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Le Blog de Paul Vergès

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Nous développer à partir de nos propres richesses

Par • 1 Nov, 2010 • Catégorie: Que faire ?

La semaine dernière, nous avons vu que le développement durable exige que l’on s’appuie sur les capacités des Réunionnais pour bâtir ce développement. Nous avons vu également qu’il nous fallait à la fois répondre à l’urgence et ouvrir des perspectives plus lointaines.

Répondre à l’urgence c’est mettre en œuvre rapidement des solutions écologiques et porteuses d’emplois, par exemple pour le problème de l’épuration des eaux, du traitement des déchets, les services à la personne. Nous l’avons déjà évoqué.

Concernant les solutions à long terme, c’est la question de l’énergie qui est au centre. En effet, la maîtrise de l’énergie est à la base de la production agricole, industrielle et du confort de la population. En tant que telle, elle est vitale pour l’économie d’un pays. L’exploitation du charbon a permis la Révolution industrielle en Europe, et la volonté de main mise sur les ressources en pétrole explique les conflits au Moyen-Orient et guide les stratégies diplomatiques, par exemple actuellement en Afrique.

Pouvoir utiliser les ressources énergétiques locales assure à un pays, à une région les conditions d’un développement endogène. C’est pourquoi, nous avons considéré que l’autonomie énergétique était un objectif fondamental. Nous l’avons dit publiquement dès 1999.

Vivre dans Etre une île volcanique tropicale montagneuse, ventilée par les alizés, où peut pousser une canne riche en fibres, ce sont là des atouts qu’il serait totalement irresponsable de négliger. D’autant plus qu’il s’agit d’énergies propres et renouvelables. Et sans oublier la ressource essentielle pour une énergie propre, permanente et inépuisable que constitue l’océan qui nous entoure : la houle, les courants marins et l’énergie thermique des mers (ETM)

C’est bien dans cette perspective à long terme, dans cette voie écologique d’un aménagement équilibré que s’inscrivait le projet du Tram-train, transport collectif et électrique. Le tram-train, prévu de Saint-Benoît à Saint-Joseph, comme l’ancien chemin de fer, constituait un axe vertébral. A partir de ce tracé, un maillage avec d’autres modes de transport devait permettre la desserte des écarts et « des Hauts ».

Sur le plan de la production agro-alimentaire, il y a aussi beaucoup à faire. On ne peut espérer avoir une autosuffisance alimentaire si les structures agricoles ne sont pas organisées, si les agriculteurs ne bénéficient pas d’une bonne formation. Là encore un maillage entre filières de production et réseau de distribution doit permettre la régularité des livraisons. Dans un souci de réduire le transport qui a un coût économique et écologique, les commerces de proximité doivent retrouver toute leur vitalité. Pourquoi également ne pas développer des conserveries pour écouler le surplus, des fruits et des légumes par exemple ?

Les habitudes alimentaires et la progression démographique ne doivent pas mettre à mal les richesses de notre environnement. On peut déjà constater la raréfaction des ressources de nos rivières. Consommer sans régulation les bichiques, c’est les empêcher de remonter les rivières et casser ainsi le cycle de renouvellement des espèces. Car les bichiques sont à la base de notre diversité des espèces de nos rivières et plans d’eau, du littoral jusque dans « les Hauts ». L’aquaculture, l’élevage des anguilles par exemple, ajouté à la sauvegarde de notre biodiversité, permettrait de produire les protéines nécessaires à notre alimentation. Et cela, à un moindre coût écologique que les protéines provenant de la viande. Les plans d’eau ne manquent pas pour développer cette aquaculture, comme à Saint-Paul, Saint-Louis ou Saint-André.

Et puis, il y a les ressources marines. Nous avons souvent répété que la zone économique exclusive des pays membres de la Commission de l’océan Indien avait la même superficie que celle de la Méditerranée et de la Baltique ; si on y ajoute la zone économique des TAAF, on arrive à une superficie encore plus impressionnante. Comme pour les énergies renouvelables, les habitants de toute cette région pourraient puiser dans leurs propres richesses pour développer leur activité productive, à condition de disposer des moyens adéquats et de savoir utiliser les atouts nécessaires.

Dans notre situation, l’atout principal est notre jeunesse. C’est elle qui jouera le rôle essentiel pour l’avenir de La Réunion.

On le voit, les possibilités de développement ne manquent pas. Pour les préciser et les mettre en chantier, il faut sans doute accepter de changer nos schémas de pensée et de modifier nos pratiques. Rappelons-nous le mot de Lénine : la force la plus réactionnaire à surmonter, c’est la force de l’habitude.

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