D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Face à une situation économique et sociale catastrophique, engendrant la violence, la seule solution est un changement radical de politique

Par • 9 Mai, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Les informations diffusées ces derniers jours convergent toutes vers un constat : la situation économique et sociale de La Réunion se dégrade de jour en jour, entraînant l’augmentation de gestes de violence.

Il y a maintenant unanimité pour dire que la situation économique et sociale réunionnaise connaît une détérioration persistante, du fait de la crise mondiale mais surtout à cause de raisons structurelles qui nous sont propres.

C’est notamment la question récurrente depuis plus de 60 ans : l’augmentation de la population. Un élément régulièrement sous-estimé alors que chaque année, notre île compte 10.000 habitants de plus environ. Chaque année, entre 2009 et 2013, la population active, celle en âge de travailler, a augmenté de 4.500 personnes. C’est un élément constant et déterminant qui accentue la crise et qui a des implications dans la vie quotidienne de chaque famille réunionnaise.

Aucun secteur n’est épargné. Le monde agricole, par exemple, est régulièrement soumis à de nombreux aléas. Des épisodes pluvieux ont provoqué des dégâts dans certains secteurs ; dans d’autres, c’est une sécheresse prolongée comme dans l’Ouest ou le Sud surtout, qui provoque des déficits en eau et menace l’activité des planteurs, éleveurs, maraîchers. Quant au prix de l’eau, il augmente, à tel point que de nombreux agriculteurs ne peuvent plus honorer leurs factures d’irrigation.

Baisse du pouvoir d’achat

L’augmentation du prix de l’eau, comme d’ailleurs celui du carburant, (et l’on peut craindre légitimement d’autres hausses tout aussi importantes), frappe non seulement les agriculteurs et les professionnels de la route mais toute la population réunionnaise.

Celle-ci est également touchée par l’augmentation du prix des médicaments, alliée à la baisse des remboursements. La presse signale que la moitié des malades atteints de l’asthme ne sont pas délectés et soignés, tandis que les diabétiques vont de plus en plus à payer les médicaments indispensables à leur santé.

Ainsi, tous les jours, chacune et chacun peut constater la baisse de son pouvoir d’achat. Et ce sont bien sûr les plus défavorisés qui paient le plus lourd tribu à cette crise dont on ne voit pas la fin.

La cohésion sociale réunionnaise est déjà gravement menacée par les inégalités de revenus : rappelons que La Réunion est de plus en plus touchée par le chômage  (plus de 140.000 demandeurs d’emploi) et par la précarité (49% de la population sous le seuil de pauvreté).

Ceci explique certainement l’abondance de l’actualité dans la rubrique « faits divers » ; si les événements sont relatés, ils ne sont ni analysés ni expliqués. Cela concerne aussi bien les actes d’incivilité dans les établissements scolaires, allant des incidents entre jeunes ou entre les jeunes et les adultes, notamment les enseignants, « la petite délinquance » mais aussi une violence plus soutenue.

Une cohésion sociale de plus en plus fragilisée

C’est bien l’accentuation de ces inégalités, la cassure de la cohésion sociale, l’aggravation de la situation économique et sociale qui sont à l’origine d’actes extrêmes comme l’agression par arme à feu, au service des impôts du Tampon.  Les syndicats ont souligné le manque de personnel dans le service public, ce qui détériore les relations avec les usagers, crée des tensions et finit par aboutir à cet exemple inexcusable de violence d’une personne qui n’arrive pas à payer ses impôts et s’en prend à des fonctionnaires, eux-mêmes en difficulté dans leur travail.

Ces faits divers doivent nous alerter sur l’aggravation de la crise, et nous faire prendre conscience de ses conséquences sur la sur la vie quotidienne de chacune et chacun d’entre nous.

Cette crise concerne également la vie publique, elle aussi de plus en plus difficile. C’est ce qui ressort par exemple de l’analyse du Président de la Cour des comptes, venu dans notre île à l’occasion de la sortie du rapport de la Chambre régionale des comptes. Il ressort de celui-ci des difficultés de plus en plus importantes des collectivités locales pour remplir leur rôle : manque de moyens financiers d’une part, et augmentation des coûts de service public d’autre part.

En outre, ce rapport souligne les très nombreux reculs de l’investissement et conjointement, l’augmentation des coûts de fonctionnement, sans pour autant accompagné de création d’emplois, tout du moins  pas suffisamment pour faire face à la demande sociale ni pour répondre aux besoins des services publics. Et les investissements – inconsidérés et inutiles –  réalisés par certains responsables politiques n’est pas de nature à assainir la situation.

Nécessité d’une rupture totale

Quelles que soient les tentatives des pouvoirs publics pour faire face à la situation, la réflexion mène à cette conclusion : il faut, au-delà de telle ou telle mesure prise ponctuellement, arriver à une décision générale de rupture avec la politique actuelle. Cette rupture doit se traduire en priorité par l’augmentation des investissements, et donc des moyens nécessaires pour les réaliser.

Ces investissements permettront aujourd’hui, la création d’emplois, et permettront de répondre aux besoins à venir d’une population en croissance régulière. Il s’agit donc d’aller à l’essentiel et de ne pas se contenter d’expédients visant le clientélisme et la démagogie.

Ainsi, que ce soit dans la vie quotidienne de chacune et chacun d’entre nous, ou au niveau des politiques publiques, la réflexion nous amène à une seule conclusion : un changement radical est nécessaire. Nous avons devant nous une occasion d’y parvenir. Dans un an exactement, il y aura un changement à la tête de l’Etat, par l’élection à la présidence de la République, suivie du renouvellement de l’Assemblée nationale.

Bonne semaine

Paul Vergès

Une Réponse »

  1. Entièrement d’accord !
    mais je suis très pessimiste quant à son écho, au sein de la population et dans la vie quotidienne : les discours n’ont pas changé, les moyens mis en oeuvre…même topo ! Peut-être un changement au niveau des médias; moins frileux face à la médiatisation de certains faits ou événements dans l’île: peut être que « rendements » obliges, il n’est plus trés vendable ou intéressant de montrer, une Réunion faite de « petits et grands truands, et une population à la « merci de ses instants…!

Laisser un Commentaire