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Police : A+ A- A

Quel avenir pour Air Austral, au lendemain du changement au Conseil de surveillance ?

Par • 23 Jan, 2012 • Catégorie: Que faire ?

Le dernier événement de la vie politique locale a concerné l’évolution de la situation de la compagnie réunionnaise Air Austral. Il a été marqué par la décision du Président du Conseil régional, Président de la SEMATRA – le plus gros actionnaire d’Air Austral avec les participations du Conseil général et du Conseil régional – de révoquer le Conseil de surveillance sortant et de le remplacer.

Cet  événement annonce la politique qui sera entérinée, et celle-ci s’avère tout aussi grave que la décision de refuser le projet de tram train, pour ce qui concerne le transport à La Réunion.
Pourquoi ?
Au-delà des considérations de niveau très local sur les règlements de comptes politique etc., il y a les faits.

Air Austral : un début modeste

Air Austral doit sa naissance modeste par la création d’une liaison La Réunion / Mayotte, à la suite de la prise en compte, par le gouvernement française, de la séparation de Mayotte de l’archipel des Comores, devenus indépendants.
C’est une liaison à caractère de service public, confiée à la responsabilité du Conseil régional de l’époque, présidé par Pierre Lagourgue. A partir de là, du fait de la nécessité de créer un système permettant l’investissement adapté aux services publics, la SEMATRA a été créée.
Le dynamisme du Président Lagourgue, Président du Conseil de surveillance et de Gérard Ethève, Président du directoire d’Air Asutral a fait que, à partir de la liaison La Réunion / Mayotte s’est développée une politique de liaisons aériennes entre La Réunion et ses voisins : Maurice, Madagascar, les Comores, les Seychelles, le Kenya (Nairobi) et l’Afrique du Sud (Johannesburg).
Cette initiative, d’une grande importance pour l’avenir, a été couronnée de succès, contrairement aux expériences menées dans les autres îles d’outre-mer, que sont les régions Martinique, Guadeloupe et Guyane, ou les territoires de Calédonie et Polynésie.

Une évolution rapide et positive

L’expérience Air Austral a donc été une réussite. Cela avait abouti à un accord Attali  / Lagourgue, entre la direction d’Air France et la Direction réunionnaise d’Air Austral, sur le partage des liaisons avec la France, réservant les liaisons avec la France à  Air France et celles desservant la zone océan Indien à Air Austral.
Concernant les liaisons aériennes La Réunion / France, elles ont fait l’objet de desserte par des compagnies existantes, ou de projet multiples. Or on est arrivé à l’échec de ses tentatives et le seul projet qui a assuré le service Réunion / Paris a été Air Outre Mer (AOM). Mais celui-ci a également subi un échec.
C’est dans cette situation que la Présidence d’Air Austral a, dans l’esprit de dynamisme créé par Pierre Lagourgue, réussi à faire évoluer l’accord Attali / Lagourgue.
La proposition de Paul Vergès, Président du Conseil de surveillance d’Air Austral, en accord avec Gérard Ethève, était d’assurer le service défaillant d’AOM, en proposant des liaisons avec la France.
L’accord de la Ministre de l’outre-mer, Brigitte Girardin, a permis un nouveau développement d’Air Austral, et cela a dépassé tous les espoirs pour ce qui est du trafic entre La Réunion et Paris.
Aujourd’hui, Air Austral dessert non seulement Paris mais aussi Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes, Lyon…

Une envergure nationale

La compagnie réunionnaise est devenue non seulement une compagnie régionale mais une compagnie d’importance nationale, et aussi de caractère international.
A partir de là, il y a eu, en effet, la réalisation de liaisons entre La Réunion et Bangkok puis vers l’Australie et la Calédonie, et les discussions pour une extension vers la Chine.
C’est une évolution exceptionnelle dans le domaine des liaisons aériennes d’outre-mer.
Dans cette dynamique d’élargissement des stratégies d’ouverture de La Réunion vers le transport intercontinental, s’inscrit le projet qui veut utiliser, pour un vol long courrier, un système low cost (à bas prix). Il s’agit là d’une grande innovation par rapport au concept du low cost, qui se limite à des vols courts et moyens courriers, en développement sur le territoire de la France métropolitaine.
En permettant de faire passer de 500 à plus de 800 le nombre de personnes transportées par l’Airbus A380, c’est le coût du voyage qui connaîtrait une baisse d’environ 25%. Ce projet, exceptionnel à l’échelle mondiale, a été salué par les responsables des liaisons à longue distance, dans la presse mondiale, européenne et française.
Mais le domaine aérien, comme tous les secteurs de l’activité économique, a été marqué par la crise. Parmi toutes les composantes du domaine du transport, outre le coût des investissements, de la main d’œuvre etc. le problème central est évidemment celui du coût du carburant : il s’agit d’assurer une liaison de 10.000 km ; le prix du kérozène découle de celui du pétrole – dont le paiement se fait généralement en dollars – ; le coût du brut a augmenté et l’euro a perdu de sa valeur par rapport au dollar.

Eviter tout plan social

Tout cela a eu des conséquences évidentes : Air Austral a pris des dispositions pour suspendre les vols insuffisamment rentables vers Bangkok, l’Australie, la Calédonie. Et pour éviter tout plan de licenciement, Air Austral a décidé d’augmenter la capacité de liaison avec la France.
La situation est très difficile, les perspectives restent sombres, notamment à cause de l’évolution du coût du carburant.
Cela fait ressortir encore plus les aspects intéressants du long courrier, à forte densité, l’A 380, pour atténuer l’impact de la hausse du coût du carburant.
Air Austral a fait la démonstration, par la continuité du dynamisme réunionnais dans le domaine des liaisons aériennes, avec les Présidents successifs de la Région, Pierre Lagourgue et Paul Vergès, que les décisions stratégiques prises ont été d’une grande importance sur le développement de la compagnie, cette volonté découlant d’une analyse objective de la situation à La Réunion.
C’est un phénomène notable que les éléments essentiels de désenclavement de La Réunion vers Paris, l’océan Indien, le monde, ont été assurés par le dynamisme des Réunionnais.

Une confusion des genres périlleuse

C’est un élément essentiel de la situation économique et sociale réunionnaise. Rappelons que durant toute l’évolution de la Compagnie, son effectif a augmenté, dépassant aujourd’hui 900 personnes, sans compter, l’augmentation à prévoir du fait de l’arrivée des A380.
Or dans cette situation dynamique régionale – et malgré la gravité de la situation découlant de la crise -, intervient le changement à la tête du Conseil de surveillance d’Air Austral. Il n’agit là non d’un changement de personne, mais de l’annonce d’un changement stratégique : c’est la fin de l’expérience menée dans le partage des compétences coordonnées entre d’une part Pierre Lagourgue et Paul Vergès, assurant par leur mission à la tête du Conseil de surveillance, l’évolution stratégique, et la compétence opérationnelle relevant du Directoire.
Aujourd’hui, c’est donc la remise en cause de ce dynamisme  qui a fait ses preuves, et l’annonce que le Conseil de surveillance va, aujourd’hui, se mêler à la fois de ce qui relève de l’orientation stratégique et de ce qui relève du champ des compétences opérationnelles.
Les déclarations, parues dans la presse, visent à remettre en cause le fonctionnement même d’Air Austral dans son activité actuelle. Elles visent aussi à remettre en cause la décision d’avoir recours au low cost et à un Airbus A380. Il s’agit là d’une menace pour le développement de La Réunion, tout aussi grave que la décision de la suppression du tram train pour les déplacements intérieurs à La Réunion.
On est sidéré par la légèreté dont des politiques font preuve, des politiques qui ont la prétention d’assumer des compétences pour lesquelles ils n’ont visiblement aucune capacité.

L’absence totale d’analyse politique

Les conséquences de cela : c’est la remise en cause d’une entreprise réunionnaise exceptionnelle, unique dans l’outre-mer, par son innovation stratégique et dans son fonctionnement.
Cette remise en cause aura des conséquences sur toute l’économie et la vie sociale à La Réunion : tous les Réunionnais vont vivre cela, car ces aspects négatifs ne concerneront pas seulement les irresponsables qui veulent créer cette situation nouvelle.
C’est l’éternelle histoire des irresponsables politiques à La Réunion : c’est la suppression du chemin de fer, avec toute l’histoire de la route du littoral, son coût ruineux pendant plus de 40 ans ; c’est l’investissement dans un mode de transport lié à l’importation et à la mise en circulation de 400.000 voitures. Cela a un coût, au-delà du coût d’investissement de départ : celui du fonctionnement, celui de la perte de temps subie par dizaines de milliers de Réunionnais, dans les embouteillages etc.
Ne tirant aucune leçon de l’expérience, la direction actuelle du Conseil régional a décidé de supprimer le tram train et donc permis la relance du tout automobile. Or nous ne sommes plus dans La Réunion de 1950, avec ces 250.000 habitants, mais dans une île qui accueillera, dans moins de 15 ans, un million de personnes.
C’est à cela que tous les Réunionnais doivent réfléchir !

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