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Le Blog de Paul Vergès

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Conseil régional : dans le flot des affirmations contradictoires, il faut systématiquement chercher l’essentiel pour lutter efficacement

Par • 20 Déc, 2010 • Catégorie: Que faire ?

Deux événements ont marqué cette semaine : d’une part, le sommet de Cancun et d’autre part, les assemblées plénières des conseils régional et général.

L’attention s’est surtout focalisée autour de la réunion plénière de la Région. Dans les discours, les articles, beaucoup d’informations ont été données. Mais l’essentiel reste de savoir ce qui est fondamental pour l’avenir de La Réunion.

L’essentiel, dans notre île, est la situation économique et sociale. A la crise structurelle que nous connaissons, s’ajoute la crise économique et financière mondiale. Au cœur de cela, se trouve la question de l’emploi. Il nous faut la résoudre aussi bien dans l’immédiat que pour l’avenir. La question de l’emploi est à relier directement à celle des aménagements, ceux dont a besoin La Réunion d’aujourd’hui, mais surtout ceux dont aura besoin La Réunion du million d’habitants.

Le fonds du débat à la Région aurait du porter sur les investissements, car, rappelons-le, cela impacte aussi bien l’emploi que les aménagements. Or, quels sont les projets proposés par l’actuelle mandature, et réalisables à court terme ? Il n’y en a pas.

Les décisions personnelles du président de la Région de supprimer la rocade du Tampon, le tram train, la MCUR etc. ont pour effet de peser considérablement sur l’emploi. Ces réalisations auraient permis l’embauche de centaines de personnes, pendant des années. Tout a donc été annulé, et ce sont ainsi des dizaines de milliers d’euros d’études qui ont été gaspillés et surtout des centaines d’emplois qui ne verront jamais le jour.

Le corollaire à ces suppressions c’est notamment le projet de construire un système de transport en commun par bus, les 2.000 bus du fameux Trans Eco Express. Le projet n’est pas encore finalisé, le cadre juridique n’est même pas stabilisé. L’actuelle majorité a décidé de poursuivre les études, et y consacre un budget de 13 millions d’euros. Mais cette même équipe régionale n’est même pas en mesure de définir l’utilisation de ces 13 millions d’euros.

C’est également le projet de la nouvelle route du littoral, à 6 voies. Pour la réaliser, il faut continuer à mener des études. Ce sont ainsi 70 millions d’euros qui vont leur être consacrés. Cette somme ne peut, en aucun cas, être mise sur le compte de la relance de l’activité économique dans le bâtiment, puisqu’il n’y aura aucun chantier lancé. Quant au démarrage réel des travaux, aucune date n’est avancée, puisque même le dossier d’enquête publique, préalable au lancement de tout travaux, n’est pas rédigé.

La longueur de ces enquêtes repousse d’autant la réalisation de ces projets, et cette réalisation devient de plus en plus hypothétique. Dans une hypothèse largement optimiste, ils ne verront le jour que dans deux ou trois ans. Soit à la fin de l’actuelle mandature. Mais pendant ces deux ou trois ans, aucun n’emploi ne sera créé. Des entreprises, notamment dans le bâtiment et les travaux publics, vont continuer à disparaître. Et la crise économique et sociale à La Réunion va s’aggraver.

Force est de constater aujourd’hui que l’opinion publique est de plus en plus consciente du fait que ces projets sont morts-nés. Les seuls chantiers qui vont être lancés seront ceux qui ont fait l’objet d’études et d’enquêtes, et de marchés depuis des années : contournement de Saint-Joseph et de Saint-Benoît, route des Plaines etc.

Un autre domaine va subir un ralentissement considérable : celui du développement durable et notamment des énergies renouvelables. En effet, au-delà de tout ce qui a été déjà réalisé, en termes d’équipements en chauffe-eau solaires, en panneaux photovoltaïques, en fermes éoliennes, tous les autres projets concernant les énergies liées à la mer (énergie de la houle), ces projets sont stoppés. La filière photovoltaïque connaît un fort ralentissement, qui va se traduire par des suppressions d’emplois.

Sur ce point, il convient également de souligner que l’action de la collectivité régionale vis à vis de l’emploi est pour le moins surprenante. En effet, il a été fortement mis en avant l’augmentation de l’enveloppe destinée aux contrats dits aidés. Cela ne va pas obligatoirement se traduire par une augmentation du nombre de postes : en effet, l’actuelle équipe régionale ne peut avancer un quelconque chiffre quant aux postes financés par l’Etat. Cela signifie-t-il que la Région va assumer des compétences qui ne sont pas les siennes, l’emploi, comme elle l’a fait dans un autre domaine, celui de la continuité territoriale ?

En outre, il est assez symptomatique de voir que au moment où était voté le budget régional consacré aux énergies renouvelables (un budget qui connaît d’ailleurs une baisse significative), EDF annonçait la construction de deux centrales au fuel dans le Sud, en complément de celle imposée à La Possession. Par ailleurs, dans le même temps, l’annonce d’un « encadrement » de la législation sur le photovoltaïque, par le gouvernement, est, elle aussi, très révélatrice des volontés de chacun, volontés qui tranchent nettement avec les intentions affichées.

Tout cela s’inscrit dans un cadre budgétaire restreint, avec le gel des dotations aux collectivités, dans un climat social de plus en plus difficile (hausse des contrats d’assurance, des impôts etc.), contraignant encore plus le pouvoir d’achat des plus défavorisés (augmentation légale du SMIC, sans coup de pouce pour la 4e année consécutive).

Nous ne devons pas nous laisser tromper et voir derrière l’image positive que la Région veut nous imposer, la dure réalité de la situation réunionnaise. De notre lucidité dépend le succès des luttes à venir. Plus que jamais, il nous faut agir pour éviter le désastre qui attend La Réunion, demain et dans les années à venir.

C’est donc par la lutte de toutes les Réunionnaises et tous les Réunionnais que notre pays peut non seulement faire éclater ces contradictions écrasantes mais aussi construire un développement durable et solidaire.

20 décembre 1848 : la lutte pour la liberté

20 décembre 2010 : la lutte pour la liberté, l’égalité et la responsabilité.

Cette lutte d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler celles que nos ancêtres ont menées. Après la liberté, acquise le 20 décembre 1848, mais aujourd’hui fragilisée par des attaques répétées contre une partie de la population réunionnaise, l’égalité, décrochée sur le papier en 1946 mais qui a mis un demi siècle à se réaliser, il nous faut parvenir à la responsabilité, et s’opposer aux pratiques politiciennes remises en place : le clientélisme avec, par exemple, la distribution ciblée de contrats dits aidés, ou l’électoralisme, avec l’instauration de dispositifs ne répondant pas aux compétences régionales, comme la continuité territoriale.

La Réunion a, à nouveau, un rendez-vous important avec son histoire. Il appartient à chacun d’en faire une réussite.

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