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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Lorsque la diversion tient lieu de stratégie politique …

Par • 15 Nov, 2010 • Catégorie: Que faire ?

Sur le plan des supports d’information, La Réunion propose trois chaînes de télévision, plus celles venant des satellites, des radios privées ou publiques, trois quotidiens d’informations générales … Face à cette profusion de sources d’information, quelle est l’attitude des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs ? Les amène-t-on à avoir une vision critique de la situation réunionnaise ?

Car, paradoxalement, on entend plus parler de ce qui se passe à Paris ou ailleurs, que de l’emploi à La Réunion. Avec un taux de chômage de 28,5%, La Réunion est de loin la région la plus sinistrée, sur le plan national et européen. Parmi ces chômeurs, 55% d’entre eux sont des jeunes.

Une telle situation devrait pourtant être l’objet de toutes les actions engagées tant par le gouvernement que les acteurs locaux. L’emploi – et l’emploi des jeunes -, c’est d’abord de la responsabilité du gouvernement. On ne peut qu’être frappés par l’extrême discrétion qui entoure ce dossier. Et notamment celle de certains responsables politiques réunionnais, ceux qui ont décidé d’approuver la politique du gouvernement, comme cela a été le cas sur la réforme des retraites.

Au Parlement, s’engagent les discussions liées au vote du budget de l’Etat, et notamment du volet outre-mer. Ce budget est marqué par les restrictions considérables et le recul de certains droits sociaux acquis : baisse du remboursement des médicaments, suppression d’emplois dans la fonction publique, gel des dotations aux collectivités locales etc.

Cette discussion budgétaire va avoir des implications sur toute l’année 2011, voire les suivantes. Les conséquences seront considérables sur les ménages – et notamment les plus défavorisés – mais aussi sur les collectivités réunionnaises, qui devront proposer un budget dans lequel les recettes vont diminuer alors que les dépenses vont augmenter.

Les maires, par exemple, devront faire à la suppression de la taxe professionnelle, à la baisse des recettes d’octroi de mer, lié à l’effritement de la consommation découlant de la crise économique. Or dans les plus petites communes, 40% des recettes proviennent de l’octroi de mer. Et dans le même temps, les dépenses vont augmenter : c’est le cas des aides sociales accordées aux foyers les plus défavorisés, et leur nombre augmente.

Le Conseil général doit également faire face à des dépenses imposées par l’Etat dans le domaine social, et pour lesquelles il n’y a pas eu le transfert financier légalement prévu dans le cadre de la décentralisation.

Afin d’équilibrer les budgets, ces collectivités devront réduire leurs dépenses d’investissement. Cela va entraîner obligatoirement une baisse d’activités pour les entreprises, et par voie de conséquence, augmenter le nombre de chômeurs.

La discrétion de certains élus sur cette situation est éloquente. Alors, ils tentent des mesures de diversion. Deux exemples :

Lors du congrès annuel des présidents de conseils généraux, les élus de gauche et certains de la majorité présidentielle ont signé un document accusateur vis à vis de la politique gouvernementale. Les quatre présidents des départements d’outre-mer se sont associés à la démarche, expliquant que leur territoire subissait une situation beaucoup plus grave que celle vécue en France métropolitaine.

Puis s’est tenu le congrès de l’Association des Régions de France (ARF). A la veille de l’ouverture de ce congrès, les Réunionnais ont appris, par une dépêche venant de France , que les présidents des régions Alsace, Guyane et La Réunion avaient choisi de démissionner. Ils dénonçaient les attitudes « politiciennes » de l’ARF. A La Réunion, le président de la Région, dans la discrétion, a choisi de ne pas évoquer cette question, alors même que se tenait l’assemblée plénière de la collectivité. Il est évident que ces trois présidents ont choisi de fuir le débat amorcé par l’ARF, sur la question des finances des collectivités ne pouvant aucunement justifier les actions gouvernementales dans ce domaine.

Dans quelques semaines, ce sera le congrès de l’association des maires de France (AMF) : là aussi, les élus ont commencé à dénoncer la stratégie du gouvernement sur la question des dotations, et ses attaques contre la libre gestion des collectivités.

Le deuxième exemple concerne l’annonce de la démission de son poste de l’actuel député de la 3e circonscription et son remplacement par sa suppléante. Il s’agit là d’un tour de passe-passe politique : après les élections régionales de mars, le député a été chargé par le gouvernement d’une mission de 6 mois portant sur le tourisme dans les DOM et la Méditerranée. Cette mission vient d’être reconduite pour une période indéterminée. Ainsi, par cette astuce gouvernementale, le député peut être remplacé en tant que tel, sans qu’il y ait de nouvelles élections.

Quel Réunionnais peut être assez naïf pour penser que la mission confiée est suffisamment importante pour être prolongée ? Pourquoi y a-t-il eu autant de discrétion autour de cette question ? Les électeurs de la circonscription n’ont-ils pas le droit de connaître la vérité ?

Tout cela sert donc de diversion pour éviter d’aborder réellement les dossiers de fond. Comme sont des diversions les actions des élus de la majorité présidentielle, touchant des questions comme ce voyage de 140 personnes à Adélaïde, en Australie, aux frais des contribuables réunionnais. Ces dépenses sont-elles prioritaires ? Non. Les fonds publics auraient pu être utilisés pour répondre à des besoins urgents – l’activité des Réunionnais et des entreprises – au moment où certains investissements ont été supprimés et d’autres retardés. Cela sert-il le développement de La Réunion ? Non : cela relève seulement du clientélisme.

Si chaque Réunionnais examinait, de façon critique, ce que est aujourd’hui proposé, et analysait la situation de manière objective, un grand pas serait fait vers la recherche de la vérité, aujourd’hui constamment étouffée.

2 Réponses »

  1. les diversions – qu’elles se déroulent à La Réunion par les exemples cités – ou en France (avec la comédie que l’on nous a jouée sur le « remaniement » – sont belles et bien des stratégies pour détourner de la réalité: à La Réunion, un taux de chômage inacceptable et aucune perspective ouverte pour ces jeunes – que ces mêmes décideurs, d’ailleurs, n’entendent même pas –
    en France, pour cacher la réalité du budget 2011: la rigueur pour les collectivités locales, pour les investissements… mais on ne touche ni au bouclier fiscal ni à l’ISF…
    C’est peut être ça, la politique de l’autruche… d’où le choix de certains d’aller en Australie?

  2. Il y a une question qui me turlupine et qui va au-delà de la péripétie politicienne évoquée ici: une mission sur le tourisme a été confiée depuis 6 mois à M Robert. Où en est-il? Sur quoi a-t-il avancé? Quelles sont les sujets qui appellent une prolongation de sa mission? Car, plus que le tour de passe-passe que constitue la désignation de sa suppléante c’est cette mission factice, inventée uniquement pour lui donner du crédit qui ne désespère. Il faut se rappeler qu’il voulait faire de 2010 l’année du tourisme à La Réunion. Où en est-on? Sur quoi a-t-on avancé?

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