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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Une décision catastrophique

Par • 18 Oct, 2010 • Catégorie: Que faire ?

La semaine dernière, nous posions la question « La fin du développement durable ? » Hélas, les événements semblent nous donner raison. Jeudi 14 octobre a été signé à Paris entre François Fillon et Didier Robert le Protocole de Matignon 2. C’est là une des décisions les plus importantes pour l’aménagement de notre île depuis la fin de la suppression du chemin de fer en 1963 … et c’est encore plus catastrophique.

A croire que ceux qui se présentent comme des responsables politiques ne savent pas tirer les leçons du passé.

A la fin du siècle dernier, le creusement du port de la Pointe des galets et le chemin de fer ont représenté des grands travaux qui, outre leur performance technique, ont modelé toute la vie économique de l’île, alors dominée par la culture de la canne à sucre.

Sa suppression a favorisé une politique du « tout automobile » et exigé constamment des investissements routiers coûteux. La progression démographique (242 000 habitants en 1946, plus de 800 000 aujourd’hui), le développement d’une économie de services et, par suite, de la mobilité ont rendu toujours plus difficiles les conditions de circulation. A-t-on évalué le coût du temps passé dans les embouteillages, les frais d’essence et l’investissement que constituent l’achat et l’entretien d’une voiture ? Avec, malgré tout, la menace d’un coma circulatoire et des villes engorgées par les voitures en circulation ou en stationnement.

C’est à partir de ces données objectives, que nous avions opté pour un Tram-train, transport collectif électrique, élément essentiel d’un développement durable fondé sur l’autonomie énergétique. Nous avions obtenu l’appui du gouvernement de Dominique de Villepin qui avait accordé à la Région Réunion un effort exceptionnel, La Réunion étant la seule région d’Outre-mer à bénéficier d’un tel soutien.

La signature du Protocole de Matignon le 19 janvier 2007 avait réuni autour du Premier Ministre et du Président de la Région les maires concernés par la première tranche Jean-Louis Lagourgue, Alain Bénard, Jean-Yves Langenier, Roland Robert, René-Paul Victoria, une représentation politique allant au-delà des oppositions idéologiques. Le mois suivant ce Protocole avait été contresigné à l’hôtel de Région Pierre Lagourgue par le Ministre de l’Intérieur … Nicolas Sarkozy.

En 2008, les candidates et candidats aux élections présidentielles ont unanimement exprimé leur accord avec le projet du Tram-train.

Qu’est-ce qui change avec la signature de ce nouveau protocole ?

Le chantier du tram-train ne concernait pas seulement les 40 km allant de Saint-Paul à Sainte-Marie, première étape d’un projet plus vaste. Il s’agissait de la mise en chantier d’un réseau ferré allant de Saint-Joseph à Saint-Benoît et qui devait durer jusqu’en 2025. Un certain nombre des seize maires concernés par ce trajet avaient manifesté leur impatience et les emprises au sol étaient réservées.

Ce transport collectif, de personnes et de marchandises, avait aussi pour objectif de répondre à notre progression démographique (1 million d’habitants vers 2025).

Le supprimer est un acte qui aura des conséquences très lourdes pour l’avenir de l’aménagement de La Réunion. Comment expliquer qu’une collectivité régionale, qu’un élu réunionnais demande à l’Etat le démantèlement d’une infrastructure dont le financement était assuré ? Et cela au moment même où de nombreuses collectivités protestent contre la réduction des crédits alloués par l’Etat.

Que peut penser la jeunesse de notre pays, déjà inquiète face à la réforme des retraites ?

Une Réponse »

  1. La décision de Didier Robert de ne pas construire le tram train s’apparente à celle prise par ces amis politiques de la génération précédente : supprimer le train pour construire la route du littoral. C’était dans les années 50. 60 ans plus tard, on aurait aimé croire que la maturité politique aurait gagné les dirigeants du RPR, UDF, UMP, Objectif Réunion etc. Non. C’est le même schéma qui s’est reproduit. Une décision prise ici par opposition à un projet, au projet d’une équipe. Une fois de plus, les principaux enjeux ont été mis de côté : Didier Robert a-t-il pris en compte la donnée de la poussée démographique ? les bus ne pourront jamais déplacer autant de monde à la fois qu’un tram-train. A-t-il pris en compte l’évolution des mentalités ? « les Réunionnais aiment l’auto » disent certains. Mais est-ce par choix ou par obligation ? Didier Robert a-t-il pris en compte le coût social et économique de cette décision, tant à court qu’à moyen ou long terme ? Non.
    Une politique de gestion à le petite semaine, s’appuyant sur aucune vision d’avenir, sur aucun projet global. Ce n’est pas seulement un arrêt brutal, c’est surtout un recul dans le développement de plusieurs décennies que nous venons de connaître.

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