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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Confusion et résignation ne nous aideront pas à sortir de l’impasse

Par • 24 Jan, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Lors de la conférence de presse tenue la semaine dernière, nous avions bien évidemment évoqué la gravité de la situation dans laquelle se trouve La Réunion. Force est de constater que la crise économique, sociale, politique, sans précédent, que nous traversons, ne suscite que des réactions surprenantes et légères, notamment de la part de celles et ceux qui ont des responsabilités ou ceux que l’on appelle « observateurs » et qui alimentent régulièrement dans la presse, les courriers de lecteurs.

L’année 2011 sera sans nul doute plus catastrophique que 2010.

Tout d’abord, parce que personne ne peut dire quand et comment finira cette crise mondiale ; et à cause de la mondialisation des échanges, La Réunion ne sera pas préservée. Le seul exemple de l’augmentation des prix des matières premières (pétrole, ciment etc.) est révélateur de cette situation.

Ensuite, parce que 2011 sera la première année d’application du gel des dotations aux collectivités locales et que celles-ci, notamment le Département et les Communes, vont devoir faire face à des dépenses dans le domaine social plus importantes. Comment vont-elles pouvoir faire face ?

A cette crise qui n’épargne aucun pays, s’ajoutent d’autres phénomènes dont les conséquences sont perceptibles aujourd’hui mais continueront à l’être sur le long terme.

Il s’agit par exemple des phénomènes climatiques extrêmes : les incendies en Russie, les inondations en Australie, dans le sud-est asiatique, les glissements de terrains au Brésil etc. ont entraîné des pertes humaines. Ces phénomènes climatiques extrêmes ont aussi eu pour conséquence des variations conséquentes sur le coût des matières premières alimentaires (blé, riz, soja, etc.). Cela va toucher les consommateurs du monde entier.

C’est également la question de la poussée démographique. L’Humanité connaît aujourd’hui un phénomène unique d’augmentation de la population : 2 milliards d’humains sur terre en 1900 et plus de 9 milliards à l’horizon 2050. Quatre fois plus de femmes et d’hommes à qui l’on devra apporter une alimentation suffisante, un toit, une activité, une éducation, un système de santé… c’est-à-dire les conditions minimales de survie. Comment, dans le système d’inégalités dans le monde, les Etats vont-ils pouvoir répondre à ces demandes de première nécessité ?

La Réunion connaît aussi la crise, chacun peut s’en rendre compte, non seulement celles et ceux qui chaque jour, voient leur emploi être supprimé, leur niveau de vie baisser, mais aussi les classes moyennes, les petites entreprises et aujourd’hui les grandes sociétés. Chacune et chacun se rend bien compte que le coût de la vie augmente, que les salaires ou prestations sociales sont figées… et que, ainsi, personne n’est épargné sur le plan économique et social, pas plus que La Réunion n’a été préservée de la sécheresse et des autres catastrophes naturelles. Les restrictions dans l’utilisation de l’eau ne concernent pour l’instant que des besoins superficiels (lavage des voitures) mais est-on conscient que ces restrictions peuvent concerner, demain et très gravement, les besoins domestiques ou agricoles ?

Quant à la question démographique, elle se pose aussi dans notre pays, avec tout ce que cela entraîne en terme de construction de logements, d’équipements scolaires, culturels, sportifs etc. Sans compter la nécessité de créer de l’activité pour celles et ceux arrivant sur le marché du travail.

Comment peut-on ne pas comprendre que La Réunion est dans une impasse ? Que le modèle économique qu’elle a connu depuis des années est, aujourd’hui, devenu caduque ? Comment peut-on ne pas s’apercevoir que tous ces phénomènes (crise mondiale sans précédent, impacts des changements climatiques, augmentation de la population) se combinent, qu’ils ont des interactions les uns sur les autres et que cela amplifie et accélère la détérioration de la situation ?

Mais, face à tout cela, les « responsables » politiques, de l’UMP, par exemple, tant à La Réunion qu’en France, se taisent. Un silence aussi assourdissant que révélateur ; quant aux « observateurs » habitués des courriers de lecteurs, ils préfèrent la légèreté de l’ironie, allant jusqu’à confondre analyse et ….  astrologie !

Ce silence organisé, ces diversions créées ici ou là pour éviter d’aborder les vrais problèmes ne peuvent être considérés comme bénins. Bien au contraire, il s’agit là d’une attitude volontaire, destinée à désarmer les Réunionnais, tous les Réunionnais, non seulement les chômeurs, ceux qui sont aux minima sociaux, mais aussi les jeunes, les couches moyennes et même ceux qui, jusque-là se sentaient épargnés ou privilégiés. Cette attitude vise à empêcher chacune et chacun de réfléchir à l’évolution de notre pays mais qui, pourtant, au quotidien, continuent à s’interroger sur l’avenir, celui de leurs enfants et se demandent où tout cela va nous mener et ce que l’on peut faire pour tenter de sortir de cette impasse.

Lorsque ceux qui sont aux responsabilités politiques ne veulent regarder la situation en face, alors, il appartient à chacune et chacun de s’informer, se concerter, pour trouver, ensemble, une solution pour sortir de cette situation dont chacun perçoit l’extrême gravité.

En tout état de cause, il ne s’agit pas d’engager une polémique avec tel ou tel auteur de courrier de lecteurs, qu’il écrive sous un pseudonyme ou sous son nom propre, qu’il soit chômeur, chef d’entreprise, ou fonctionnaire sur-rémunéré…

Mais on ne peut que constater que ces « contributions » qui empruntent des voies secondaires, sont rédigées par des auteurs appartenant au « 1er monde », celui qui a la connaissance, la garantie d’un certain niveau de vie et de revenus. Chacun peut s’apercevoir que ces contributions visent, en réalité, à ne souhaiter aucun changement pour La Réunion. Ce repli sur soi, lisible dans ces contributions, s’accompagne d’une allusion à peine voilée au fait que la crise ne peut et ne pourra les atteindre.

Et de manière vraiment involontaire, ces « écrivains » prolixes des courriers des lecteurs ou ces politiques emmurés dans leur silence, apportent leur contribution à la réflexion de tous les Réunionnais. Ils misent totalement sur la confusion ou la résignation, alors que tous les Réunionnais, sans exception, s’interrogent sur leur avenir immédiat et futur, et sur ce qu’il convient de faire pour sauver l’essentiel.

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