D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

2012 : une année extrêmement difficile mais néanmoins porteuse d’espoir

Par • 28 Déc, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Cette période, entre Noël et le 31 décembre, à La Réunion, est marquée par un tourbillon exceptionnel de communication pour une si petite île, marquée par d’énormes inégalités sociales. Les appels à la consommation se sont multipliés, pour acheter des jouets, voitures, matériel électronique etc.

On a l’impression que, dans cette société en crise, on a tout fait pour que les gens oublient la situation et s’amusent ; même si, et cela est révélateur, les gestes de solidarité envers les plus démunis (repas, jouets) ont été nombreux.
Mais quels que soient les efforts, la réalité s’impose de plus en plus, et l’on se réveille de plus en plus du rêve dans lequel on a voulu nous enfermer.

Pas de trêve de Noël pour la crise !

La réalité, entre Noël et le 31 décembre, c’est l’annonce de l’augmentation du chômage : 120. 850 chômeurs, chiffre officiel pour La Réunion. Mais si l’on prend toutes les catégories répertoriées, on dépasse largement le nombre 150.000 personnes privées d’emploi !
Rien n’a changé, dans la situation de pauvreté à La Réunion, la moitié de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté national.
Combien de Réunionnaises et de Réunionnais, sur les 120.000, a-t-on sorti de la situation d’illettrisme ? Il n’y a pas eu d’annonce à ce sujet.
L’on parle toujours des 30.000 demandeurs de logement, mais l’on a pas eu le moindre bilan, même modeste, de ce qui a été fait pour donner satisfaction ne serait-ce qu’à quelques familles.
C’est cela, la réalité de cette fin 2011. Et c’est ce qui existera aussi pour 2012, que ce soit dans le secteur de l’emploi et du chômage, du logement etc.
Car la situation s’est aggravée de jour en jour, d’année en année, durant près de cinq ans de mandat présidentiel.
L’année 2012 s’annonce sous des auspices encore plus négatifs, malgré un budget de rigueur et deux plans d’austérité successifs : restriction dans les dépenses et augmentation des taxes. Le 3e volet d’austérité s’annonce.
Quant à  la fameuse note AAA sur la crédibilité financière du gouvernement, elle est en train de baisser ! De croissance très faible, au 2e trimestre, nous sommes passés à une « croissance » au-dessous de zéro au 3e trimestre. Le 4e trimestre connaîtra aussi une croissance négative.
Une situation qui devrait se poursuivre dans les premiers mois de 2012, la croissance pouvant revenir éventuellement seulement au 2e semestre.

En 2012 : croissance zéro ?

Si l’on regarde la situation, au-delà de La Réunion, en Europe ou en France, voire aux Etats-Unis, on ne peut que constater que cela va en s’aggravant. La sortie de crise dont nous parlent toujours les dirigeants n’interviendra pas – si elle arrive – avant « de très longues années », à en croire la chancelière allemande.
Voilà la réalité ! La crise qui frappe les travailleurs les plus démunis a atteint largement les classes moyennes. Et ce n’est pas fini ! Dans le secteur public, par exemple, 14.000 postes d’enseignants vont être supprimés. A La Réunion, ce sont 160 postes qui vont disparaître à la prochaine rentrée scolaire.
Quand on parle de chômage aggravé, ce sont les entreprises qui sont concernées : plus de 800 entreprises réunionnaises ont fermé en 2011. En ce qui concerne la jeunesse, le taux de chômage dépasse 60% ! On pourrait ainsi multiplier les exemples !

Quand certains se trompent de combat !

Tout cela est une réalité vécue quotidiennement par des milliers de Réunionnaises et de Réunionnais. En parle-t-on ? Non. Voyant s’approcher les prochaines élections législatives, la presse a commencé à faire des projets de candidature. Là aussi, c’est l’inflation ! On annonce pléthore de candidats dans chacune des 7 circonscriptions. Celles et ceux qui briguent un mandat se présentent, se parant bien évidemment de toutes les qualités.
Mais il est typique que personne ne tire le moindre bilan des années écoulées et pire, n’annonce le moindre programme ou projet pour les 5 ans à venir. Que vont-ils bien faire, pendant les 5 prochaines années, alors qu’ils seront élus ?
Tout cela donne la curieuse impression que l’on n’est pas dans une campagne électorale, mais dans un concours visant à couronner 7 rois fainéants ! Est-ce qu’on va continuer longtemps dans ce rêve, sinon ce cauchemar, qui s’annonce ?
Il y a là une volonté de tromper l’opinion qui est évidente. Et cela est devenu une habitude chez certains.
Pour la première fois à La Réunion, une collectivité locale, le Conseil régional, est devenue le principal client des régies en termes d’achat d’espaces publicitaires ! Chaque jour, les colonnes des journaux font une large place à des encarts pour cette collectivité. Il en est de même pour les radios ou les télévisions ! Pour dire quoi ?
Plus le chômage augmente, plus on prétend créer du travail ! Plus la crise du logement sévit, plus on promet un toit à chacun ! Plus les jeunes sont inquiets pour leur avenir, plus on essaie de les tromper !
Mais, tôt ou tard, chacune et chacun prendra conscience de la réalité, et l’on verra, alors, la réaction de celles et ceux que l’on essaie aujourd’hui de tromper ou de manipuler, que ce soient les jeunes, les privés de logement, les privés d’emplois, les plus pauvres, les couches moyennes…
Le déséquilibre politique / finance
Car chacune et chacun sait bien que la crise n’est pas terminée. Bien au contraire, elle s’étend et s’aggrave.

Elle s’étend non seulement aux couches moyennes mais aussi à d’autres pays. Née aux Etats Unis fin 2008, la crise a d’abord été financière. Trois ans plus tard, fin 2011, elle s’est transformée en crise économique, sociale, budgétaire, a atteint les pays dits prospères (Europe, Etats Unis, Japon etc.) et maintenant même les pays émergents (Chine, Inde, Brésil). Ceux-ci commencent à en subir les conséquences. La question qui se pose à tous est : comment s’en sortir ?
Il faut bien voir que les dirigeants des pays dits développés sont des politiques obéissant aux ordres et exigences du marché financier, des banques, de la grande finance. Depuis des années, ce monde de la haute finance internationale a orienté les gestes et initiatives des politiques. Les dirigeants des pays n’ont plus la direction et la maîtrise de leur Etat. C’est la Bourse qui décide. Pour quel résultat ? La situation s’aggrave. Tout montre l’inefficacité du système et son immoralité.
La réaction populaire : la grève et la révolution
Face à cela, s’organise la protestation populaire. Ce sont les grèves et autres moyens de lutte dans les pays développés. C’est la révolution, dans pays arabes. Et dans le même temps, on voit la traduction de ces déséquilibres dans la multiplication des affrontements à caractère religieux ou identitaires.
Mais tous ces désordres montrent que le système actuel ne parvient plus à faire face à la situation. Aujourd’hui, sous nos yeux, « le monde est en train de changer de base ».
Un changement qui sera long et lent. Mais pendant ce temps, nous, à La Réunion, que faisons-nous ?
La Réunion est intégrée à la France, laquelle est intégrée à l’Europe. Et justement, en Europe, de nombreux pays vont connaître, en 2012, de profonds changements, liés essentiellement aux élections.
C’est bien sûr en France avec le changement à la présidence de la République, puis à l’Assemblée nationale. C’est aussi le cas en Allemagne. Mais aussi aux Etats Unis.
De partout, à La Réunion comme en France ou ailleurs, s’élèvent des protestations de la part de ceux qui sont les victimes de la crise : travailleurs, classes moyennes, secteurs industriel, agricole, tertiaire.
C’est la manifestation évidente d’une vraie volonté de changement. D’un changement profond, non pas dans l’espoir immédiat que l’on va arrêter la crise, comme par miracle. Mais de voir comment on peut faire pour que les conséquences de cette crise épargnent, autant que possible, les plus modestes.
La volonté de voir que l’on pourra casser cette politique d’inégalités criantes : chaque jour, la presse annonce, à quelques pages d’intervalle, que d’un côté, des milliers de personnes sont privées d’emploi, ou de logement, que la misère gagne tous les jours du terrain, mais que, de l’autre côté, d’autres, financiers, stars du sport ou du show biz, gagnent des milliers voire des millions d’euros par mois !
La situation n’est pas acceptable. Elle n’est plus acceptée.
2012 : un rendez-vous important, un premier pas vers le changement
Et cela donne aux rendez-vous électoraux français de 2012 une importance de plus en plus avérée, un contenu de plus en plus net, dans un objectif s’affirmant de plus en plus clairement : la lutte contre les inégalités et injustices sociales, la volonté de redonner un espoir et une chance aux jeunes, aux travailleurs, aux privés d’emplois, aux femmes…
Ce sera un rendez-vous électoral particulier, car il va changer le chef de l’Etat qui, dans le régime actuel, jouit d’un pouvoir exorbitant. Et cela va se passer dans moins de 4 mois, plus exactement le 22 avril et le 6 mai. Ce seront ensuite les élections législatives qui vont changer la majorité à l’Assemblée nationale, et ce sont les députés qui élaborent les lois et les budgets !
Ainsi, dans moins de six mois, en juin prochain, le Président de la République aura changé, et après le Sénat, l’Assemblée nationale disposera d’une nouvelle majorité issue de l’actuelle opposition. Ce sera une configuration attendue depuis très longtemps.
Les mandats présidentiel et législatif courront de 2012 jusqu’en 2017. Or, dans la Constitution de la Ve République, si un Président ne peut pas bénéficier de plus de deux mandats, la tradition veut qu’un président en exercice tente sa chance pour un deuxième mandat : ce fut le cas avec Mitterrand, Chirac.
Le Président actuel essaie lui aussi de briguer un 2e mandat. Mais tous les pronostiqueurs politiques lui prédisent un échec cuisant.
La volonté proclamée de l’actuelle opposition de changer de politique pour les 5 ans à venir, soit 2012 / 2017, peut également permettre d’envisager une continuité de cette action pour 2017 / 2022.
Nous ne devons pas perdre tout cela de vue, malgré le tourbillon incessant d’informations données par les media, ici ou ailleurs. 2012 ouvre des perspectives pour 5 ou 10 ans. C’est dire l’importance des consultations, dans les cinq et six mois prochains,  en mai et juin.
Une autre politique est possible
Face à ce grand rendez-vous, que devons-nous proposer, pour faire une autre politique ? Que doit-elle contenir, comme mesures concrètes et précises, pour que le poids des conséquences conjointes de la crise et de la politique menée ces dernières années, ne pèsent plus sur les plus défavorisés, alors que d’autres en ont profité pendant des années ?
La volonté de changement n’est pas démagogique, mais faire des promesses alors que l’on sait qu’elles ne seront pas tenues, cela l’est totalement.
Il faut dire la vérité, expliquer qu’une autre politique est possible, même dans une situation de crise, et pour nous, à La Réunion, ce changement doit aussi prendre en compte des grands bouleversements qui vont marquer tout le siècle : c’est par exemple la progression démographique. L’Afrique et l’Asie sont concernées. La Réunion aussi, tout comme Madagascar !
A l’horizon 2020, la Grande Ile comptera près de 30 millions d’habitants pour un peu plus de 21 millions aujourd’hui. Au terme du second prochain mandat présidentiel, en 2022, La Réunion aura presque un million d’habitants !
Cela veut dire que les 5 ans, les 10 ans qui viennent, sont d’une importance capitale. Parce qu’ils vont engager le sort de La Réunion, des Réunionnais aujourd’hui en âge de travailler, mais aussi celles et ceux qui sont aujourd’hui au lycée ou à l’université.
C’est leur avenir, économique, social et politique qui va se jouer.
Les 5 ans à venir vont être marqués par  le traitement des questions du régime de l’octroi de mer, du règlement sucrier actuel, des accords de partenariat économique etc. de la gestion de la fin de la crise.
Ce sera le changement institutionnel, avec la réforme des collectivités locales et, dans les 5 prochaines années, avec l’application de la loi sur le non cumul des mandats. Et ce sera la fin des féodalités actuelles.
Dans un monde en profond changement, ce sera la place faite aux jeunes, aux femmes, à celles et ceux qui, aujourd’hui sont sous-représentés.
Ce sera également la cessation d’activité de ceux qui sont aujourd’hui en poste et qui maintiennent à tout prix La Réunion dans une situation post coloniale.
Ce changement va arriver, de toutes les façons. Et tout cela dépend de la volonté des Réunionnaises et des Réunionnais. Et de la manière avec laquelle va s’imposer la nouvelle génération, pour bâtir un avenir meilleur.
C’est cela le véritable enjeu, la réelle question, bien au-delà des festivités du 31 décembre ou du nouvel An !
Et quels meilleurs vœux que ceux-là : ceux d’un appel à la lucidité, à la responsabilité et au courage, à l’espérance pour construire une autre Réunion. Des vœux que tous les Réunionnais peuvent contribuer à réaliser. Dès mai et juin 2012.

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