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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Bonne année ou année catastrophique ?

Par • 16 Jan, 2011 • Catégorie: Que faire ?

« Bonne année, santé, bonheur et prospérité ! » Au-delà de ces vœux traditionnels exprimés avec sincérité, tous les Réunionnais s’interrogent : « Que nous réserve 2011 ? ».

Cette question préoccupe toutes les catégories sociales, au premier rang ceux qui ont de faibles revenus, mais aussi la Fonction publique, les chefs d’entreprise, etc. Les jeunes se demandent quel sera leur avenir. Les futurs retraités ont également de quoi s’inquiéter quant à l’application de la réforme votée en 2010.

Plusieurs facteurs se combinent entre eux et exercent leurs effets sur la situation.

Si des pays comme l’Australie et le Brésil subissent des inondations meurtrières, nous, ici, vivons un été austral atypique : c’est habituellement la période des pluies et il ne pleut pas. Les premières restrictions (ne pas laver sa voiture, ne pas arroser sa cour, ne pas renouveler l’eau des piscines) n’effaceront pas les inquiétudes des planteurs qui voient déjà les souches de canne périr. Satisfaire les divers besoins en eau d’une population de plus de 830 000 habitants ne sera pas facile. Cela risque d’être de plus en plus difficile avec une augmentation régulière de la population (+ 10 000 habitants par an).

La Réunion est une île mais elle n’est pas à l’écart des effets d’une économie mondialisée. Après une crise financière devenue économique, sociale et politique et qui a secoué de nombreux pays, les États se demandent comment maîtriser la dette. Dans ce contexte, le gouvernement français a mis sur pied une politique de rigueur. D’où une réduction du budget national pendant trois ans – 2011, 2012, 2013 – et, pour La Réunion, des flux financiers correspondants.

Ces restrictions budgétaires ont lieu au moment même où augmente le coût d’un certain nombre de matières premières, dont le pétrole, les minéraux et les aliments.

Ainsi, les problèmes qui touchent La Réunion arrivent à maturité.

Au premier plan de ces problèmes, celui de l’emploi qui s’est profondément détérioré en 2010. Avec plus de 115 000 chômeurs, nous avons le taux le plus élevé des régions de France et d’outre-mer. S’y ajoute le problème des prix. Quand les deux tiers de nos importations viennent d’Europe, à 10 000 km, le coût du transport est un élément important de la fixation des prix. Or il risque d’être bientôt aggravé par l’augmentation du pétrole.

Emploi, prix, nous en venons au problème général des revenus.

Nous avons évoqué la semaine dernière la revendication actuelle des salariés de la Séchilienne-Sidec et de ceux d’EDF qui souhaitent bénéficier d’une surrénumération de 53 % comme les salariés de la Fonction publique. Leur demande met en lumière l’organisation économique et sociale en vigueur dans notre île depuis 60 ans : un échafaudage complexe résultant d’une série de décisions gouvernementales qui ont eu un effet d’entraînement sur plusieurs secteurs économiques. Le Conseil d’Etat dira en février comment il faut interpréter les textes officiels auxquels se réfèrent les salariés. Décision importante qui nous conduira à un examen général des revenus à La Réunion. Si l’on veut que cet examen permette de mettre enfin un peu de cohérence dans cette construction du gouvernement dans les domaines économique et social et qui est fragile, il faudra bien s’asseoir autour d’une table et proposer une réforme échelonnée dans le temps.

C’est dans ce contexte très difficile que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a adressé ses vœux à l’Outre-mer, depuis la Guadeloupe, à Petit-Bourg. Curieusement, pour le développement dans l’avenir, il a repris les thèmes de l’an dernier exprimés à La Réunion – les énergies renouvelables, le co-développement, la francophonie, la valorisation de l’identité, etc. – alors que d’une année sur l’autre on a assisté à une régression dans tous ces domaines. « Discours de vérité » a-t-il dit, qui ne résiste donc guère à l’épreuve des faits.

De même, 2011, Année des Outre-mers, doit favoriser la mise en œuvre de musées historiques alors que la nouvelle direction de la Région Réunion a mis fin au grand projet de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise. Dans le même ordre d’idées, alors que la région de Mulhouse va mettre en opération un tram-train pour assurer les déplacements entre villes voisines, ici on a sacrifié, pour des raisons politiciennes, cet investissement porteur d’emplois, ce mode de transport écologique.

Tous ces éléments nous font craindre l’éclatement de grandes crises sociales. Le danger est extrême, c’est du devoir d’un politique responsable de le dire. Pour éviter ces explosions, il est nécessaire de nous unir et de nous entendre à la fois sur les mesures urgentes et des propositions à plus long terme.

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