D'une île au monde …

Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Savoir faire entendre efficacement son mécontentement

Par • 14 Fév, 2011 • Catégorie: Que faire ?

Feuilletons la presse d’une semaine pour discerner au-delà de ce qui est quotidien, donc provisoire, ce qui est essentiel, donc durable : comme d’habitude de nombreuses infos de sport et de faits divers, mais aussi, ici et là et de plus en plus, l’expression diversifiée d’un mécontentement grandissant et général.

  • Ce sont des parents d’élèves qui protestent contre la réduction de postes dans l’Education Nationale – 36 000 cette année dont 162 à La Réunion – avec ses conséquences prévisibles sur le déroulement de la vie scolaire de leurs enfants ;
  • c’est l’augmentation de 55 % du montant des contraventions, pour stationnement interdit des voitures (de 11 à 17 euros) ;
  • c’est la grève du personnel de la CAF, là aussi contre la réduction des postes la surcharge de travail qui en découle ;
  • même colère chez les postiers d’une agence de Sainte-Clotilde ;
  • ce sont des licenciements annoncés chez Giordano ;
  • ce sont des factures d’eau soudaines de 1300, 1500 et jusqu’à 3000 euros et plus à Sainte-Marie ;
  • et puis la galère durable des sans logis : désertin i viv dann lo shomin dopi 10, 20 tan ! N’allez pas leur chanter comme Aznavour que « la misère est moins pénible au soleil » !
  • et puis et puis, phénomène rare par son ampleur et donc significatif, la grande colère des magistrats sur tout le territoire, suite aux propos accusateurs tenus par le Président de la République, alors qu’ici comme ailleurs, le problème est celui de la réduction des moyens de la Justice institutionnelle. Et voilà que jeudi dernier, Justice et Police, deux grands corps de l’Etat, se retrouvent au coude à coude pour exprimer leur ras-le-bol !

Pour finir cet inventaire à la Jacques Prévert, nous assistons à la mise en pièces du capital réunionnais. Après la vente en janvier 2010 des deux usines de Bois Rouge et du Gol, appartenant au groupe Quartier Français, au sucrier Tereos (sucrier betteravier possédant des concessions de canne en Afrique australe et au Brésil), c’est un an plus tard, la vente du pôle spiritueux réunionnais à La Martiniquaise. Il y a peu de temps, une pub montrait le rhum Charrette sur les Champs-Elysées rouges de flamboyants pétant en fleurs avec ce défi « nou la aranzé ! » Quel humour ! Toute la valeur ajoutée de la filière canne créée ici par les efforts conjoints d’industriels et d’investisseurs locaux, par le travail ancestral des planteurs et des ouvriers, par des personnalités impliquées dans le développement de La Réunion, tout ceci nous est enlevé pour le plus grand profit de groupes extérieurs.

On nous dépouille et nous restons bien tranquilles. On nous déshabille et nous ne protestons guère. Quand certains osent protester, d’autres s’étonnent. Ainsi, un syndicat patronal (le MEDEF) s’indigne que la Mairie du Port émette des réserves quant au rachat d’Edena par le groupe Marbourg qui a vendu ses parts dans le capital de Quartier Français à … Tereos.

On nous dira qu’être une île ne nous protège pas de la mondialisation. On sait bien que le capital n’est pas arrêté par les frontières et qu’il circule plus librement que les humains. Est-ce une raison pour se laisser faire ? Quand la Chine sollicite pour son développement des investisseurs étrangers, elle veille à introduire des clauses de contrôle ou exige des transferts de technologie. Nous, nous subissons l’opération inverse : il y a main mise extérieure sur le capital et le savoir-faire réunionnais. Dans ces conditions, quel est le sens du « développement endogène » auquel le Chef de l’Etat nous invite ?

Au-delà de l’émotion, la lecture lucide de ces divers événements met en pleine lumière la gravité de la situation. D’autres annonces ajouteront encore à cette gravité actuelle : dès mars, le gouvernement va resserrer son budget et le magazine Le Point annonce que le Ministre du Budget, anciennement Ministre de l’Outre-mer, François Baroin, a mis à l’étude la suppression de toutes les niches fiscales des DOM, à l’horizon 2012.

Notre situation actuelle découle de la politique gouvernementale. Si les représentants locaux de l’UMP se taisent au mépris des intérêts réunionnais, les électrices et les électeurs ne manqueront pas d’occasions prochaines pour manifester concrètement leur mécontentement.

On constate un divorce choquant entre les peuples et les gouvernants. Profiter des largesses de gouvernements corrompus et autocrates pour passer ses vacances alors que les peuples assujettis grondent, se battent et meurent, donne une image détestable du gouvernement français. Ce même gouvernement restera-t-il sourd à la colère qui s’exprime, partout, sur son propre territoire ?

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