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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

S’appuyer sur les capacités des Réunionnais

Par • 25 Oct, 2010 • Catégorie: Que faire ?

On parle beaucoup de la crise. Et il est vrai que la crise structurelle de La Réunion, s’ajoutant à la crise mondiale, sème peur et confusion. Or la crise doit être aussi l’occasion de s’interroger. Comment en sortir ? Tout au moins, quelles perspectives tracer ?

Une chose est sûre. Il faut arrêter de faire croire qu’il y a des solutions toutes faites, toutes prêtes dans l’arsenal assimilationniste. Beaucoup, d’horizons politiques divers, l’ont dit, le système actuel a atteint ses limites, même si les luttes pour l’égalité sociale ont permis quelques améliorations. Quelques chiffres peuvent illustrer la persistance des problèmes.

Avec 110 000 chômeurs, sans compter les travailleurs précaires, nous atteignons un taux trois fois supérieur à celui de la France. Les jeunes, même diplômés, peinent à trouver un emploi : presque 40 % des moins de 30 ans sont au chômage.

Ces dernières années ont démontré que malgré une croissance économique relativement forte, nous n’avons pas réussi à faire baisser ce pourcentage. Le pourcentage de Rmistes est également beaucoup plus élevé ici que dans tout pays développé. Malgré la scolarisation, le taux d’illettrisme reste très inquiétant. Si nous prenons le logement, 30 000 demandes sont en attente, s’y ajoutent les besoins de rénovation de nombreux logements.

L’augmentation de la population d’ici 2025 (+ 200 000 habitants) risque fort d’aggraver la situation, si nous ne trouvons pas les voies d’un réel développement.

L’assimilation et l’intégration ne réunissent pas les conditions d’une sortie de crise. Il nous faut inventer un autre modèle de développement. Un développement durable exige que les solutions s’appuient sur les capacités des Réunionnais et non sur l’imitation d’un modèle propre à un pays développé.

Sans épuiser toutes les possibilités, nous pouvons esquisser quelques exemples montrant ce que nous sommes capables de faire ici, nous-mêmes.

On parle souvent du problème de l’épuration des eaux usées. Jusqu’ici, la solution présentée est coûteuse car mettant en œuvre des moyens techniques sophistiqués. Or il existe des moyens naturels. Par exemple, le lagunage utilisant l’eau, le soleil et les plantes.

Autre problème, l’élimination des déchets qui provoque des débats passionnés. Actuellement, le transport des déchets vers les deux zones d’enfouissement est particulièrement lourd. Or un traitement de proximité des déchets serait possible par la multiplication de déchetteries dans les quartiers ou les écarts ruraux : réutilisation sur place des déchets biodégradables pour constituer du compost, transformation des déchets verts en combustible. En plus de réduire le poids des déchets à transporter, ce traitement de proximité fournirait du travail.

Avec le vieillissement de la population et, parallèlement, le changement des modes de vie des familles, les services d’aide à la personne devront se développer.

Enfin, le désastre des incendies au Maïdo a montré que notre environnement a besoin d’être surveillé et entretenu. La Réunion est sans doute le seul département français dont 40 % de sa surface relève d’un parc national. Une formation adaptée permettrait à de nombreux Réunionnais, très attachés à la beauté et à la protection de leur île, d’en assurer au mieux la protection.

A travers ces quelques exemples, nous avons voulu montrer qu’il était possible de remplacer un modèle extérieur propre à un pays très développé par une activité humaine locale. C’est en posant des actes concrets que les Réunionnais affirmeront leur confiance en eux-mêmes et montreront leurs capacités à mettre en chantier un développement durable pour leur île.

4 Réponses »

  1. D’accord avec l’analyse. Même si je n’aime pas le mot « modèle », et que je préfère de loin de mot « mode » de développement.
    il y a également une partie de notre savoir-faire que nous avons laissé de côté. C’est par exemple la question de la construction. les « anciennes maisons créoles » n’avaient pas la climatisation. pourtant, elles sont fraîches, même en plein été. Cela est lié à la conception de leur construction. aujourd’hui, les architectes se souviennent-ils de ce savoir faire? non. On construit et on installe la clim’. avec tous les effets néfastes, tant pour l’environnement que pour la santé.
    la réglementation thermique – non encore applicable faute de décrets – prévoit très timidement la limitation de la clim’ mais du côté des architectes, quelle sensibilisation a-t-elle été menée? Puisse le salon de l’habitat « vivre et habiter autrement » réfléchir sur cette question…et sur d’autres

  2. Vos propositions comportent une double ambiguïté.
    La première concerne l’usage des expressions « assimilation » et « intégration » qui renvoient plus à des problèmes d’ordre institutionnel. On constate que certains considèrent que cette question est un préalble. C’est ainsi que le gouvernement avait conçu les Etats généraux où dans l’atelier « gouvernance » il aurait souhaité que la solution choisie soit celle d’une modification de régime. C’est la voie dans laquelle voulaient s’engager la Martinique, la Guyane et la Guadeloupe avec quelques difficultés. C’est aussi la préconisation d’Albert Ramassamy qui, dans une tribune récente, estime qu’il faudrait demander un changement institutionnel.
    La deuxième ambiguïté porte sur le degré d’adaptation à mettre en œuvre.
    Car le régime actuel appliqué à La Réunion est celui de l’adaptation. On peut citer des exemples récents : la mise en ouvre du RSTA avant celle du RSA; toute une réglementation thermique, acoustique et aération (rtaa) est appliquée aux DOM. La révision constitutionnelle de 2002 donne aux DOM la possibilité d’adapter certaines mesures. Certes, il s’agit d’un dispositif très encadré mais ne s’appliquant pas à La Réunion.
    Les questions que l’on peut vous poser sont donc les suivantes :jusqu’à où peut-on sortir du modèle imposé ? Par quels voies ou moyens ? Les Etats généraux n’ont-ils pas été une occasion manquée ?Comment éviter le piège qu’on peut nous poser : puisque vous voulez sortir du droit commun, assumez vos responsabilités y compris sur le plan financier ? N’est-ce pas un peu ce qu’il y a derrière le concept de « développement endogène » proposé par le gouvernement ?

  3. Bonjour Monsieur Vergés,

    Avant tout permettez moi de vous remercier, en effet grace à vous j’ai pu découvrir un pays de la zone grace au volontariat. Pendant trois ans, j’ai éssayé d’apporter mes compétences à un syndicat d’agriculteur aux Comores.
    Je partage votre diagnostic, nous n’avons pas exploré l’ensemble des possibilités de création d’emploi au niveau local. On peut aussi s’intérroger pour des espaces insulaires comme les notres, si un systéme fondé exclusivement sur la concurrence et le marché sont adaptés. A un moment ou ce systéme est à bout de soufle, on voit chaque jour les conséquences sociales et écologiques de cette course folle au bébéfice, on peut être les précurseurs d’un nouveau modèle.
    Mon expérience aux Comores m’a ouvert les yeux, notre avenir se situe dans l’océan indien. La jeunesse formée doit se tourner davantage vers les pays de la zone. A l’heure actuelle, il éxiste des structures qui accompagnent les réunionnais dans leurs démarches pour s’installer en métropole. Il faut impérativement initier ce même dispositif à destination de nos voisins.
    Immédiatement pour marquer les esprits, pour montrer clairement qu’une page se tourne, demandons aux législateurs de prendre encontre notre géographie et instaurons un visa « réunionnais » qui permettra aux gens de la zone de se rendre plus aisément à la Réunion. Il n’y aura pas de véritable décollage du tourisme sans cette mesure. De plus nous allons à prendre à connaitre ces habitants des différents pays de l’océan indien qui viendront nous rendre visite. A partir de ce moment un changement de mentalité va s’opérer.
    Voila une piste à explorer pour l’avenir de notre ile.

    Yannick.

  4. Bonsoir Monsieur Vergès !!

    Je suis heureuse qu’enfin, nous simple citoyen de la Réunion, puissions enfin avoir
    l’opportunité de pouvoir échanger directement avec un élu, voir une figure emblématique de
    la vie politique de notre île….J’ai tant de choses à dire, de questions à vous poser, que tout se bouscule dans ma tête…Aussi je vais faire simple.
    Je suis partagé par la politique de mobilité qui a été mise en place.
    En effet, on bassine notre jeunesse depuis tellement longtemps, que pour réussir il faut
    partir, soit disant pour mieux revenir….Je puis vous dire, que partir , en effet, ils partent mais sans aucun espoir de retour puis- ce que bien que nos mérites soient reconnu à l’étranger, une fois de retour dans notre île natal, la politique de préférence régionale, n’existe que sur un bout de papier et ne s’applique aucunement…Condamnant cette élite à s’exiler à l’étranger….J’ai de nombreux exemples que je pourrais vous exposer, mais une nuit ne suffirait pas pour tous les nommer…Je parle de cela en connaissance de cause, puis ce qu’à ce jour je fais partir de la majorité invisible de cette jeunesse sacrifiée, que tout le monde fait mine d’ignorer pour ne pas avoir sans doute à résoudre un problème qui perdure depuis des années….Aussi le plus grand nombre préfère vivre à l’étranger que de revenir chez eux, sachant par avance qu’en restant ils se condamnent à galérer pour obtenir un emploi qui encore ne sera pas en relation avec leur formation initiale, mais où ils seront en plus, sous payé….Alors je vous le demande, à quoi cela sert-il de nous faire miroiter l’El Dorado….J’ai pu constater qu’ailleurs l’herbe n’est pas plus verte….Toute ma vie, ma famille m’a chanter les mérites et les valeurs attacher au travail, au dure labeur .. Je sais de part mon expérience qu’il n’y a pas de sots métiers ; seulement de sottes gens…En effet, pendant deux ans je me suis exilée afin d’obtenir le sésame qui me permettrais de rentrer chez moi et de contribuer au rayonnement et à l’évolution de mon île…Mais tout cela n’était qu’utopie …J’ai dû très vite déchanter et me rendre à l’évidence, que jamais ce projet, ce rêve ne se réaliserait…La politique mise en place, les personnes qui se trouvent à la tête d’institution telles que celles représentées par l’état etc…Tous concourent à cet état de fait…C’est aussi selon moi, la vraie richesse de notre île, que l’on lui spolie, une sorte de fuite des cerveaux, tout comme cela s’est vue en Afrique. Sans le sang neuf de cette manne de jouvence, de force de proposition mais aussi d’opposition, je ne suis plus étonnée de voir mon île se déliterée, pillée, exploitée par cela même qui dise vouloir nous guider, nous faire évolué ; alors qu’ils ne font que se gonfler de leur propre importance et se remplir les poches; Aujourd’hui âgée de 32 ans, je sais que je fais parti d’une génération sacrifiée…Je ne peux même pas me projeter dans l’avenir, parce qu’il est pour moi synonyme à moyens terme, à l’exile forcée.
    Je crois que ma pensée est partagée par le plus grand nombre, et cela explique en grande partie l’immobilisme, le marasme et la capitulation de la population et à fortuori de notre jeunesse.

    Sylvie.

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