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Le Blog de Paul Vergès

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Nécessité de recourir à des analyses objectives de la situation et obligation de prendre des mesures spécifiques

Par • 8 Nov, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Tout le monde parle du nouveau plan de rigueur dévoilé par le gouvernement, mais, comme d’habitude, il faut prendre la signification véritable de cette mesure en rappelant d’une part, les années passées du quinquennat et d’autre part, les conséquences, pour les années à venir, de ces décisions prises.

On se rappelle la campagne de Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles avec les mots d’ordre « du changement nécessaire », de la lutte pour la croissance et pour l’emploi, avec cette phrase « travailler plus pour gagner plus », et de la défense du pouvoir d’achat.

Au bout de 4 ans de cette politique, la France détient le record du chômage et de la précarité, notamment chez les jeunes. Le pouvoir d’achat a considérablement baissé, non seulement pour les couches les plus modestes mais aussi pour les classes moyennes.

On a également assisté à un recul régulier de la croissance, avec comme seule caractéristique, la défense constante des plus riches.

Situation catastrophique à La Réunion

A La Réunion, la situation dans tous ces secteurs est pire que celle de France : le chômage, le chômage des jeunes, la pauvreté grandissante et généralisée, les difficultés croissantes pour les classes moyennes.

A ce stade, le gouvernement, au nom de la lutte contre le déficit, a décidé certaines mesures, tout en oubliant de rappeler que durant ces 4 dernières années c’est Sarkozy qui a accumulé plus de la moitié du déficit considérable de la France.

Il y a quelques mois déjà, un premier plan de rigueur de 12 milliards d’euros avait été décidé. L’on peut également constater que le budget pour l’année 2012 a été construit sur la base d’un taux de croissance de 1,75%. Or, il s’avère aujourd’hui qu’il sera de 1% au maximum.

Un projet de budget insincère

Ainsi, le gouvernement a réussi le tour de force de faire voter un budget avec un taux de croissance erroné (1,75%) et demande aussitôt de réviser ce même projet de budget en le basant sur un taux de croissance de 1%. Car il s’agit, au-delà du premier plan prévoyant 12 milliards d’économie, d’en voter un second, avec cette fois, un volet recettes comportant 7 ou 8 milliards de moins.

Nous n’insisterons pas sur l’analyse des mesures contenues dans le projet : toute la presse en a parlé. Et ce texte fait l’unanimité contre lui. Car il est une fois de plus tourné contre les couches les plus appauvries, les classes moyennes elles aussi étant appelées à consentir des efforts.

Travailler plus longtemps pour gagner moins !

Qu’on en juge :

D’abord sur le régime des retraites : chacun se rappelle des manifestations considérables qui se sont déroulées au moment des débats sur ce sujet et de la décision du gouvernement d’appliquer sa réforme. Aujourd’hui, il a décidé d’accélérer la procédure. Il applique ainsi son mot d’ordre – mais à l’envers : travailler plus longtemps pour gagner moins !

C’est aussi le problème des autres grandes mesures annoncées, comme le taux de TVA intermédiaire, en complément des taux actuels : un taux réduit de 5,50% et un taux normal de 19,60%. Un 3e  taux, intermédiaire, vient d’être ajouté, à 7%.

Augmentation des taux de TVA

Le taux « réduit » de TVA de 5,5% s’applique à des produits et services fixés par la loi tels que par exemple, les produits alimentaires, les livres, les produits à usage agricole, les abonnements à des services de télévision, les abonnements au gaz et à l’électricité, les travaux dans les locaux d’habitation achevés depuis plus de deux ans, la fourniture de logements dans les hôtels et dans les campings, les services de restauration, les titres de transport.

Le nouveau taux de TVA de 7% s’appliquera, à compter du 1er janvier 2012, à l’ensemble des produits aujourd’hui soumis au taux de 5,50%, y compris sur les produits de la restauration rapide, à l’exception des seuls produits de première nécessité. En conséquence, restent soumis au taux de TVA « réduit » à 5,50% : les produits alimentaires, les abonnements au gaz et à l’électricité, ainsi qu’à des réseaux de fourniture d’énergie, et les équipements et services à destination des personnes handicapées.

Le nouveau taux de 7% va donc s’appliquer à toutes les dépenses de la vie courante. Il ne s’agit pas de dire que cela ne va pas concerner des biens de consommation jusque là taxés à 5,5% pour essayer de camoufler que le taux de 7% s’appliquera aux travaux, aux consommations d’électricité, de gaz, d’eau, aux services etc.

C’est donc une très grande majorité de la population qui sera touchée : 83%, selon le journal parisien « Le Monde ».

TPE et PME du BTP très concernés

En plus, au-delà de la question de la consommation, une autre catégorie est touchée : ce sont les TPE et les PME qui supporteront le poids croissant de la TVA, s’appliquant non seulement à la restauration, à l’hôtellerie donc au tourisme en général, mais aussi  au Bâtiment et aux Travaux Publics. Les TPE et PME de ce secteur, déjà fortement touchées, vont être obligés, pour tenter de survivre, de supprimer des emplois. Or ces entreprises sont les plus grandes utilisatrices de main d’œuvre.

En outre, d’autres dispositifs fiscaux touchant le BTP sont concernés par le plan de rigueur : c’est le dispositif Scellier, le Prêt à Taux Zéro etc.

Indexation au taux de croissance et non à l’inflation !

Ce sont aussi les attaques traditionnelles sur les services publics, l’assurance maladie et les prestations sociales qui concernent directement les populations les plus modestes. Les prestations sociales ne seront revalorisées non en fonction de l’inflation (c’est à dire de l’augmentation du coût de la vie, comme appliqué jusqu’ici), mais en fonction du taux de croissance : 1%. C’est donc une perte considérable, puisque le taux d’inflation était jusque-là de 2,3%.

Ce sont donc encore et toujours les plus modestes qui seront touchés par toutes ces mesures. Car les autres mesures concernant aussi bien l’impôt sur la fortune que le bouclier fiscal ne sont pas remises en cause dans ce projet de loi de finances !

En revanche, parmi les mesures annoncées, l’une tourne au ridicule : l’annonce du blocage du traitement des ministres à 14.000 euros par mois. Mais le gel ne concerne pas les autres bonifications et indemnités. Quant au Président de la République, il conservera ses indemnités (22.000 euros) et frais au niveau qu’il avait lui-même fixé : avec une augmentation de 150% par rapport à son prédécesseur, et cela dès son arrivée à l’Elysée.

2012 : l’année sera catastrophique

L’année 2012 s’annonce donc comme une année d’aggravation considérable de la crise, avec toutes les conséquences : les mesures vont toucher directement l’emploi – lequel a déjà fortement été touché -. Ces mesures vont aggraver une situation déjà dramatique.

De plus, le gouvernement annonce que ces mesures de rigueur vont être maintenues pendant 5 ans, soit de 2012 à 2016. Soit au-delà du mandat de l’actuel Président de la République et des députés.

Tout ceci s’inscrit dans un contexte de crise mondiale aggravée, de sérieuse crise européenne et cela montre que nous ne sommes pas au bout de ce processus et que les conséquences sociales vont être désastreuses et amplifiées du fait des mesures préconisées.

Si l’on se place du point de vue de La Réunion, compte tenu du régime différent qui s’y applique (combinaison octroi de mer et TVA), même si aucune précision n’a encore réellement été données, tout indique qu’il y a de quoi être très inquiet.

En effet, le poids qui va peser sur l’économie et sur la société réunionnaises va être considérablement alourdi et les conséquences sociales et économiques seront encore plus importantes à La Réunion.

Augmentation de la population

L’application, à La Réunion, de ces principes, aura donc pour conséquences de ralentir l’activité, de faire augmenter le chômage, déjà à un taux insupportable.

Pour les consommateurs, il faut d’attendre à encore plus de difficultés, surtout pour la moitié de la population réunionnaise qui vit sous le seuil de pauvreté. Et cette rigueur devrait s’étaler sur 5 ans, entrainant ainsi l’aggravation d’une situation déjà très négative. Et il faut ajouter à cela que, pendant les 5 ans qui viennent, la population réunionnaise aura augmenté de 50.000 habitants, et approchera des 900.000 personnes.

On comprend donc l’inquiétude générale ; mais au delà de cette aggravation permanente, on ne tient pas compte du fait que la situation à La Réunion, même si elle est d’un degré de gravité considérable, n’est pas la seule : c’est tout l’outre-mer qui est oublié par le pouvoir.

Tout l’outre-mer est en ébullition

Lors des événements de Guadeloupe, en 2009, caractérisés par un mouvement de protestation générale et une très longue mobilisation, le gouvernement s’est affolé, les institutions et les élus ont été débordés et l’on a improvisé des mesures parmi lesquelles les primes pour les travailleurs.  Mais il faut aussi se rappeler que la crise s’est étendue en Martinique, en Guyane puis à La Réunion où elle s’est traduite par la « prime COSPAR ».

Ce ne sont pas seulement les Antilles, la Guyane et La Réunion qui sont concernées : Mayotte lutte depuis plus d’un mois et le gouvernement se retrouve dans une impasse.

Si l’on ajoute des faits d’une autre nature, mais tout aussi graves, tant en Calédonie qu’en Polynésie, c’est donc tout l’outre-mer qui est en forte ébullition.

Analyses objectives et mesures spécifiques

C’est un problème qui doit faire réfléchir toutes les forces politiques nationales. Les conditions d’une crise aggravée annoncent des événements sociaux plus importants encore que ceux de Guadeloupe il y a plus de 2 ans.

Quel gouvernement et quel président de la République auront à gérer cette crise outre-mer, au-delà des 6 mois de sursis restant à Sarkozy ?

Comme quoi, le simple rappel du passé et des événements récents montre, pour les échéances électorales qui viennent, (présidentielles en mai et législatives en juin 2012), et à la nouvelle majorité qui en sortira très probablement, la nécessité de recourir à des analyses objectives de la situation et l’obligation de prendre des mesures spécifiques.

Les leçons de l’improvisation aveugle du gouvernement Sarkozy Fillon, dans la situation qu’il a lui-même créée à Mayotte, ou le spectacle affligeant de l’improvisation concernant les incendies du Maïdo sont autant de signes avant-coureurs de la nécessité d’analyser tous les aspects et toutes les conséquences des mesures politiques prises depuis des années.

Il convient de montrer non seulement une volonté réelle de changement, mais aussi d’accomplir un geste significatif en direction des 3 millions d’habitants d’outre-mer.

Cela renvoie à la responsabilité civique de chaque Réunionnaise et de chaque Réunionnais, si l’on veut éviter le pire et le conjurer, en adressant, dans moins de 6 mois, le signal du changement qui est nécessaire pour tout le monde et qui a trop tardé à venir.

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