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La politique internationale de la France dans l’océan Indien se limiterait-elle aux seules relations entre Paris et La Réunion ?

Par • 31 Jan, 2011 • Catégorie: Que faire ?

La venue dans notre île du Premier Ministre mauricien a mobilisé l’attention ces derniers jours. Il a été accueilli par la Ministre de l’outre-mer, qui n’a consacré qu’une journée à cette mission, la délégation mauricienne, elle, restant deux jours dans notre île. Qu’est-il ressorti de cette visite ? Force est de constater qu’à aucun moment, la ministre n’a abordé les réels problèmes de l’île. Pourtant, certains événements auraient mérité des commentaires de la part du représentant du gouvernement.

C’est le cas notamment pour l’affaire des importateurs. Après un quart de siècle de silence, les Réunionnais ont enfin eu la confirmation judiciaire de ce qu’ils savaient : une entente sur les prix, tacite et coupable de ces importateurs, sanctionnés par une amende dont le montant est extrêmement modeste.

Cette question est l’illustration d’un des problèmes fondamentaux de La Réunion. En effet, les 2/3 de ses importations viennent de France ou d’Europe. Ces produits de toutes sortent parcourent plus de 10.000 kilomètres pour arriver sur le marché réunionnais. Cela génère un coût considérable : fret, taxes de toutes sortes, qui ne cessent d’augmenter. Sans compter les phénomènes de spéculation ou d’entente. Le coût de la vie à La Réunion est lié à ces importations. La ministre de l’outre-mer n’en a pas fait état, rejoignant en cela la position adoptée par le Président de la République lors de son séjour aux Antilles. Ce silence total de le présidence comme du gouvernement UMP, sur ce sujet, est lourd de sens.

Aucun commentaire non plus de la part de la ministre française sur la situation réunionnaise qui ne cesse de se détériorer. Sur le plan économique, après les TPE et les PME, ce sont les grandes entreprises comme Foucque ou Caillé qui sont en liquidation, provoquant des centaines de licenciements. Le rachat de ces entreprises signifie la perte, pour La Réunion, de son patrimoine, de la valeur ajoutée représentée par le travail de centaines et de milliers de personnes. Avec la vente de la plus grosse société d’eau naturelle à un groupe métropolitain, c’est encore une disparition du fruit des investissements et du labeur des Réunionnais. Sans oublier que ce groupe métropolitain a une histoire commerciale forte avec les anciennes colonies d’Afrique, de Madagascar et de La Réunion.

Dans le secteur du tourisme, aussi, le patrimoine réunionnais passe dans d’autres mains : hôtel du Lagon, hôtel de Salazie sont gérés par des groupes mauriciens. On peut se questionner sur l’analyse réalisée par la Région sur la façon de corriger les conditions négatives de La Réunion, dans le domaine touristique, afin de pouvoir discuter d’égal à égal avec l’île Maurice. On n’a pas entendu une chose miraculeuse. Mais on ne peut que souhaiter que les perspectives ouvertes par ce partenariat se renforcent, au bénéfice des deux îles.

Car la venue d’une délégation mauricienne comprenant un Premier ministre et deux autres ministres plus une trentaine de chefs d’entreprise est un événement exceptionnel. La composition même de cette délégation souligne l’importance de l’événement pour les Mauriciens. Cela aurait pu être une occasion, pour La Réunion, de montrer que, au-delà des divergences politiques normales, il y avait une vision réunionnaise du développement, une vision partagée au-delà de ces clivages, pour nouer de véritables relations durables avec les îles de notre environnement géographique.

Cela n’a pas été le cas : les rencontres se sont essentiellement déroulées à la préfecture, les maires n’ont pas été conviés à l’événement, le conseil général a été tenu à l’écart. Tout a été concentré autour du président de la région. La composition du programme en est une preuve évidente : il est tout à fait symptomatique de voir que la centrale solaire inaugurée se trouve au Tampon. Il convient également de noter que si la question de GERRI a été abordée, le président de région a fait l’impasse sur un point essentiel : le nom de De Châteauvieux n’a pas été prononcé, alors qu’il avait accepté de prendre la présidence de cette structure qui aurait permis à La Réunion de rayonner sur le plan national voire international.

Peut-être doit-on cela à l’extrême modestie de l’actuel président de Région qui a omis de préciser que tous les projets réunionnais liés aux énergies renouvelables, présentés pourtant à la délégation mauricienne, ont été initiés par l’équipe régionale précédente ; le même silence pour éviter de dire que toute la dynamique enclenchée par les Réunionnais dans le secteur des énergies renouvelables était fortement ralentie, du fait des mesures prises par le gouvernement UMP et visant toutes à la limitation des investissements mais aussi des budgets.

On peut affirmer sans nul doute que nos amis Mauriciens sont parfaitement informés des projets français en matière d’énergies renouvelables, notamment des éoliennes en mer. Ces éoliennes offshore s’installeront dans la Manche et l’Atlantique. Mais pas outre-mer, notamment à La Réunion, où les alizés répondent aux conditions techniques pour la production de ce type d’énergie. Quelle image peuvent-ils avoir de la stratégie réunionnaise en matière d’énergies renouvelables ?

La délégation mauricienne aurait probablement souhaité aborder d’autres thèmes économiques. Comme la question des APE (accords de partenariat économique), par exemple. Mais elle ne figurait pas à l’ordre du jour des rencontres. Pourtant, elle pèse considérablement sur le codéveloppement des deux îles. Tout comme la crise économique et sociale mondiale, aggravée à La Réunion par la sécheresse, les gel des dotations d’investissement, la montée du chômage etc.

Dans ce contexte, la question que l’on peut se poser est la suivante : lors de cette visite de la délégation mauricienne et du séjour éclair de la ministre de l’outre-mer, de qui s’est-on moqué ? Des Réunionnais ? Des visiteurs mauriciens ? La politique internationale de la France dans l’océan Indien se limiterait-elle aux seules  relations entre Paris et La Réunion ?

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