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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Faire face de manière durable aux risques climatiques

Par • 6 Fév, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Le premier mois de l’année 2011 s’est achevé ici par les images très parlantes de la force dévastatrice des éléments naturels : maisons inondées, radiers submergés, champs dévastés, chemins et routes défoncés, glissements de terrain dont, malheureusement, une femme a été la triste victime. Nous avons une pensée émue et solidaire pour toutes celles et tous ceux qui ont été touchés, à divers degrés, par ces trombes d’eau.

Au début du mois, le 4 janvier, c’était la Guadeloupe qui avait particulièrement souffert d’inondations ayant entraîné la mort de cinq personnes aux Abymes.

Etrangement, avant cet épisode pluvieux, tout le monde était inquiet : la sécheresse en plein été ! cela ne semblait pas normal. Or, en deux jours, les précipitations ont atteint un volume rare. N’est-ce pas là l’illustration évidente du changement climatique qui se caractérise par des phénomènes contrastés et extrêmes ? Au-delà des mots, voilà la réalité brute !

De plus, on parle de phénomènes naturels, mais il ne faudrait pas masquer la responsabilité humaine. Pas seulement parce que les activités industrielles et les déplacements en auto et en avion augmentent la concentration de gaz à effet de serre, mais aussi parce que nous ne prévoyons pas suffisamment les conséquences du climat dans l’aménagement de notre territoire.

Notre île, en zone intertropicale, est jeune, montagneuse, avec des pentes très fortes et un sol pas encore stabilisé. Chaque année nous faisons l’expérience des effets dramatiques des pluies abondantes. C’est une donnée objective et constante. Pouvons-nous nous contenter de réparer dans l’urgence les dégâts, de parer au plus pressé…en oubliant que le prochain épisode pluvieux important causera les mêmes dégâts et peut-être les mêmes drames ?

Pire, le changement climatique signifie une aggravation de la situation puisque les phénomènes climatiques extrêmes seront plus fréquents ou plus violents, ou les deux à la fois. Combien de fois avons-nous alerté l’opinion et ceux qui sont aux responsabilités, comme on dit, sur le nombre de radiers à supprimer pour la sécurité des habitants et leur déplacement ? Chaque année, on voit, on constate, on pleure et on passe à autre chose.

C’est pourquoi, il nous semble essentiel que les diverses institutions, la Région, le Conseil général, les maires, et peut-être aussi ceux qui interviennent dans la vie économique de l’île et la préservation de son environnement, se mettent autour d’une table. Il s’agit d’aborder ensemble la question de l’aménagement de notre territoire, pour faire face de manière durable aux risques liés au climat. L’objectif de l’adaptation au changement climatique, dont l’ONERC (Observatoire National des Effets du Réchauffement Climatique) a coordonné l’élaboration des différentes mesures à l’échelle nationale, a été défini comme une priorité pour des mesures règlementaires et législatives par le gouvernement. A nous de faire nos propositions pour notre île.

Face à la certitude des risques auxquels nous serons de plus en plus exposés, la passivité n’est pas acceptable.

Une fois cet objectif fixé et, nous l’espérons, partagé, nous savons que cela ne sera pas facile, étant donné le contexte de crise dans lequel nous sommes. Nous avons déjà souligné en fin d’année dernière les restrictions du budget de l’Etat pour 2011. Or, il est probable que, face à un taux de croissance inférieur aux prévisions, le gouvernement serre encore plus la vis. Il faudrait bien trouver les recettes nécessaires, mais moins injustes, comme on le fait d’habitude. Faute de quoi, les dégâts ultérieurs coûteront encore plus aux familles les plus modestes.

La nature a les moyens de rappeler les humains à l’ordre. De même tout un peuple peut réussir à exprimer son mécontentement et faire éclater sa colère. Ce sont les leçons à tirer de la Révolution du jasmin en Tunisie, mouvement qui s’étend à Egypte et dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Ces réactions et cette détermination n’avaient pas été prévues par les politiques et politologues qui évoquaient un peuple passif ou un peuple maté. Manifestement les cartes sont en train d’être redistribuées dans cette partie du monde. Sans préjuger des formes de changement à venir, un mode autocratique de gouvernement, soutenu par une diplomatie aveuglée par le danger fondamentaliste, est condamné à disparaître à plus ou moins longue échéance.

Sans transposer mécaniquement cette situation à notre société, nous pouvons nous demander si l’absence actuelle de réelles perspectives de développement ne provoquera pas le réveil de tous ceux qui s’inquiètent pour leur avenir.

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