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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Amplifier le combat pour l’égalité

Par • 25 Sep, 2014 • Catégorie: Que faire ?

Compte rendu de la Conférence de presse du Sénateur VERGÈS du 18 septembre 2014

Les deux discours de politique générale prononcés par le Premier ministre, les 8 avril et 16 septembre, et les votes de confiance qui ont suivi, sont de vrais défis pour le gouvernement. En effet, force est de constater que c’est la première fois qu’on observe que 32 députés socialistes, donc membre de la majorité présidentielle et parlementaire – ont refusé la confiance à leur gouvernement.

Cela signifie que l’on assiste à un véritable affaiblissement du pouvoir, d’autant plus que le gouvernement a perdu bon nombre de soutien, dont les Verts.  Et c’est fragilisé que le gouvernement  devra affronter des échéances importantes : les prochains projets de loi : transition énergétique, projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République, et surtout les projets de loi de finance et de finance de la sécurité sociale.

A La Réunion, cinq députés ont voté la confiance, malgré la gravité de la situation, au lieu de donner un signal pour infléchir cette politique. Pourtant, le groupe GDR de l’Assemblée nationale (PCR et Front de Gauche) a voté contre la politique du gouvernement, le 8 avril puis le 16 septembre, à l’exception prés d’une députée réunionnaise qui s’est abstenue. La raison de ce choix est, manifestement, l’approche de futurs scrutins de 2015.

Pourtant, il est évident pour tout le monde que, à La Réunion, la situation va encore s’aggraver. Les objectifs fixés par le gouvernement, depuis mai 2012, n’ont pas été tenus. C’est notamment le cas pour ce qui est en le déficit public, qui dépasse les 3%. Mais c’est aussi le cas de la courbe du chômage qui ne s’inverse pas.

La Réunion, va s’enfoncer encore plus dans la crise, et le taux de chômage (29% aujourd’hui) augmentera, comme le taux de pauvreté (42% aujourd’hui), ou encore le nombre de personnes allocataires de minimas sociaux (333.000 fin juin 2014).

Cette situation économique, sociale et politique, très tendue, aura un impact certains sur les résultats des prochaines consultations de mars et de décembre 2015. Verra-t-on alors les mêmes phénomènes que lors des élections municipales et des européennes ? A gauche comme à droite, c’est la division et le manque de cohésion. Lors de ces échéances, l’on a pu constater l’arrivée du Front National dans certaines municipalités et l’augmentation du nombre de députés européens FN.

2014 va peser sur 2015 et la situation ne sera pas meilleure.

Ainsi, les dégâts provoqués par les orientations prises par François Hollande dès son élection, que ce soit avec le gouvernement de Jean-Marc Ayrault ou avec celui de Manuel Valls, entraînent des difficultés

Il faut être lucide : il n’y a pas de possibilité de renversement de la politique actuelle.

Ce qui est catastrophique dans une île déjà bien sinistrée.  Le chômage est considérable ; la pauvreté ne se résorbe pas. Et  en matière de développement agricole, de très sérieuses menaces planent sur l’avenir de la filière canne/sucre/rhum.  Le contexte économique réunionnais ne donne aucune perspective positive d’avenir pour le développement de La Réunion.

Le gouvernement a proposé la création de 40.000 emplois aidés.  A l’échelle de la métropole, cela équivaut à 4 millions de contrats payés par l’État !  Est-ce crédible ? Cette  mesure est révélatrice de l’improvisation et de l’irresponsabilité du gouvernement.

En outre, les principales négociations faites sur le plan international, comme les APE (accords de partenariat économiques), l’octroi de mer, se font sans la concertation des Réunionnais.

La crise conjoncturelle a, certes, un impact évident sur la situation actuelle ; mais c’est dès 1946 que la situation d’inégalité sociale s’est installée à La Réunion : depuis 1946, les inégalités ont été créées par le gouvernement lui-même, avec l’application de la sur-rémunération dans la fonction publique d’État. Cette inégalité  va s’aggraver avec la progression démographique jusqu’en 2025.

Alors,  il nous faut prendre Manuel Valls au mot quand il a assuré dans son discours de politique générale qu’il fallait revenir, notamment pour les outre-mer, aux valeurs de la République.

Nous devons donc amplifier le combat pour l’égalité.

Il faut mettre au centre de la bataille à venir, la lutte contre l’apartheid social. C’est dans des conditions réelles de cohésion sociale que sera respectée la fin d’une discrimination et d’un tiers de siècle d’entêtement. Alors que déjà deux générations ont été sacrifiées, il faut en finir avec ce scandale.

Et parmi les inégalités, la sur-rémunération. Elle  doit être évaluée par une concertation sur le coût de la vie à La Réunion, afin de définir le niveau des prix et ainsi appliquer le coût de la vie à l’ensemble des revenus dans toute la fonction publique.

Il faut maintenir les avantages acquis pour  neutraliser les conséquences  négatives de la sur-rémunération sur l’économie réunionnaise : épargner le flux financier créé par la sur-rémunération, et pour les nouveaux fonctionnaires, il convient de définir un coût de la vie  et ainsi les rémunérer en fonction. Il faut procéder à la titularisation de l’ensemble des fonctionnaires d’État, territorial, de santé … Il faut en finir avec ce scandale et rétablir l’unité de la fonction publique.

Les gouvernements successifs n’ont pas pris la mesure de la situation dans laquelle se trouve La Réunion. Ils ne tiennent aucun compte de son environnement géopolitique : la politique menée depuis des années fait perdre à La Réunion son influence culturelle et politique dans un bassin francophone notamment de l’océan Indien. Et que dire du rôle de la France

Pourtant  des atouts existent : un codéveloppment dans les secteurs économiques, financiers et commerciaux permettrait d’ouvrir une nouvelle voie pour La Réunion et lui permettrait de sortir du modèle actuel qui a atteint ses limites.

 

Correspondant

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