détriment de la stratégie de développement.

Deux ans après 2010, certains veulent reproduire le même schéma : régler des comptes avec le PCR. Mais cette fois, la tentative s’est conclue par un flop retentissant, le candidat socialiste à l’élection présidentielle a affiché sa vision stratégique du développement de La Réunion.

Personne ne peut ignorer la convergence de ses positions avec celles défendues par le PCR. Il y a aujourd’hui un espoir de voir La Réunion emprunter la voie d’un développement durable et solidaire. La voie d’accès sera extrêmement difficile, elle aurait pu être plus aisée si les dirigeants de la  Fédération socialiste avaient eu une autre attitude en 2010.

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