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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Ni les manœuvres d’intoxication ni les attitudes sectaires ne cacheront la gravité de la crise réunionnaise …

Par • 6 Déc, 2010 • Catégorie: Que faire ?

Une très grande place a été accordée à l’installation de la télévision numérique terrestre (TNT) à La Réunion. L’arrivée de 10 nouvelles chaines a suscité beaucoup de discours. Cela a même provoqué la venue de la ministre de l’outre-mer du gouvernement, et celle du président de France Télévisions, Rémy Pflimlin. Dans n’importe quel département de France métropolitaine, « l’événement » de l’arrivée de la TNT s’est déroulé sans cérémonial, et il y a déjà de très nombreux mois que les spectateurs ont droit à un « bouquet de chaines » plus conséquent que celui proposé à l’outre-mer.

Il y a aussi très longtemps qu’en France métropolitaine, les départements comme les Landes ou le midi par exemple, bénéficient du «plan national de prévention des feux de forêt». L’annonce par la ministre que désormais La Réunion allait pouvoir bénéficier de ce dispositif ne fait que souligner cette réalité : La Réunion n’était pas traitée de façon égalitaire avec les autres départements.

En outre, lors de cette visite au Maïdo, un événement a révélé le sentiment du gouvernement vis à vis des élus réunionnais. En effet, la Présidente du Conseil général, collectivité compétente en matière de services incendie, avait été conviée. Mais elle s’est vue refuser le droit d’emprunter l’hélicoptère emmenant la délégation gouvernementale sur les lieux de l’incendie. On lui a également fait savoir qu’il n’était pas prévu qu’elle parle. Il en a été de même vis à vis de la Députée maire de Saint-Paul. Il aura fallu leurs protestations pour que les autorités gouvernementales acceptent de laisser la parole à la Députée maire de Saint-Paul. Tout cela révèle l’attitude politique et sectaire de ces autorités vis à vis d’élus de La Réunion.

Une attitude sectaire

C’est cette même attitude sectaire qui a été à nouveau affichée lorsque les élus des collectivités réunionnaises, maires, conseillers généraux, conseillers régionaux d’opposition, parlementaires, se sont rassemblés devant la préfecture pour exprimer leur opposition à la politique menée par le gouvernement. Un gouvernement qui envoie une de ses ministres à 10.000 km, uniquement pour le lancement de chaines de télévision et l’annonce de l’intégration à un dispositif, ou inaugurer un lodge avec un président et un vice-président de Région, est-ce bien sérieux et responsable ?

Les élus réunionnais voulaient rappeler à la ministre la responsabilité considérable du gouvernement dans la situation réunionnaise, caractérisée notamment par un taux de chômage record – touchant essentiellement les jeunes – ; une forte crise du logement ; un taux d’illettrisme conséquent ; une pauvreté qui touche plus de la moitié de la population réunionnaise …

On a dit aux élus réunionnais qu’un membre du cabinet de la ministre allait les recevoir. Dans un simple rappel à la décence et à la dignité, dans un esprit de responsabilité, les élus réunionnais ont refusé ce geste dérisoire.

On voit ainsi le contraste saisissant entre d’une part, la réalité de la crise à La Réunion et de l’autre, les efforts de communication déployés par le gouvernement pour tenter de cacher la réalité.

Comment pouvait-on ne pas parler du chômage, au moment même où les chiffres annonçaient que 28,5% de la population active était privée d’emploi ? Il y a, dans cette attitude, quelque chose d’indécent. Mais, quoi qu’il en soit, toute communication n’étouffera jamais la réalité de la situation.

Enfin, comment ne pas s’étonner de la prise de position d’un parlementaire réunionnais qui vient de voter au Sénat le budget de la France, après avoir voté la réforme des retraites ? Les sénateurs, même ceux appartenant à la majorité présidentielle, ont eu quelques réticences vis à vis du projet de loi de finances. Mais un seul – celui de La Réunion – a osé féliciter le gouvernement pour ce budget.

Il appartient donc maintenant aux Réunionnais de faire preuve d’esprit critique et de refuser le conditionnement opéré par les autorités gouvernementales, visant à camoufler par la communication, la réalité de la situation réunionnaise : cette situation qui ne cesse de s’aggraver est bien la conséquence de la politique gouvernementale.

Après la communication, le silence … D’autres événements sont également très évocateurs de la réalité réunionnaise.

En premier lieu, cette initiative prise par un Réunionnais, passionné de télévision qui envisage de créer une chaine privée. Cette démarche est positive. Il dépose une demande de subvention pour un montant de 1,5 million d’euros. Le Président de la Région accorde la subvention pour un montant de 1,23 million d’euros sur trois ans, avec en contrepartie de prestations valorisant les aspects du territoire régional.

Dans le même temps, le Président de région s’octroie une indemnité de 8.000 ou 8.500 euros mensuels, au titre de directeur général de la Société Publique Locale d’Aménagement (SPLA), après en avoir pris la présidence. Jusque-là, la fonction de présidence n’avait jamais donné droit au versement du moindre euro. L’actuel Président de Région a par ailleurs refusé toute concertation et discussion avec les autres membres de la SPLA. Il s’agit là d’un coup de force incroyable. Ces deux éléments ne seront d’ailleurs pas sans conséquence sur la cohérence de la société.

C’est également le versement d’une subvention de 173.109 euros à une toute jeune association (moins d’un an d’existence), dont la proximité avec une conseillère régionale,  n’est plus à démontrer. D’autant plus que cette conseillère régionale est vice-présidente et que ses attributions concernent directement le domaine d’actions visé par l’association.

Ces trois informations, ont été révélées par la presse. Mais il est étonnant de constater que, malgré une stratégie reposant essentiellement sur la communication, il n’y a eu aucune explication donnée par les responsables de ces largesses.

Un autre événement est à relever, malheureusement passé sous silence, jusqu’à l’intervention d’une organisation combattant le racisme. Il s’agit de ce qui a été présenté comme une étude menée par l’IRT et financée par la Région, dans laquelle figure des propos racistes, xénophobes, stigmatisant notamment la population d’origine africaine et deux communes réunionnaises. Une affaire qui intervient après d’autres, notamment celle d’un professeur qui a eu des propos insultants vis à vis de la population réunionnaise. Quelle suite le conseil régional donnera-t-il à ces insultes ? Va-t-il payer une étude qui insulte une partie du peuple réunionnais? Va-t-il prendre répondre aux protestations des organisations combattant le racisme ? Va-t-il prendre une initiative visant à faire condamner de telles injures ?

Cet événement, comme d’autres que nous avons évoqués, a été accueilli par un silence encore plus éloquent que toute la communication déployée jusque là sur d’autres sujets.

Cela démontre la nécessité de rester lucide et de déjouer tous les efforts déployés par le gouvernement visant au conditionnement et à l’intoxication des Réunionnais. Cette tentative pour semer la confusion devra se heurter à notre sens de la responsabilité et à notre esprit critique.

Il conviendrait également d’évoquer les leçons à tirer du congrès du Parti Communiste Réunionnais. Cela sera l’objet d’une prochaine communication.

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