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Le Blog de Paul Vergès

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L’inexorable marche vers un krach boursier mondial ? Conséquence de la non maîtrise du capitalisme entraînant l’accélération du déclin de l’Occident

Par • 9 Août, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Pour commencer, nos excuses aux lecteurs du blog, pour le retard dans la publication de notre opinion hebdomadaire. Ce retard est volontaire, compte tenu que nous avons pensé que dans la logique des derniers événements, il y aurait certainement une aggravation de la crise financière en fin de semaine passée. Et c’est ce qui s’est passé.

Ce nouvel élément va donc faire l’objet de cette rubrique, compte tenu de l’ampleur du phénomène et de ses conséquences mondiales. Il nous faut tenter de clarifier certains points, ce que les media locaux n’ont pas été préoccupés de réaliser.

Le silence de la presse réunionnaise

Dans son édition de lundi, un quotidien réunionnais annonçait en première page : « Saint-Gilles : Fin de soirée sanglante à la discothèque de la Villa » ; « Saint-Joseph : il pète les plombs et menace de tuer ses enfants » ; « Saint-Philippe : les camions bars virés du Grand-Brûlé » ; « Saint-Paul : Six tombes du cimetière marin vandalisées » ; « Jeux des Iles : le plein de médailles et de bonnes surprises ». Et en gros titre : « Saint-André : victime de plusieurs coups de feu samedi soir, le jeun homme est sorti de l’hôpital ; le tireur fou est toujours en cavale : Laurent a échappé au pire ».

Quel que soit l’intérêt évident de ces faits divers, ils ne donnent pas sur cet événement mondial qu’est l’aggravation de la crise, le moindre élément d’information, pour montrer aux Réunionnais que l’étape qui vient d’être franchie ouvre la voie à des années supplémentaires de crise encore plus grave.

L’autre journal titre : « Cimetière marin de Saint-Paul : six tombes profanées » ; « Coups de feu à Saint-André : blessés pour 20 euros » ; « Destinations vacances : la Thaïlande plébiscité » ; « Sainte-Rose : la réserve de pêche attend ses balises ».

Là encore, rien sur le nouveau développement de la crise et les perspectives d’une augmentation de sa durée. Tout cela est renvoyé à des dépêches d’agence, en pages intérieures.

Jusque-là : crise en Europe et seulement des effets d’annonce

La crise financière s’est ouverte en 2008 aux Etats Unis, notamment à travers les scandales des subprimes dans le logement. Ses développements ultérieurs se sont étendus à toute l’Europe. Il y a eu des annonces de solutions pour tenter de juguler les conséquences de cette crise. Et un chef d’Etat s’est ridiculisé en affirmant vouloir « moraliser le capitalisme ». Mais au fur et à mesure, la crise s’est étendue et a frappé de nombreux Etats d’Europe. Les réunions successives du G7, du G8 ou du G20 ne se sont caractérisées que par des effets d’annonce.

L’un des derniers événements a été le nouveau prêt accordé à la Grèce : un prêt de survie dont le remboursement s’étalera sur… les 20 prochaines années.

Dans le même temps, comme annoncé, les perspectives de la situation en Irlande, au Portugal, en Espagne et en Italie ne sont pas optimistes : le danger les menace toujours, notamment à cause de la baisse des notes données par les représentants des agences du capital international.

Aujourd’hui : la crise de trésorerie aux Etats Unis et ses conséquences mondiales

L’événement nouveau est la crise de trésorerie aux Etats Unis, suite à un déficit record. Les réticences du Parlement américain (Chambre des représentants et Sénat) pour se mettre d’accord et pour adopter les propositions du Président Obama ont aggravé la situation.

Finalement donc, en dernière heure, un plan de compromis a été voté par les deux assemblées. Ce plan est provisoire, il devrait être rediscuté fin 2011. D’ici là, la situation se sera encore détériorée, et les élections présidentielles américaines seront proches.

Le contenu de l’accord a été qualifié, par les observateurs financiers du monde entier, comme étant non seulement provisoire mais également fragile, et ouvrant des perspectives d’aggravation.

La publication de ce plan a été immédiatement suivi par l’annonce des agences de notation de… baisser – pour la première fois dans l’Histoire – la note des Etats Unis. Ce qui souligne le risque de rechute – et une rechute aggravée – de la situation.

Les heures qui ont suivi ont été marquées par un « plongeon » des bourses américaines, européennes mais aussi asiatiques. Un plongeon de plusieurs points. Ce qui a fait dire et écrire à la presse financière internationale qu’il y avait bel et bien un risque de krach boursier mondial.

Et demain, probablement : un krach boursier mondial aux ramifications planétaires considérables ?

C’est la première fois que l’expression « krach boursier » est prononcée. Et cela entraine une nouvelle crise, avec des conséquences planétaires considérables.

C’est aussi la première fois que la Chine pose le problème de la situation extrêmement fragile du gouvernement américain, liée à son utilisation abusive de l’endettement, lequel est aujourd’hui arrivé à un niveau record.

C’est également la première fois que la Chine pose officiellement le problème du statut du dollar comme référence pour les réserves internationales.

Les commentaires, les journées suivantes, ont été tout aussi sombres, avec une tentative de communication des gouvernements français et allemand, sur leur volonté commune de faire face à cette nouvelle crise, et sur la situation très grave sur le plan économique en Europe, sur l’arrêt de la croissance aux Etats Unis, tout cela ouvrant des perspectives encore plus graves, notamment pour les pays européens les plus faibles.

Tous les observateurs ont souligné le fait que la crise financière se concentre essentiellement sur les pays développés d’Europe,  les Etats Unis et le Japon, créant un contraste avec la situation de croissance maintenue que connaissent les pays émergents  comme la Chine, l’Inde ou le Brésil.

Vers un nouveau rapport de force économique mondial face au déclin de l’Occident

Si l’on veut analyser la situation, sur le plan global, c’est la démonstration que le développement du capitalisme, au stade de la mondialisation des échanges, n’est plus maîtrisable. Il est tout aussi évident de noter que le développement de la crise économique, sociale, politique, etc. se fait à partir des notations des organismes de la grande finance mondiale.

Si l’on examine la situation, en termes de temps, c’est une nouvelle manifestation de la remise en cause, jour après jour, de la domination économique, depuis deux siècles, de ce que l’on appelle généralement l’Occident : les Etats Unis, l’Europe et le Japon.

Et c’est la base même du rapport de force international qui est concerné, et cela montre que ce que l’on a appelé « le déclin occidental » se poursuit voire s’accélère, au profit des pays dits émergents, par ailleurs les pays les plus peuplés de la planète.

A partir de tout cela, on peut examiner quelles vont être les conséquences pour La Réunion, quelle que soit l’importance des faits divers étalés en page « une » des média locaux.

Et s’interroger sur ce que le gouvernement français peut être maintenant amené à faire, après avoir pris des mesures visant à réduire le déficit. Aujourd’hui, ce déficit s’est augmenté de 15 milliards d’euros.

Pour réduire le déficit : diminution voire  suppression des mesures sociales

Le budget 2012 de l’Etat est en préparation, il sera discuté au Parlement dès le mois de septembre. Ce budget comprendra de nouvelles mesures de rigueur. Celles-ci vont s’attaquer aux dispositifs et mesures mises en place depuis la Libération, ces mesures sont essentiellement des mesures sociales. Elles vont être supprimées, au mieux diminuées. Et cela au moment même où la situation de l’emploi est d’une exceptionnelle gravité et que la situation des PME et TPE est extrêmement alarmante.

Il est bien évident que les conséquences pour La Réunion vont être directes : le chiffre de 118.000 chômeurs actuellement recensés – chiffre officiel annoncé il y a quelques semaines -, sera dépassé.

La situation des PME et TPE va s’aggraver, puisque vont être remis en cause les avantages fiscaux et sociaux dont elles bénéficiaient.

Et ceci alors que l’on annonce une campagne sucrière moins bonne que celle de l’an passé, et les limites des mesures de redressement prises pour le groupe Caillé : 800 personnes sont déjà privées d’emploi.

Faire reculer le gouvernement et dessiner des voies

Quand nous disons cela, ce n’est pas pour aggraver la confusion ou la démoralisation des victimes de cette crise, mais pour dire la vérité, lucidement. C’est pour dire qu’il ne faut pas se résigner, mais bien au contraire, imaginer des voies pour que le gouvernement ne fasse pas subir aux plus pauvres, aux plus démunis, aux travailleurs, les conséquences d’une situation pour laquelle ils n’ont aucune part de responsabilité.

La seule voie pour obtenir que le gouvernement recule dans cette politique impitoyable pour les plus pauvres, c’est que nous réfléchissions et que nous agissions afin que les plus défavorisés ne paient pas les pots cassés.

C’est de notre responsabilité à tous, et particulièrement de la responsabilité des personnes qui affirment représenter ces défavorisés, notamment lors des élections, et dont le silence actuel est terrifiant. Un silence également inacceptable, au moment où la situation de la majorité des électeurs de ce pays ne cesse de se détériorer.

L’analyse que nous proposons aujourd’hui explique donc le fait que nous ayons attendu 48 heures avant de la rédiger, car il vaut mieux exposer les réactions des uns et des autres, plutôt que divertir par des faits divers dont les conséquences n’atteindront jamais le degré de gravité de ce phénomène que nous subirons encore pendant des années et des années.

Une Réponse »

  1. il y a deux problèmes à la fois distincts et liés…en premier , l’endettement faramineux de
    la plupart des grands pays coccidentaux et ensuite la folie incontrôlable de la spéculation.
    la crise de 2008 a obligé les états à s’endetter pour que le système ne fasse pas naufrage
    mais la faiblesse de la croissance actuelle et celle prévue à l’avenir ne permet pas d’envisager qu’ils puissent faire face à leurs engagements sans de très grandes mesures de restrictions budgétaire ou de hausse des impôts ou prélèvements , le choix stratégique dépendant du bord politique , et c’est dailleurs cette divergence sur les solutions qui a amené un blocage aux usa, l’abaissement de leur notation souveraine et a ainsi déclenché la crise boursière actuelle…
    en deuxième , la spéculation , déja à l’origine de la crise de 2008 , quand les produits dérivés de sub-primes sont devenus tellement incontrôlables , des produits toxiques qui
    ont mené à la faillite certains établissements financiers , et à la crise économique dont nous vivons actuellement les séquelles….
    cette spéculation qui en  » ciblant  » les états les uns après les autres a entrainé ou accéléré la crise en grèce , mais aussi dans d’autres pays européens du sud , et enfin aux usa , cette spéculation qui ces jours-ci démultiplie de manière totalement irrationelle la baisse des bourses par la mécanique perverse des ventes à découvert qui permet de gagner beaucoup d’argent quand les actions plongent et qui contribuent à fabriquer cette chute !
    enfin ,depuis longtemps , la spéculation sur les matières premières , énergétiques ou alimentaires , accentue le désordre planétaire , pour permettre à un petit nombre d’initiés de bâtir des profits faramineux….c’est une bombe à retardement !
    les deux hénomènes sont donc liés , la crise réelle de l’endettement , et de la difficulté à y faire face en ces temps de croissance molle et la spéculation , qui se nourrit de la crise et l’amplifie à l’extrème , dans une fuite en avant suicidaire !
    je crois donc qu’aujourd’hui , quel que soit le bord politique où l’on se situe , malgré les divergences stratégiques concernant la méthode pour réduire les déficits , il serait temps que l’on parvienne à un consensus large , au delà des choix politiques nationaux , pour trouver le moyen d’en finir avec cette spéculation anarchique qui nous mène au pire…
    les solutions sont multiples , limiter la spéculation sur les titres de dette nationaux , interdire la spéculation sur les matières premières en obligeant les opérateurs à acheter réellement les quantités , obliger les acquéreurs d’actions à les détenir au minimum 1 mois , mettre de l’ordre dans la nébuleuse des produits dérivés dont les inventeurs et les utilisateurs ne savent plus eux-mêmes ce qu’il y a dedans…ou peut-être une taxe  » tobin  » ?
    en tout cas , il y a urgence !

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