D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Réfléchir sur l’avenir que nous voulons ………………..

Par • 12 Jan, 2012 • Catégorie: Que faire ?

Comme il est de tradition, j’ai le plaisir de vous adresser des vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle vous apporte à vous et à vos proches, santé, harmonie et lucidité.

Je voudrais aussi formuler des vœux pour notre île : des vœux pour une meilleure cohésion, qu’elle soit sociale, économique, culturelle ou territoriale.

L’année 2011 a vu l’avenir de La Réunion se noircir dans de nombreux domaines, l’année 2012 sera une année décisive : celle de tous les dangers, mais aussi celle de toutes les opportunités.

Aggravation de la crise

Année 2012, année de tous les dangers : la situation sociale, économique, culturelle de La Réunion s’est aggravée ces derniers mois. Jamais notre île n’aura connu un tel taux de chômage : 150.000 Réunionnaises et Réunionnais privés d’emploi ! Les jeunes sont les plus concernés : près de 60% ne trouvent pas de travail.

Des postes dans la fonction publique vont être supprimés : 156 postes d’enseignants à la rentrée d’août 2012 ; dans le secteur des finances,  on annonce neuf suppressions de postes sur un effectif total de 850 personnes !

Le coût de la vie a augmenté. Aujourd’hui, les classes moyennes sont aussi touchées par la politique de récession du gouvernement. Alors, comment peuvent survivre ces milliers de Réunionnais qui sont sous le seuil national de pauvreté. Ou les 30.000 familles réunionnaises qui sont dans l’attente d’un logement ?

Les prévisions des économistes indiquent que le taux de croissance sera encore nul au premier semestre 2012. Les plus optimistes estiment que la croissance reviendra au 2e semestre. D’ici là, combien d’entreprises auront-elles fermé leurs portes, à l’exemple de Sea France, dont le tribunal de commerce vient de prononcer la cessation d’activité et la liquidation définitive ?

Les choix économiques faits par le gouvernement, s’ils ont affaibli la France, ont très fortement frappé La Réunion. Jamais le gouvernement n’a tenu compte des spécificités de l’outre-mer. C’est l’exemple de la suppression des postes dans l’enseignement alors que l’outre-mer en général et La Réunion en particulier connaissent une augmentation de leur population scolaire !

Ces décisions ont été prises alors que ce même gouvernement avait fait de l’année 2011, l’année de l’outre–mer ! Ainsi, malgré toute la communication faite au sujet des divers événements organisés, peut-on dire que la France, ses institutions et ses entreprises, ont une perception différente de l’outre-mer ? La réponse est non. Et aucune campagne de communication, aussi brillante fusse-t-elle, ne pourra jamais faire oublier la situation économique ultramarine.

Des solutions inadaptées

C’est l’exemple de Mayotte, où, malgré les annonces faites, on ne peut pas dire que la situation soit réglée. Il y a eu certes, un accord de fin de conflit, les entreprises du secteur de la grande distribution, vont réduire les prix de onze produits de première nécessité. L’accord est provisoire, et n’a été mis en place que dans l’attente du premier versement du RSA,  en mars prochain.

Mais cela veut-il dire que la question du coût de la vie et du pouvoir d’achat de tous les Mahorais sera définitivement réglée ? Chacun sait bien que non. Le cas de La Réunion, avec la question de la prime COSPAR, est révélateur : les sénateurs avaient approuvé l’amendement que j’avais déposé, visant à reconduire cette prime sur trois ans. Le gouvernement en a décidé autrement : la prolongation ne sera que d’un an.

Le mécontentement est également perceptible aux Antilles, comme dans le Pacifique. En Polynésie, par exemple où les demandes d’aides alimentaires ont été multipliées par cinq en quatre ans. Il s’agit là d’un « signal d’alerte de paupérisation de population » que chacun peut parfaitement percevoir. En Polynésie comme dans tout l’outre-mer.

Ingérence

Dans ce contexte, l’attitude du gouvernement français est lourde de signification : Paris vient d’exiger de la Polynésie qu’elle réduise ses dépenses. Or la collectivité a vu ses recettes fiscales baisser de 17% en 4 ans. Un amendement a été déposé à l’Assemblée nationale, lors du vote du projet de loi de finances 2012, visant à créer une dotation d’ajustement exceptionnelle pour ce territoire. En contrepartie de cette aide de 50 millions d’euros, l’Etat exige que la collectivité cède des actifs et mette en œuvre  le plan de redressement de ses finances.

Il s’agit là d’une décision lourde de sens : le principe de libre gestion des collectivités est totalement mis à mal ; l’attitude du gouvernement relève sinon du chantage, pour le moins d’une curieuse façon d’appréhender le mot « autonome ». Et tout cela souligne – une fois de plus – la « considération » que porte le gouvernement à l’outre-mer : un regard toujours teinté de colonialisme !

Coïncidence du calendrier : au moment où le gouvernement français exigeait des responsables polynésiens des efforts financiers inacceptables, se tenait un colloque sur le réchauffement climatique. Le constat des experts est sans appel : la montée des eaux pourrait engendrer la disparition de nombre des 118 îles, notamment celles qui constituent l’archipel des Tuamotu, dont les atolls ne s’élèvent souvent pas à plus d’un ou deux mètres au-dessus de la surface de l’océan.

Les scientifiques estiment en effet que cette montée des eaux atteindra environ 50 centimètres à l’horizon 2100, et ce, dans le cas où le réchauffement climatique ne s’accélérerait pas au cours des décennies à venir. Et cela n’est absolument pas avéré. Quelque 270.000 habitants de Polynésie seraient alors touchés par le phénomène d’ici à la fin du siècle.

Réfugiés climatiques

Ces 270.000 Polynésiens viendront rejoindre les 38 millions de réfugiés du climat. Un nombre en constante augmentation : en 2008, 4,6 millions de personnes étaient réfugiées à la suite d’un conflit violent, mais entre 15 et 20 millions avaient du quitter leur domicile après une catastrophe naturelle. Deux ans plus tard, en 2010, 38 millions de personnes sont donc devenues des migrants environnementaux, des réfugiés du climat.

La tendance devrait s’accentuer pour l’année 2011 qui a vu le tsunami et l’accident de la centrale nucléaire du Japon et surtout les inondations en Thaïlande, en Australie, en Chine et aux Philippines. La sécheresse qui a frappé l’Afrique, le Canada, l’Asie… est aussi une cause probable de migration climatique.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a annoncé, dans son dernier rapport, l’augmentation des phénomènes climatiques extrêmes. Tout cela entrainera obligatoirement de nouvelles catastrophes et de nouvelles migrations. Est-ce pour autant un sujet de préoccupation des pays du Nord ? Non. Les tergiversations à Durban ont été, à ce titre, révélatrices de l’état d’esprit des pays dits développés. Si tout n’est pas perdu, rien n’est gagné. Loin de là.

Des menaces ignorées

Le gouvernement français prend-il la mesure de cette menace liée aux changements climatiques ? Tout indique que non. Pourtant, les scientifiques ont souligné que l’Occident n’était pas à l’abri des migrations environnementales.

Ils ont d’ailleurs pris comme exemple ce qui s’est passé en France, en 2010, avec la tempête Xynthia. Plusieurs milliers de personnes ont du aller vivre ailleurs, non seulement à cause des dégâts provoqués par la tempête mais aussi parce que les habitations situées en zone vulnérable ont été évacuées et qu’aujourd’hui, les plans d’urbanisation ont été modifiés.

Cette question est d’une acuité encore plus importante à La Réunion. Il est inévitable que tôt au tard, un cyclone nous frappera. Pour l’instant, l’île connaît une nouvelle période de sécheresse. Dans le Sud, la situation est alarmante, pour les populations comme pour l’agriculture.

La Réunion va-t-elle rejoindre la liste des 70 départements français sinistrés ?  Les récoltes de letchis et de mangues ont été extrêmement faibles, cette saison. La canne va-t-elle subir le même sort ? Déjà menacée par une éventuelle suppression par l’Europe des quotas, la filière canne / sucre peut aussi s’inquiéter de l’excellente production annoncée par les betteraviers. Ceux-ci parlent de résultats exceptionnels, de rendements inespérés, dépassant ceux de 2009, année de référence. Quand bien même les betteraviers auraient dépassé leurs quotas, ils peuvent néanmoins vendre leur surproduction, puisqu’il manque de sucre dans l’Union européenne, et que tout est acheté à des prix intéressants.

« Au moment de diffuser ce blog, se produisent deux événements : pour la France l’abaissement de la note trois A mettant en question la crédibilité de la politique économique et financière du gouvernement, et pour La Réunion le coup de force du président de la Région vis-à-vis d’Air Austral. Ces deux événements capitaux pour l’avenir feront l’objet de nos commentaires dans notre prochain blog. »


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