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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Ma place est aux côtés de ceux qui sont abandonnés par la société

Par • 26 Sep, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Les résultats des élections sénatoriales me conduisent à plusieurs réflexions.

Ma première remarque porte sur le caractère spécifique du corps des électeurs. Cette élection sénatoriale se fait par rapport à un suffrage restreint, environ 1200 électeurs dits « grands électeurs » sur  un corps électoral de 500 000 personnes, soit 0,2 %. On ne peut guère tirer des conclusions générales à partir de 0,2% du corps électoral.

Ma deuxième remarque porte sur l’étonnement manifesté par les commentateurs au moment des résultats. J’ai entendu parler de coup de tonnerre. C’est effectivement un résultat qui étonne et qui choque les uns et les autres. Il y a une déperdition de voix par rapport aux estimations qui ont précédé l’élection. Cela devra faire l’objet de recherches ultérieures.

Le véritable problème

Mais, à mon avis, ce résultat révèle autre chose de plus fondamental. Pendant toute la campagne électorale, nous avons dit que nous étions face à la plus grande crise économique, sociale et culturelle de l’histoire de La Réunion.  La conscience d’une telle gravité devait se refléter dans l’opinion des élus. J’avais l’espoir que la consultation aurait amené une prise de conscience de la gravité de la situation. Sur ce plan, je n’ai pas eu satisfaction.

Cela me conduit à des conclusions évidentes.

J’avais accepté de prendre la responsabilité de la liste, parce que nous avions des rendez-vous politiques après les sénatoriales, je veux dire les élections présidentielle et législatives en mai et juin 2012. Des élections porteuses de chances réelles de changement. Dans cette perspective, il me semblait que je devais être présent à ce rendez-vous pour à la fois faire des propositions d’urgence sociale, de rétablissement des grands chantiers et de développement durable, et traiter les questions de l’octroi de mer, du règlement sucrier, des APE.

Divorce entre la représentation électorale et les plus démunis

Aujourd’hui, je constate une sous-estimation de la gravité extrême de la crise économique et sociale.

En fait, ce corps électoral restreint est composé d’élus dont la grande majorité a un emploi, une situation stable et durable.  Leur situation fait qu’ils ne sont pas en contact direct avec les plus pauvres. On a 110 000 chômeurs ! On n’en a jamais eu autant à La Réunion. Avec la crise économique qui continue, avec la progression démographique, nous allons vers des situations explosives.

Ce divorce entre l’expression d’un suffrage restreint et une situation réelle est tellement grave que le premier objectif que je m’étais fixé me semble aujourd’hui beaucoup moins important que la nécessité de m’atteler, ici même, à la tâche d’éliminer cette rupture entre les élus et une population victime. Les élus doivent être les porte-parole partout, quelle que soit leur position politique, de la gravité de la situation.

Faut-il être présent au Sénat pour participer au changement ou être présent à La Réunion pour éviter l’explosion sociale et le divorce entre les élus et la population, un divorce  analogue à ce qu’on a connu à la Guadeloupe en 2009 ?

Assez de discours ! Des actions concrètes !

Je me porte toujours vers les choses qui me semblent les plus importantes et les plus urgentes. C’est pourquoi j’annonce que compte tenu de la gravité de la situation, du divorce entre les élus et la population et la nécessité d’être auprès d’elle, auprès des planteurs, des chômeurs, des mal-logés, des jeunes, j’adresserai dès que possible ma démission au Président du Sénat : désormais ma place est auprès de ceux qui sont les plus pauvres, les plus méprisés, les plus abandonnés de ce pays. Gélita Hoarau continuera le rôle qu’elle a si bien rempli.

Je veux être présent et actif dans la bataille qui s’ouvre et qui est fondamentale si on veut éviter une explosion sociale dans ce pays. Là est ma place. J’entends beaucoup de discours et je ne vois pas grand-chose comme solution. Plus on parle de travail, plus il y a de chômage, plus on parle de politique de logement, plus il manque de logements. Il y a une espèce de défense des avantages acquis par certains et pas assez d’actions en faveur de ceux qui sont abandonnés par la société.

Cette comédie a assez duré. C’est aux victimes d’intervenir dans le débat, c’est la seule façon d’obtenir un résultat. Le moment est venu de trancher : nous sommes aux côtés de ceux qui sont abandonnés, de ceux qui sont les plus pauvres, parce que c’est l’avenir de La Réunion et de sa jeunesse qui est en jeu.

Une Réponse »

  1. Je comprends, camarade, mais attendez jusqu’à la semaine prochaine pour démissionner, afin de pouvoir prendre part au vote pour élire le Président du Sénat et confirmer le basculement à gauche de la Haute assemblée. De plus, cela serait un immense honneur pour le peuple réunionnais et pour tous les communistes de France en général, que vous présidiez la séance de samedi en tant que doyen. Restez encore une semaine, pour finir cette élection et confirmer la poussée de la gauche. Gelita Hoareau sera ainsi majoritaire au Sénat, plutôt que d’être dans l’opposition.
    Fraternellement,

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