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Air Austral : le coup de force de Didier Robert

Par • 2 Mai, 2012 • Catégorie: Que faire ?

La compagnie Air Austral a quasiment été offerte à Air France. C’est bien la conclusion qui s’impose, maintenant que c’est un cadre de cette compagnie qui va prendre les commandes de la société réunionnaise. Et l’on parle d’un deuxième « ancien » d’Air France à cette direction.

 C’est donc un scandale sans précédent que nous vivons aujourd’hui : une entreprise réunionnaise, l’une des plus grandes de l’île, fondée par des Réunionnais, avec des actionnaires réunionnais, embauchant des Réunionnais et transportant des Réunionnais, est en passe d’être « avalée » par Air France. Et cela par la volonté politique de certains élus réunionnais.

La première étape a été l’opération de recapitalisation d’Air Austral ; celle-ci a été faite,  avec le concours de la SEMATRA, actionnaire majoritaire ayant notamment pour membres le Conseil régional et le Conseil général.

C’était une nécessité pour que le capital d’Air Austral soit en harmonie avec le niveau atteint par son chiffre d’affaires.

En renforçant le capital, la Région renforçait son poids dans le Conseil de surveillance. Le Président de la Région exigeait alors la dissolution de ce Conseil, la recomposition de cet organisme et en exigeait également la présidence.

La deuxième étape a été la bride laissée sur le cou des banques. Là, la responsabilité de Didier Robert est totale.  Chacun a pu constater son manque d’empressement pour empêcher les banques d’imposer leurs conditions pour l’octroi d’un prêt à la compagnie : le prêt ne sera accordé à la condition sine qua non que les membres du directoire – 4 Réunionnais – soient démis de leurs fonctions !

La comédie était grossière.

Troisième étape : elle s’est déroulée à Paris, il s’agit de la rencontre entre le Président de la Région Réunion et Air France, pour que l’un des cadres dirigeants de cette compagnie prenne les commandes de la compagnie réunionnaise.

Le choix d’un cadre d’Air France n’est pas innocent : rappelons que lorsque Air Austral a obtenu la possibilité de faire des liaisons Réunion / Paris, Air France a retiré toutes ses actions dans le capital d’Air Austral.

Une compagnie réunionnaise

Air Austral est une compagnie réunionnaise, montée avec des capitaux réunionnais et la volonté d’hommes politiques réunionnais. Son directoire est composé de Réunionnais.

Rappelons que lors de la création de la compagnie réunionnaise, un accord entre Pierre Lagourgue, président du Conseil de surveillance d’Air Austral, et Jacques Attali, président d’Air France, répartissait les rôles : les liaisons régionales pour Air Austral, le long courrier pour Air France (alors actionnaire de 30% de la compagnie réunionnaise).

Le monopole d’Air France a été attaqué par Point Air, AOM, Air Liberté, Air Lib. Chaque fois, ces initiatives n’ont pas été couronnées de succès.

Dans ce contexte, et pour permettre aux Réunionnais de voyager, il était indispensable que Air Austral s’intéresse à la liaison La Réunion/Paris.

Ce qui a été rendu possible par l’accord Vergès / Girardin, respectivement président du Conseil de surveillance d’Air Austral et ministre de l’outre-mer : Air Austral a commencé  ses liaisons avec la France, et les Réunionnais ont pu commencer à mieux voyager, Air Austral renforçait son essor.

C’est de là qu’est parti le différent avec Air France et c’est cela qui explique la décision lourde de conséquences prise par un élu réunionnais Président de Région.

Soutien des Réunionnais à leur compagnie

 La compagnie réunionnaise, forte du soutien des Réunionnais et pour répondre à leurs attentes, a ensuite desservi Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Nantes, etc.

Ensuite, parce qu’il y avait une demande, Air Austral a commencé les démarches pour desservir la Chine, l’Inde, mais aussi Bangkok, Sydney et Nouméa…

L’essor grandissant d’Air Austral, l’attachement que les Réunionnais ont pour leur compagnie, ont suscité bien des mécontentements. Notamment de la part d’Air France, qui voyait son rôle être fortement réduit.

Ainsi, le fait de choisir une personne d’Air France pour assurer la direction d’Air Austral est déjà fortement symbolique d’un état d’esprit.

Approbation au plus haut niveau

En outre, ce choix n’a pu réussir qu’avec le soutien discret mais réel du gouvernement Sarkozy / Fillon.

Ainsi, pour des ambitions personnelles, et pour satisfaire la volonté hégémonique de Air France, Didier Robert n’a pas hésité à mettre dans la balance le sort des 1.000 salariés de la compagnie régionale.

Didier Robert s’est découvert : ses déclarations sur le fait que les postes de responsabilité doivent, à compétences égales, être occupées par des Réunionnais, volent en éclat.

L’opération avait déjà été tentée pour la direction de l’AGORAH. Mais devant la mobilisation des Réunionnais, Didier Robert a fait marche arrière.

Dans sa volonté de ne laisser aucune trace de ce que ces prédécesseurs ont créé, Didier Robert fait tout pour que cette compagnie réunionnaise, montée avec des capitaux réunionnais, soit rayée de la carte. Même si l’opération a été une réussite, puisque Air Austral est le principal acteur du désenclavement de l’île.

Didier Robert n’a pas voulu prendre en compte cette réalité : comme d’autres compagnies aériennes, Air Austral traverse une zone de turbulences, liée à la crise économique. Mais à la différence d’Air France, par exemple, Air Austral n’a pas licencié.

Les difficultés présente de la compagnie sont dues pour l’essentiel à la flambée du prix du kérosène et à la sous-capitalisation de la société.

Contrairement à ce que certains martèlent, il n’y a pas eu d’erreur de gestion. Cela sera mis en évidence lorsque seront rendues publiques les conclusions de l’audit financier qui vient d’être commandé.

L’empressement de Didier Robert et de ses mentors parisiens à mettre tout le monde devant le fait accompli est révélateur de leur état d’esprit.

Mais leur coup de force va probablement tomber à l’eau. Leur objectif est visible : Il s’agit de conduire Air Austral au cœur d’une stratégie globale qui sert les intérêts d’Air France.

Plus que jamais, cette question doit être abordée dans cette deuxième partie de la campagne pour l’élection présidentielle.

Le 6 mai au soir, un nouveau Président de la République prendra ses fonctions. Tout indique qu’il s’agira de François Hollande.

Les Réunionnais n’oublieront pas

Mais personne n’oubliera ce qu’un Réunionnais a tenté de faire à d’autres Réunionnais.

Aux membres du directoire d’Air Austral qui n’a jamais démérité et qui ont contribué à faire de la structure une compagnie régionale, nationale et aujourd’hui internationale.

Aux Réunionnais qui ont envie de voyager : l’arrivée d’un cadre d’Air France marque un retour en arrière et va à l’encontre de leur souhait : le désenclavement de La Réunion.

Il remet en cause le projet d’un Airbus A380, un low-cost long-courrier techniquement et financièrement possible, permettant de faire baisser de 25% le prix du billet entre La Réunion et la France.

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