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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Récession, phénomènes climatiques extrêmes, suppressions de postes dans l’Education nationale … 2012 sera une année très difficile

Par • 22 Déc, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Au-delà de toutes les communications proposées ces dernières semaines – suppléments commerciaux, catalogues de vente de jouets, voitures, jeux, immobilier etc. – , et les incontournables faits divers, il y a des informations qui soulignent la marche inéluctable de l’aggravation de la situation et du renforcement de la crise. A travers tout cela, il s’agit de faire le tri entre ce qui relève de l’information immédiate et ce qui va peser sur l’avenir tant de La Réunion que du monde.

L’Irak : loin des discours de 2003 !

Sur le plan extérieur, c’est l’annonce du retrait des troupes américaines de l’Irak, après 9 ans de présence. Rappelons-nous ce que l’on nous annonçait, en 2003, dans de grands articles tonitruants : la présence américaine sur le sol d’Irak était synonyme de fin de dictature et d’épanouissement de la démocratie.

9 ans après, c’est dans la plus extrême discrétion que l’on nous annonce le « bilan » de cette opération : plus de 4.500 morts du côté américain. Et surtout plus de 100.000 tués du côté irakien. Un pays totalement détruit, éprouvant les plus grandes difficultés à s’organiser, et l’aggravation des tensions dans toute la zone.

Que sont devenus les beaux discours et les belles déclarations de 2003 ?

Conséquences des changements climatiques : aucune prise en compte à La Réunion !

J’ai souvent attiré l’attention sur l’aggravation de la situation climatique dans le monde : les phénomènes sont de plus en plus extrêmes et fréquents. Cela a abouti à un chiffre record ces 10 dernières années, pour les crues, les inondations, les cyclones, les sécheresses, les incendies etc.

Aujourd’hui, la liste s’allonge. Après la Thaïlande, ce sont les Philippines qui sont touchées : le cyclone Washi a provoqué d’énormes inondations. Les vents ont été d’une grande violence. La tempête a été meurtrière : on parle de plus de 1.000 morts, et le bilan n’est que provisoire, des centaines de disparus, 338.000 sinistrés, 284,000 personnes déplacées. On retrouve des cadavres à plus de 100 km des lieux dévastés…

J’ai multiplié ici les mises en garde sur ce qui, inévitablement, arrivera à La Réunion. Chacun a en mémoire les cyclones dévastateurs de 1932 et 1948. Tout indique que, aujourd’hui, les conséquences pourraient être pires que celles causées par ces deux phénomènes.

Mais quelles ont été les mesures prises pour protéger les personnes et les biens ? Attend-on un désastre pour aller prier, tout ensemble, à l’instar de ce qui s’est produit lors des incendies du Maïdo ?

Oui, nous sommes en récession !

On se rappelle les fracassantes déclarations du Président de la République, il y a quelques semaines, annonçant qu’il allait régler le problème de la crise européenne ! Déclaration aussi tonitruante que lorsqu’il avait annoncé sa volonté de « moraliser le capitalisme international ».

On nous a souvent annoncé des rencontres entre la France, l’Allemagne et les pays européens ou de la zone euro. Beaucoup de bruit pour rien : tout s’est conclu, aujourd’hui par un échec.

En effet, où en est-on ? En ce qui concerne la dette de la Grèce, il nous avait été annoncé que les banques allaient devoir renoncer à 20% de leur créance. Puis ce chiffre a été porté à 50%. Maintenant, on évoque … 80% !

Le problème de la dette grecque n’est donc pas réglé mais en plus, l’on assiste aujourd’hui à une aggravation de la situation en Italie, en Espagne, au Portugal.

Et bien sûr en France ! L’aggravation a été telle que le gouvernement a été obligé de reconnaître que le taux de croissance successivement n’était pas aux 1,5% espérés, qu’il baissait au fil des mois, et enfin qu’il allait être… négatif !

C’est ce qu’ont annoncé les économistes pour le 4e trimestre 2011 et pour le 1er trimestre 2012. Quant au gouvernement, il espère retrouver une croissance positive… au 2e semestre 2012 !

En attendant cette hypothétique embellie, et après l’aveu du gouvernement sur l’aggravation de la situation, il faut s’attendre à la dégradation de la note donnée à la France par les agences internationales.

Sur le plan de la simple communication, il faut se souvenir des déclarations de Sarkozy, concernant ce triple A : c’était « un trésor national ». Aujourd’hui, les ministres, notamment celui des Affaires étrangères, expliquent à tour de rôle, que si la note venait à être dégradée, cela ne serait pas un drame pour la France !

Pourtant,  la situation ne cesse de se dégrader, le taux de croissance est négatif. Nous sommes entrés en récession. Oui, le mot est – enfin – lâché.

14.000 postes supprimés dans l’Education nationale !

Or le budget pour 2012 préparé par le gouvernement se basait sur un taux de croissance estimé à 1,5% pour 2012. Il ne sera jamais atteint. Ce budget a donc dû être révisé, par deux fois déjà, du fait de l’effondrement du taux de croissance.

Aujourd’hui, avec un taux de croissance négatif, parce que nous sommes en récession, le gouvernement va devoir établir un 3e plan pour tenter de stopper l’aggravation du déficit. Et cela, juste au moment où Sarkozy voulait sacraliser  le principe de la règle d’or sur l’équilibre budgétaire !

Bien évidemment, tout cela va avoir un impact sur toute l’année 2012 et cela concernera tous les secteurs de la vie économique, sociale etc.

On en voit les premiers exemples, avec l’augmentation du taux des assurances. Cela nous concerne tous.

C’est aussi l’annonce du gouvernement de supprimer, en 2012, plus de 14.000 postes dans l’Education nationale.

Ces 14.000 postes vont s’ajouter aux 66.000 postes déjà supprimés depuis 2007. Ainsi, le gouvernement Sarkozy aura supprimé 80.000 postes dans l’Education nationale depuis le début de son mandat.

Sur ces 14.000 postes supprimés, 5 700 concernent le premier degré, 6.550 le second degré, 400 les services administratifs et 1.350 l’enseignement privé.

La Réunion ne sera pas épargnée. 156 postes seront supprimés à la rentrée d’août 2012 : 69 postes supprimés dans le premier degré et 87 dans le second degré.

156 postes supprimés alors qu’il y a à La Réunion plus de 122.000 illettrés. Que la population augmente ! Et que les effectifs par classe sont déjà importants !

La situation se détériore aussi pour les entreprises : malgré toutes les démarches effectuées, le gouvernement  a décidé de supprimer l’abattement de 30% sur les bénéfices réalisés par les entreprises d’outre-mer. Et cela au moment où l’on apprend que, ces deux dernières années, plus de 800 entreprises réunionnaises se sont retrouvées en faillite ou mises en liquidation.

Tout cela entrainant la hausse du chômage, lequel est aujourd’hui à un degré jamais atteint !

De plus en plus de voitures !

Un autre élément à prendre en compte : on annonce officiellement que 25.000 voitures ont été importées, en 2011, à La Réunion. Elles vont s’ajouter aux 450.700 autres déjà en circulation dans l’île. En 2012, ce seront donc près de 500.000 voitures qui emprunteront les routes réunionnaises !

Ce chiffre à lui seul, est une condamnation de la politique de mobilité menée à La Réunion ces deux dernières années !

En effet, avec la décision de supprimer le tram train, seul moyen de transport collectif crédible, et l’annonce de l’arrivée de 2.000 bus, c’est l’assurance de voir l’aggravation des conditions de circulation dans l’île, et le renforcement des ralentissements et autres embouteillages.

Tous ces éléments ont été publiés dans la presse. Mais force est de constater que l’emplacement et la place qui leur ont été réservés sont des plus modestes par rapport au volume des annonces commerciales et autres catalogues publicitaires !

Une pauvreté de plus en plus grande

Nous venons d’entrer dans la saison des pluies mais la sécheresse a déjà fait bien des dégâts. De partout, les systèmes d’adduction d’eau connaissent des déficits. Les coupures sont nombreuses.

Rappelons-nous aussi tout le tapage fait autour des incendies du Maïdo, et les demandes pour avoir un avion type Dash à La Réunion. Le gouvernement expliquait que ce n’était absolument pas nécessaire, et que, de plus, il n’y avait pas d’avion disponible !  Et finalement, deux Dash sont venus, et l’un est toujours à La Réunion, quotidiennement en service. Ce qui était impossible hier et devenu banal aujourd’hui…

D’autres aspects significatifs sont aussi à relever.

Jamais, à La Réunion, il n’y a eu autant de manifestations de solidarité envers les plus pauvres. Au-delà du dévouent des organisations, c’est une preuve supplémentaire de l’aggravation de la situation et de la misère à La Réunion, en 2011 mais malheureusement aussi pour 2012 voire les années suivantes.

Le 20 décembre : enfin reconnu mais …

Jamais les Réunionnais n’ont connu un 20 décembre comme cette année ! De partout, des manifestations, cérémonies, hommages, rencontres ont été organisés, notamment par les municipalités. On a également pu voir la diffusion d’un documentaire sur la tragédie qu’a été la vie de l’esclave Eli. Et jamais nous n’avons entendu autant de maloya.

Il nous faut nous interroger : pourquoi le 20 décembre, la plus grande date dans la courte histoire de La Réunion, – parce qu’elle est celle de l’abolition de l’esclavage -, a-t-elle été maintenue sous le boisseau pendant des décennies ? Et pourquoi le PCR et les organisations syndicales ont-ils été aussi décriés, insultés, lorsqu’ils se sont battus pour la reconnaissance de cette date historique ?

Malgré les insultes, le fait que nous ayons été traités d’anti-français, nous avons obtenu que cette date ne soit pas une page oubliée de notre histoire. Le 20 décembre est aujourd’hui reconnu.

Cela marque la défaite des réactionnaires mais il existe encore des tentatives pour freiner l’appropriation par les Réunionnais de tous ces faits historiques, à travers telle ou telle action. Ce combat d’arrière-garde mené par certains qui ne veulent pas renoncer, mais ce combat est néanmoins voué à l’échec, car la mobilisation et le mouvement sont trop forts pour disparaître, quand bien même viendraient à être utilisés certains moyens institutionnels pour tenter d’éteindre ce qu’est le 20 décembre.

Cesaria Evora : un message d’authenticité et de fierté !

Il nous faut aussi évoquer la disparition de Cesaria Evora. Mais au-delà de ce qui a pu être dit, ici ou là, rappelant le caractère international de l’artiste, nous devons souligner ce qui pour nous, Réunionnais, représente un aspect particulier dans le travail et le talent de cette artiste.

Elle est née au Cap-Vert, à Mindelo, capitale de l’île de Sao Vicente. Une île colonisée par les Portugais, comme La Réunion l’a été par la France. Cela a généré l’émergence d’un peuple, d’une culture et d’une identité créoles.  Comme à La Réunion.

Cette femme, comme beaucoup de Réunionnais, a connu la misère, a vécu une vie extrêmement dure, remplie d’humiliations. Dans ces conditions, c’est presque un miracle qu’elle ait pu être reconnue, à la fin de sa vie, comme une grande vedette internationale, chantant en créole et imposant cette langue au monde entier.

Sa chanson « Saudade » en créole Cap-verdien, est une dénonciation du travail forcé imposé à son peuple.

La « Diva aux pieds nus » chantait nu-pieds, pour rendre hommage à son peuple, à qui le colonisateur portugais interdisait de traverser la place pieds nus, en l’obligeant à se chausser comme lui, au nom de la « civilisation ».

Cesaria Evora a ainsi porté sur les plus grandes scène du monde toutes les humiliations et les douleurs d’un peuple, soumis à la colonisation pendant des siècles, affichant publiquement tout ce qui a été commis à l’encontre du peuple cap-verdien et toutes les souffrances de celui-ci.

Tout cela trouve obligatoirement un écho à La Réunion.

Quant le répertoire cap-verdien est connu dans le monde entier, quand le maloya est reconnu par l’UNESCO, c’est alors la reconnaissance de la culture des peuples créoles et colonisés.

Nous devons avoir cela en tête, lorsque l’on songe à cette artiste d’un immense talent qui a su envoyer un message authentique, un message de fierté au monde entier. Un message créole.

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