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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Non cumul des mandats, désistement, appartenance à la majorité présidentielle : des thèmes centraux de cette campagne, mais pourtant passés sous silence !

Par • 24 Mai, 2012 • Catégorie: Que faire ?

Nous sommes aujourd’hui à l’ultime étape pour que toutes les grandes institutions Présidence de la République, Sénat, Assemblée nationale soit gérée par la même majorité.

Cette majorité détient actuellement l’essentiel des Régions, des Départements et un nombre notable de grandes villes et la moitié des communes.

Jamais, la Ve République n’avait été confrontée à cette configuration : un pouvoir législatif et exécutif partageant les mêmes orientations politiques, constituant un bloc institutionnel fort.

C’est le véritable enjeu et la campagne électorale devrait dessiner cette perspective historique.

Mais se pose également la question des rapports de force issu de l’élection présidentielle et le positionnement des uns et des autres. C’est notamment le problème du désistement et d’un rassemblement lors du 2e tour des élections législatives.

Un autre problème est posé, et à La Réunion, avec une acuité plus importante : celui du cumul des mandats.

En effet, le gouvernement va déposer prochainement un projet de loi portant sur non cumul des mandats. Cette question avait largement été débattue lors de la campagne pour l’élection présidentielle. Et publiquement !

Ainsi, que ce soit sur la question de l’appartenance à la majorité présidentielle, du désistement et du cumul des mandats,  les candidats aux élections législatives devraient se positionner sur ces questions.

Ce sont des questions importantes mais qui ne sont pas au cœur des débats aujourd’hui.

Or, on a l’impression d’une rupture considérable entre le niveau débat politque actuel posé pour cette campagne des élections législatives et la gravité des rendez-vous qui sont devant nous, pendant les 5 prochaines années. Voire les 10 prochaines années : François Mitterrand comme Jacques Chirac ont assumé, en effet, deux mandats à la présidence de la République.

Il nous faut donc raisonner à l’horizon 2017 mais également à l’horizon 2022.

Durant ces 5 ou ces 10 prochaines années, le monde aura connu des bouleversements profonds.

Voir à l’horizon 2022

C’est par exemple la question de la poussée démographique. Madagascar, par exemple, comptera alors 30 millions habitants, les pays de l’environnement géographique de La Réunion auront eux aussi connu une augmentation de leur population.

C’est aussi la question de l’équilibre ou plutôt du nouvel équilibre mondial : tout laisse à penser que la Chine aura atteint un niveau encore plus important sur le plan de l’économie, laissant derrière elle les pays d’Europe, et talonnant le Japon  ou les Etats Unis.

C’est également la question des phénomènes climatiques extrêmes : nous avons vu, récemment, dans notre voisinage, les inondations à Maurice, des alternances de sécheresse et d’inondations aux Comores, le passage de nombreux cyclones dévastateurs à Madagascar. Nous voyons aussi revenir les questions de paludisme et de mal nutrition.

Ce sont des situations extrêmement graves, mais qui seront, dans les années à venir, encore plus dramatiques.

En ce qui concerne mondialisation des échanges, là aussi, la situation aura profondément changé à l’horizon des 5 ou des 10 ans à venir. Quelle sera, par exemple, la situation des pays de la zone euro, dont certains aujourd’hui sont en pleine tourmente ?

C’est à travers cette vision globale d’un avenir prévisible que nous devons analyser les problèmes immédiats.

Des focalisations inutiles

Le premier gouvernement Ayrault a été constitué en prévision des élections législatives des 10 et 17 juin. Essentiellement autour du Parti socialiste.

D’ores et déjà, dans ce tout nouveau gouvernement, on assiste à des effets d’annonces. C’est par exemple la question de l’augmentation de l’allocation rentrée scolaire ou la modification des rythmes scolaires.

A La Réunion, le débat s’est focalisé sur les représentants des ultramarins dans ce gouvernement, provoquant de grands états d’âme chez certains de nos compatriotes.

Ce que Sarkozy a inauguré, en nommant une Guadeloupéenne au ministère de l’outre-mer, serait-il déjà devenu une tradition ? Cela ne relève-t-il pas d’une conception assez incroyable de la politique ?

En effet, ces états d’âme de ces Réunionnais offrent une vision régionaliste de la politique. Se pose-t-on la question de savoir quel ministre, est d’origine bretonne, alsacienne, lorraine, provençale et autre ?

Cette vision est loin des critères fixés par le gouvernent pour en faire partie : compétence et autorité.

Mais, à La Réunion, nous avons une autre vision des choses !

Quelques incidents

Victorin Lurel est secrétaire général de la Fédération socialiste de Guadeloupe, député sortant, président du conseil régional, il a été le responsable pour l’outre-mer au Parti Socialiste et le conseiller spécial pour l’outre mer dans campagne de l’élection présidentielle.  Il fallait donc s’attendre à ce que Victorin Lurel soit nommé au gouvernement.

C’est dans ce cadre que la responsabilité de Victorin Lurel, lors du séjour du candidat socialiste à l’élection présidentielle apporte un certain nombre de remarques politiques.

Il faut se rappeler que le PCR avait répondu à la demande du Parti Socialiste de prendre part aux élections citoyennes, les « primaires socialistes ». Ceci impliquait que le PCR était partenaire dans les débats. Dans ce cadre, le PCR a apporté sa contribution. Il a choisi d’appeler à voter François Hollande, celui-ci ayant répondu aux propositions formulées par notre parti.

Dans le cadre de ce partenariat, lors de la visite du candidat François Hollande, on nous a invités à prendre part aux débats et aux meetings organisés.

Mais l’on ne nous avait pas dit quels étaient les autres intervenants dans ces meetings. Ou plutôt l’autre intervenante !

Il est impossible d’imaginer que la Fédération réunionnaise du Parti Socialiste n’ait pas été informée de la situation entre la députée maire de Saint-Paul et le PCR. Il eut été de son rôle et de son devoir était de signaler cet état de fait à la direction de campagne du candidat François Hollande.

Manifestement, elle l’a fait. De plus, Victorin Lurel à l’Assemblée nationale, avait le contact directe et permanent avec la députée maire de Saint-Paul

Une ingérence inexcusable

Et les engagements réciproques pris entre la Fédération et la députée maire devaient être tellement fort, que la première a décidé du maintien de la seconde, qui, à l’époque, était encore membre du Parti Communiste Réunionnais, tout en ayant pris des positions personnelles contestées par son Parti.

Cette situation a généré le refus du PCR de participer au meeting de Saint-Denis.

Et les 30 cars mis à la disposition du PCR sont ainsi restés désespérément vides ; le premier secrétaire du PCR, Elie Hoareau, s’est également abstenu de prendre la parole au meeting dionysien.

C’était là un signal donné au plus haut niveau, et montrant, en outre, que la période coloniale était bien terminée. Il faut bien comprendre que nous sommes des partenaires, mais nous ne sommes pas des serviteurs.

Mais le plus fort, c’est que tout cela a été monté sous l’égide d’un… ultramarin !

Comment et de quel droit un représentant d’un parti peut-il choisir les orateurs et oratrices en conflit avec un autre parti que le sien ? Il s’agit là d’une intrusion dans les affaires internes d’un parti. C’est un fait grave et inimaginable en France métropolitaine.

A La Réunion, en est-on resté au temps des colonies ?

Et celui qui est  à l’origine de cette situation, occupe actuellement le ministère de la rue Oudinot !

Ainsi, nous connaissons maintenant l’interlocuteur que nous avons devant nous, au ministère  de l’outre-mer : quelqu’un qui a violé les principes de respect d’un autre parti !

Le PCR a pris acte que celui qui est aujourd’hui Président de la République a rattrapé la situation, et le lendemain lors d’un meeting à Saint-Louis, a tenu à saluer le PCR et a rappeler les engagements pris pour l’outre-mer, engagements renforcés par des propositions destinées spécifiquement à La Réunion.

Tout ceci est d’un réel intérêt pédagogique pour la suite des événements ! Tout ceci doit être clair pour nous, mais aussi pour les Martiniquais, les Guyanais, et pour toutes les autres collectivités outre-mer !

Cumul des mandats : une situation révélatrice !

Le gouvernement a annoncé que, parmi ses décisions prioritaires, allait être votée la loi sur non cumul des mandats.

Il s’agit d’un débat qui existe depuis des années !

Le non cumul avec un autre poste parlementaire concerne les mandats de maires, de conseillers régionaux et généraux et même les adjoints au maire. Ce projet de loi est au centre de la réforme administrative voulue par le Président Hollande.

Le but est, bien évidemment, d’éviter que dans une collectivité communale départementale ou régionale, on assiste à une captation du pouvoir par quelques personnes.

L’exemple le plus criant est, sans conteste, celui de La Réunion.

Premièrement, dans les mairies, presque tous les élus bénéficient de sur rémunérations,  du fait de leur appartenance à la fonction publique, sinon, dans des professions bénéficiant d’un index de correction du salaire.

Deuxièmement,  tous ces élus ou presque siègent au Conseil régional ou au Conseil général, dans des structures intercommunales et ils  aspirent à être, en plus, parlementaires.

Tout cela empêche l’émergence de nouveaux cadres politiques. La place accordée aux jeunes est restreinte. En outre, cela ne facilite pas la parité femme / homme.

Par l’adoption du projet de loi du gouvernement, la parité femme/homme, l’émergence de nouveaux cadres et l’apparition d’une nouvelle génération seront possibles.

Cette loi s’appliquera à tous. Et cela va obligatoirement concerner de très nombreux candidats. Dix maires sont candidats à l’élection législative : Saint-Benoît, Salazie, Saint-André, Sainte-Suzanne, Sainte-Marie, Saint-Paul, Saint-Leu, Le Port, Saint-Louis, Saint-Joseph, et Le Tampon. A Saint-Denis, ce sont les deux adjointes au maire.

A Sainte-Suzanne, lors de l’élection municipale partielle,  nous l’avons dit et répété : nous destinons à Maurice Gironcel, le mandat de député, et c’est la population qui aura à juger du mandat qu’il aura à conserver : celui de maire ou celui de député.

Jean-Yves Langenier, maire du Port et candidat dans la 2e circonscription  a posé le même problème : s’il est élu, il posera le problème devant le conseil municipal et les membres de la section portoise du PCR et suivra la décision qui sera prise.

Un silence très équivoque !

Pourquoi les autres maires n’évoquent-ils pas la question ? Pourquoi sont-ils muets sur le sujet ?

Evoquer la question du remplacement du maire, conseiller général, une fois élu(e) député(e) est un devoir de vérité, un devoir de franchise, un devoir de responsabilité.

Ce qui est vrai pour les maires l’est aussi pour le Conseil général, la loi sur le non cumul des mandats s’appliquant aussi pour le poste de Président de collectivité territoriale.

Quel mandat va choisir la Présidente du conseil général : députée ou Présidente du Département ?

On attend la position des candidats et des candidates sur cette question, mais apparemment, ils et elles ne connaissent pas les projets présidentiels !

Cette question va entrainer une redistribution dans le paysage politique réunionnais. Et un tout nouveau paysage se dessine et se recompose, depuis l’élection présidentielle : une nouvelle majorité et donc, une opposition.

Une majorité qui va être en place pour les 5 ou les 10 ans  à venir,  donc jusqu’à 2022 !

Le Modem n’est pas dans la majorité présidentielle

La majorité présidentielle, composée, à La Réunion, notamment du PS, du PCR et de quelques autres organisations, est considérable.

Sur ce plan, très curieusement, le nouveau ministre de l’outre-mer a fait connaître partout que la Guadeloupe avait voté à 77% pour François Hollande. Il a toujours posé les résultats en utilisant seulement les pourcentages mais jamais les chiffres absolus.

Et pour cause : La Réunion a apporté le même pourcentage de voix à François Hollande, mais en chiffres, le nombre de voix apportées par La Réunion est plus important que la somme des voix de Guadeloupe, Martinique et Guyane réunies.

Un simple calcul mathématique montre que si la population réunionnaise, dans son ensemble, ne représente que 1% de la population française, elle représente 10% de la majorité présidentielle.

On ne peut que noter l’extrême discrétion de Victorin Lurel sur ces chiffres, puisqu’il  a « oublié » de donner cette précision !

Curieuse façon pour Victorin Lurel de remercier ses partenaires ultramarins !

Toujours est-il que l’UMP a été battue, et n’est plus qu’un radeau de la méduse.

Autre force politique : le Modem, présidé par François Bayrou. A titre personnel, il a voté pour François Hollande mais a laissé son parti libre de son vote. Ainsi, les voix se sont dispersées entre Hollande et Sarkozy, une partie des militants ou sympathisants ayant choisi l’abstention.

C’est donc tout à fait clair : le Modem s’est positionné en dehors majorité présidentielle. Et il l’a plusieurs fois confirmé.

Or, l’un des objectifs de ces élections législatives très disputées est de conforter la majorité  présidentielle et écarter ceux qui se refusent de se compter dans celle-ci.

C’est un enjeu essentiel pour La Réunion et pour toute la France.

Parmi les candidats qui espèrent être élus aux scrutins des 10 et 17 juin : la Présidente du Conseil général, et Thierry Robert, le maire de Saint-Leu, tous les deux responsables du Modem à La Réunion.

Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que sur les 7 circonscriptions, il n’y aura pas un seul élu de l’UMP, Didier Robert ayant fait le nécessaire pour qu’il n’y en ait pas un seul !

Donc, si l’on veut conforter la majorité présidentielle, il faut écarter ceux qui n’en sont pas, donc, la Présidente du Conseil général et le maire Saint-Leu !

Le groupe Modem a bien confirmé qu’il ne serait pas dans majorité présidentielle, même s’il se refuse de pactiser avec l’UMP.

Pourquoi les deux candidats Modem ne le disent pas dans leurs meetings et interventions ? Et pourquoi leurs  concurrents directs sont-ils aussi discrets qu’eux ? Cela ne peut que renforcer l’idée qu’il ya des discussions « de derrière la cuisine », comme on dit familièrement.

Par honnêteté, les deux candidats Modem devraient dire qu’ils respectent la directive de leur Parti, et que, donc, ils ne sont pas dans majorité présidentielle.

Désistement ? Oui, mais avec explication préalable !

« Le désistement  ne se discute pas, c’est automatique ». Mais cela doit tout de même être clarifié.

Ce désistement se joue entre alliés donc entre membres de la majorité présidentielle, et contre les adversaires que sont le FN, l’UMP et le Modem.

Cela provoque un déchirement chez certains, mais tout ceci est d’une logique politique imparable ! Parfois lumineux sur le papier, mais pas toujours sur le plan pratique !

Pour le PCR, le désistement a toujours été la règle. Pour les dernières élections cantonales, par exemple, le PCR a demandé à  Zaneguy de se retirer pour faire élire le candidat socialiste.  Elie Hoareau aussi, s’est désisté et a appelé à voter pour le représentant du PS.

Lors des élections législatives de 2006, Pierre Vergès, arrivé derrière Jean-Claude Fruteau, s’est désisté au profit de celui-ci.

Et nous mettons au défi n’importe quel parti à La Réunion de dire que nous n’avons pas respecté ce principe.

Or, lors des élections régionales de 2010, au deuxième tour, après une entrevue entre la direction du PCR et du PS ayant débouché sur un accord, un élu socialiste réunionnais, Jean-Jacques Vlody nous a signifié, au dernier moment, que ses collègues avaient décidé de ne pas signer l’accord et de maintenir la division.

Ce n’est pas un poste d’élu qui se jouait alors, c’était la majorité dans une collectivité locale.

On connaît le résultat : le cadeau fait à l’UMP Didier Robert, l’abandon du tram train et de la MCUR, la refonte projet gouvernemental sur la nouvelle route du littoral au profit d’un absurde route à 6 voies, l’abandon de la question de énergies renouvelables etc.

Il n’y a pas un exemple dans histoire électorale française, d’un tel cadeau fait à un adversaire pour nuire à un allié !

Or aujourd’hui, les 7 circonscriptions de La Réunion peuvent être gagnées par la majorité présidentielle. Mais avant tout, il faut expliquer comment ce principe du désistement au deuxième tour va être appliqué. Les militants communistes, les sympathisants font savoir qu’ils sont sceptiques et redoutent que l’on se « fasse avoir » une nouvelle fois, comme en 2010 !

Le PCR est donc prêt à appliquer le principe de désistement, pour avoir 7 députés de la majorité présidentielle.

Mais il attend d’avoir l’assurance que ce désistement se fera réellement, par des engagements écrits, réciproques et publics.  Et après qu’il ait eu les explications sur l’attitude de mars 2010.

On avance la question de Saint-Paul. Mais où est le danger de la droite dans cette commune ? En outre, se présente une candidate du PS. Au seconde tour, pour qui va-t-elle voter : pour le signataire de l’accord désistement ou pour une autre candidate, adversaire déclarée du PCR ?

Tout cela ne fait que révéler les séquelles de la tactique hasardeuse et curieuse de Victorin Lurel menée lors de la visite de François Hollande à La Réunion !

Quelles déclinaisons des propositions du projet présidentiel ?

Pendant plus d’un an, le  débat s’est porté sur projet du PS et puis sur celui de François Hollande : les 60 propositions nationales et 30 concernant l’outre-mer, plus celles contenues dans sa lettre et les engagements pris à Saint-Louis.

Il eut été logique et normal que le programme présidentiel  se retrouve au cœur de la campagne des élections législatives. Cela devrait être l’occasion de décliner les idées contenues dans programme  présidentiel de façon concrète en dévoilant des mesures concrètes.

Or, on entend seulement qu’il faut « combattre le chômage  » ! Mais plus on le combat avec des mots, plus il s’aggrave dans la réalité ! Plus on fait de grands discours sur le logement, moins on en construit !

On attendait autre chose que l’annonce de contrats aidés !  Cette question revient d’ailleurs régulièrement depuis 50 ans et toujours pour des intérêts clientélistes !

Oui aux contrats aidés, mais il faut qu’ils soient répartis en concertation entre les partenaires financiers que sont l’Etat et les collectivités mais aussi les partenaires, associations et syndicats. Leur attribution et leur suivi doivent être rendus publics.

Il serait intéressant de voir avec les collectivités quel est le nombre de contrats répartis entre les circonscriptions.

Il faut en finir avec les déclarations de principe baignant dans un clientélisme de bas étage.

Avoir 7 élus de la majorité présidentielle, c’est tout à fait possible, mais cela dépend de nos partenaires.

A chacun de tirer les leçons des meetings organisés, lors de la venue du candidat François Hollande, à Saint-Louis et Saint-Denis.

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