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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Quand passera-t-on de la polémique à l’action politique ?

Par • 31 Oct, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Dans le flot d’informations de toutes natures qui nous sont parvenues cette semaine, deux événements aux conséquences durables vont marquer la situation à La Réunion.

En premier lieu, il s’agit de l’incendie exceptionnel de forêt dans l’Ouest et le Sud de l’île. Déjà l’an passé, il y avait eu une alerte importante au Maïdo et dans le massif du Volcan. Cette année, le phénomène est plus grave, tant par son ampleur que la rapidité de son extension ; cela dépasse aujourd’hui le millier d’hectares calcinés.

En dehors de forts soupçons d’une cause criminelle ayant provoqué le départ des incendies, nous sommes frappés par la mobilisation des moyens humains mis en place pour combattre le sinistre : des pompiers, des militaires, des employés communaux de La Réunion. Ils ont eu le renfort de dizaines et maintenant de centaines de pompiers venus de France et spécialisés dans la lutte contre les incendies dans des zones difficiles.

Un débat inévitable

Inévitablement, devant l’extension du sinistre, aggravée par les conditions météorologiques (et notamment le vent), tout le monde se pose la question de l’efficacité des moyens mis en place.

Et justement, est-ce que, au-delà de la mobilisation de personnes qui se sont impliquées dès le départ et qui, aujourd’hui, accusent une grande fatigue, n’y aurait-il pas lieu d’utiliser des moyens techniques comme le recours aux avions ?

Le débat est inévitable entre le gouvernement et son représentent – qui doutent de l’efficacité de ces moyens exceptionnels – et la majorité des Réunionnais et de leurs élus, – qui considèrent, eux, que l’utilisation de ces mêmes moyens, l’an passé, et notamment d’un avion spécialisé dans ce type de sinistre, avait aidé à la maîtrise du sinistre.

Le débat est loin d’être calmé et il va donner lieu, par la suite, à toutes les confrontations d’idées, même après la fin de l’incendie – que l’on souhaite voir survenir rapidement.

Au delà de ce fait, et des données immédiates de cette catastrophe, il faut rappeler que le Parti Communiste Réunionnais et l’Alliance plaident, depuis des années, pour la mise en place d’une vaste structure permanente de sauvegarde de l’environnement à La Réunion.

Au-delà des différents aspects de ces mesures, tant celles concernant la vie sociale courante comme le tri des déchets ménagers que celles concernant l’entretien et le développement des espaces naturels, cette structure devrait faire face à deux grands problèmes : l’eau et le feu.

Il s’agit, dans le premier cas, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter les dangers mortels qui surviennent lors des phénomènes climatiques exceptionnels comme les cyclones ou les pluies diluviennes.

Mais sa mission serait aussi et surtout le maintien et la sauvegarde de nos forêts.

On paie les conséquences des erreurs du passé

Trop d’erreurs ont été commises, par le passé, – avec le déboisement, la plantation de cryptomeria, l’introduction d’espèces nuisibles etc. -, pour ne pas concevoir que la richesse exceptionnelle de La Réunion, notamment en forêts primaires, constitue un trésor à entretenir et sauvegarder.

Ainsi, outre la protection de la biodiversité, la préoccupation des responsables à tous niveaux, devrait être des mesures de prévention et de lutte contre l’ennemi principal de ces forêts : l’incendie.

A quand les actions politiques ?

Dans ce domaine précis, au delà du problème de l’ONF, tout le monde a observé que les incendiaires éventuels ont eu tout le loisir d’organiser des départs de feux, sur plusieurs points, sans qu’aucun système d’alerte et d’intervention immédiate n’aient été mis en place pour y faire face.

Au delà des mesures nécessaires et urgentes à prendre pendant le déroulement même de la catastrophe, il faut que les pouvoirs publics se préoccupent des spécificités réunionnaises et ne se contentent pas simplement de la création du Parc national et du classement au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme trésor de l’humanité.

Ils doivent prendre des mesures concrètes et permanentes en termes de prévention et de sauvegarde comme en termes de moyens de réactions rapides, afin d’éviter toute nouvelle catastrophe comme celle-ci.

Ainsi, en ayant comme seule préoccupation l’avenir du pays, on passerait – enfin – de la polémique à l’action politique.

Une dramatisation à mauvais escient !

L’autre sujet est l’accélération des conséquences de la crise mondiale actuelle. Il y a eu une préparation médiatique considérable avant la rencontre concernant les mesures destinées à faire face à l’endettement de certains pays de la zone euro : la Grèce, mais aussi, très vraisemblablement, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et même… la France !

Tout a été mis en scène, dans le but de dramatiser la situation et de mettre en valeur les chefs de l’Etat et de gouvernement des deux principaux pays de la zone euro, à savoir la France et l’Allemagne. Cela a été jusqu’à qualifier de « sommet de la dernière chance » cette rencontre, présentée comme devant sauver l’euro, l’Europe et même le monde !

Pourtant,  il s’agissait seulement de préciser les conditions d’application de la première décision, en date du 21 juillet ; celle-ci concernait les mesures à prendre vis à vis de la dette grecque. La rencontre portait donc simplement sur le fait de passer de la proclamation d’intention à la concrétisation d’une décision, et de l’élargir aux Etats de la zone euro !

Si tout le processus a été retardé, c’est parce que les mesures préconisées visaient à la fois à renoncer en grande partie à l’annulation de la dette grecque et à créer un fonds européen de stabilité financière (FESF), doté de plus de un milliard d’euros, celui-ci étant destiné non seulement à aplanir la situation de la Grèce mais aussi à prévenir l’arrivée du même phénomène en Italie. Il s’agissait également de déterminer qu’elle pouvait être l’intervention de la Banque centrale européenne (BCE).

La position ambiguë des banques

On a ainsi vu s’affronter des points de vue différents entre l’Allemagne et la France ; tout le monde a pu prendre conscience que le point de vue français, développé par le Président Sarkozy, a du se plier aux décisions de la puissance allemande.

Mais l’on est pas allé au-delà de ce qui se discutait lors des différentes réunions précédent ce sommet. Lors de cette réunion nocturne, on est seulement passé à l’officialisation de ce qui avait été préconisé depuis longtemps !

Ce qui avait été préconisé, c’était de demander aux banques prêteuses de renoncer à 50% de leurs droits sur la dette grecque. Les banques ont opposé une réelle résistance. Cela a duré jusqu’au moment où ont été dévoilés les chiffres montrant que leurs seuls bénéfices – colossaux – couvraient amplement la créance à laquelle les banques européennes renonçaient. Il n’empêche que, pour la finance internationale, c’est un signe de relatif affaiblissement du crédit à porter aux  banques européennes, et tout particulièrement aux banques françaises.

Un revers pour Sarkozy

En ce qui concerne le fonds de solidarité, la décision a donc été prise de le doter d’un milliard d’euros Sans aucune précision sur les modalités d’application en cas d’alerte grave concernant un Etat. On est donc loin du compte, mais aussi, et surtout, c’est un recul, voire une défaite pour le Président de la République française, qui a vu le refus de voir le FESF être transformé en banque pouvant emprunter sans limite à la BCE.

Dans ce débat complexe, que peut-on donc retenir pour la France et La Réunion ? La réponse est simple : l’affaiblissement de l’économie française s’est traduit par une baisse du taux de croissance, base des disponibilités financières, du travail etc.

C’est donc tout le budget national français pour 2012, basé sur un taux de croissance de 1,75% qui se révèle illusoire. Tout le monde s’accorde à dire que la croissance serait exceptionnelle si elle atteignait 1%. Mais la majorité des observateurs pensent qu’elle sera inférieure à ce taux.

Ainsi, le budget 2012 – qui vient d’être entériné par les élus UMP de l’Assemblée nationale, dans sa partie recettes -, est déjà dépassé ! Et le gouvernement annonce qu’il doit chercher encore 6 à 8 milliards de recettes supplémentaires pour ce même projet de budget !

Quant aux mesures préconisées pour y parvenir, elles seront annoncées après le sommet du G20 à Cannes (3 et 4 novembre).

Un budget inacceptable !

Concrètement, cela veut que ce projet de budget, porté par le gouvernement et la majorité UMP, concentre toutes les protestations, non seulement celles du monde du travail, mais aussi celles du monde économique, celles du monde de l’entreprise etc.

Or nous sommes dans une situation caractérisée par un nombre record de chômeurs, un nombre considérable de fermeture d’entreprises, et c’est dans ce contexte que le gouvernement veut encore prendre des mesures pour trouver 8 milliards.

Les débats organisés ici ou là ont pour seul objectif de préparer l’opinion à devoir faire de nouveaux sacrifices. Et comme toujours, ces sacrifices seront supportés par les catégories sociales les plus en difficulté.

Quant au débat sur la TVA, avec l’introduction d’un nouveau taux, il ne pourra masquer que c’est – in fine – le consommateur qui payera la hausse. Et parmi ces consommateurs, les plus fragiles seront aussi concernés !

Vers une augmentation du coût de la vie !

Cet exemple de l’augmentation du taux de TVA sur certains produits aura pour conséquence inévitable de faire augmenter le coût de la vie.

Ainsi, on voit la contribution étonnante de ce gouvernement à la lutte contre l’augmentation des prix, notamment à Mayotte, où le peuple lutte depuis un mois maintenant.

L’obstination du gouvernement à sélectionner des mesures – découlant du traitement de la crise –  et les faire porter essentiellement sur les premières victimes que sont les plus fragiles, apparaît de plus en plus clairement.

Et il apparaît tout aussi clair et évident que ces mesures vont peser sur toute l’année 2012, et qu’elles interviendront à moins de 6 mois de l’élection présidentielle, suivie, quelques semaines après, des législatives.

On ne voit donc pas de raison plus évidente que celle-là d’accentuer les actions visant à s’opposer et à lutter contre la politique de ce gouvernement, et cela dans tous les domaines, économique, social etc.

Il faut donc faire en sorte que la majorité d’opposition au Sénat acquise il y a un mois annonce une victoire infiniment plus importante lors de la présidentielle des 22 avril (1er tour) et 6 mai (2e tour), et 5 semaines après, des élections législatives.

Quelle que soit l’extrême diversité des informations arrivant quotidiennement, il faut se focaliser sur l’essentiel, d’autant plus que le terme annonçant le changement se rapproche de semaine en semaine.

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