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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Trouver des voies nouvelles

Par • 13 Déc, 2010 • Catégorie: Que faire ?

Que nous soyons en crise, une crise profonde et durable, de plus en plus de personnes en prennent conscience : celles qui sont touchées directement dans leur vie quotidienne, par exemple en cas de perte d’emploi, celles aussi qui ont un regard lucide sur notre société. La situation est tellement grave qu’on ne peut plus fermer les yeux.

C’est dans ce contexte que s’est tenu le 7ème Congrès du Parti Communiste Réunionnais, les 3,4 et 5 décembre 2010.

Des situations difficiles, le PCR en a connu pendant ses 51 ans d’existence. Le congrès a d’ailleurs permis, à travers des témoignages de militants, de rappeler ces luttes qui ont profondément marqué notre peuple.

La particularité de la période actuelle, c’est que nous sommes face à une crise qui a des contours mondiaux, européens, nationaux et que nous, à La Réunion, nous ressentons les effets de cette crise multiple. De plus, ces effets vont se faire sentir de plus en plus fort en 2011, 2012 et au-delà, avec le blocage des budgets de l’Etat, la réduction des ressources des collectivités, la diminution des remboursements de la Sécurité sociale, etc.

Alors, face à cette perspective, n’ayons plus d’illusions ! Les choses ne vont pas s’arranger à coup de mesurettes, de subventions accordées ici et là selon des critères peu clairs, encore moins à coup de communication.

Déjà, depuis quelques années, nous avons entendu tel ou tel ministre prévenir que le système mis en place en 1946 avait atteint ses limites. Il y a 64 ans, à la fin d’une guerre qui avait durement éprouvé l’économie de notre île, des Réunionnais ont effectivement souhaité mettre fin au statut de La Réunion colonie pour que ses habitants aient accès aux mêmes droits que n’importe quel citoyen français. Malgré les réticences de certains ministres inquiets du coût de ce changement, tel Marius Moutet, Ministre des Colonies de l’époque, la loi du 19 mars 1946 a été votée. Cela n’a pas suffi, il a fallu y ajouter des décennies de luttes pour conquérir cette égalité sociale désirée, enfin en 1996. Il a fallu aussi batailler pour tenter de faire reconnaître l’identité culturelle de notre peuple.

Aujourd’hui, le défi est de réunir les conditions qui nous permettront d’assurer le développement durable de notre économie, une répartition plus juste des ressources et des revenus, la préservation d’un environnement fragile et déjà abîmé, même si sa beauté nous réjouit encore.

Ce n’est pas à l’intérieur du système actuel que nous pourrons le faire. En effet, nous constatons que malgré une croissance (qui fut à + 5 % pendant de nombreuses années), nous ne pouvons offrir suffisamment d’emplois, notamment à notre jeunesse, pourtant de plus en plus diplômée. Le chômage croissant atteint aujourd’hui 122 400 personnes (28,9 % de la population en âge de travailler). Nous constatons que depuis des années, le nombre de demandes de logements continue à tourner autour de 30 000. Nous constatons aussi que malgré les avancées sur le plan culturel, il suffit de pancartes bilingues à l’entrée d’une ville, pour que certains s’affolent. Réaction qu’on aurait pu croire dépassée et assez étonnante quand on sait que plusieurs régions françaises affichent sans problème des pancartes bilingues !

Ces phénomènes sont à analyser. Ils nous montrent qu’au-delà du changement de statut en 1946, l’idéologie coloniale a continué à peser sur les esprits et qu’il faudra faire des efforts pour effacer cet héritage. Les Réunionnais doivent prendre confiance en eux-mêmes pour réfléchir ensemble et construire un nouveau modèle de développement. Il s’agit aussi de trouver des voies nouvelles pour avoir les moyens financiers de mettre en œuvre ce développement économique. Cela peut être par la globalisation de l’aide, par une fiscalité adaptée, par la participation active de ceux qui disposent de capitaux. A nous d’y réfléchir !

Il faut créer les conditions de mise en activité des plus pauvres et c’est possible pour de grands secteurs (aide à la personne, déchets, épuration des eaux usées, environnement etc.) ; c’est la condition préalable à la mise en place du développement durable.

Si nous ne sommes pas capables de trouver par nous-mêmes les moyens de notre propre développement, d’autres s’en chargeront et on peut être sûr que cela ne sera pas dans notre intérêt.

Une Réponse »

  1. L’Etat reste un Etat colonial, sinon, pourquoi a-t-il nommé un « chargé de mission pour le développement endogène », qui ne soit pas Réunionnais?
    Ce monsieur a probablement toutes les compétences nécessaires, mais il ne connaît probablement pas l’Histoire de La Réunion, les acteurs du développement.
    une connaissance « sur le papier » est une chose.
    la compréhension d’une situation par la maîtrise des composantes de celle-ci en est une autre.
    Entre l’Etat qui veut renforcer les pouvoirs des préfets, un sénateur réunionnais qui veut placer le recteur aux ordres du préfet, la démocratie est mal engagée, les intérêts réunionnais ne seront pas obligatoirement respectés.

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