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Le Blog de Paul Vergès

Police : A+ A- A

Une stratégie à moyen et long terme pour éviter toute improvisation

Par • 13 Nov, 2011 • Catégorie: Que faire ?

La crise actuelle a débuté en fin de 2008 aux États Unis. Rapidement, elle a concerné tous les pays du monde et de crise financière et bancaire, elle est devenue économique, n’épargnant sur ce plan aucun secteur.

Aujourd’hui, 3 ans plus tard, voit-on des signes de redressement ? Non. Les États Unis connaissent de grosses difficultés pour relancer l’activité, le taux de chômage y est toujours important, et la crise est devenue l’un des points centraux de la campagne électorale américaine.

Aucun signe de reprise

En Europe, il n’y a aucun signe de reprise, bien au contraire. La question du règlement du déficit se pose à de plus en plus à des États fortement endettés qui vont se retrouver rapidement dans l’incapacité de résoudre le problème. Celui-ci est au cœur des débats des 17 pays de la zone euro.

L’action de la France et de l’Allemagne s’est traduite par les accords du 21 juillet, octroyant une aide à la Grèce. Mais cet accord n’est toujours pas appliqué 4 mois après. La France demande, après l’intervention de la Commission européenne, celle du FMI et de la Banque européenne, ce que refuse catégoriquement l’Allemagne, au motif que la Grèce n’a pas satisfait aux conditions nécessaires à son développement.

C’est dans ce contexte qu’est intervenue la démission de Papandréou et la mise en place d’un nouveau gouvernement de transition ; celui-ci doit avoir la charge d’appliquer les nouvelles mesures de rigueur. La question qui se pose est celle de savoir comment le peuple grec va appréhender ces nouvelles mesures d’austérité.

La crise a touché aussi l’Italie. Depuis 17 ans, les Italiens, par des manifestations, ont fait part de leur désapprobation de la politique menée par Berlusconi. Malgré leur mobilisation, ils n’ont pu infléchir sa politique. Ce sont les banques et le secteur de la finance qui ont créé les conditions de son départ.

Perte du AAA : une question de temps

Pour ces deux pays, l’Italie et la Grèce, les conséquences, outre l’abaissement de la fameuse note, vont être dramatiques : le taux d’intérêt accordé pour les emprunts effectués par les États va passer de 3,5% à 7%. Ils se retrouvent dès lors, dans l’incapacité de régler leur déficit.

D’autres pays européens entrent à leur tour dans la spirale : l’Irlande, l’Espagne qui vient d’entrer dans la récession. Pour la France, c’est probablement une question de temps. Jacques Attali, dans un récent article paru dans le journal économique « La Tribune » estimait que la question n’était pas de savoir si la France allait garder le AAA mais à quelle date elle allait perdre cette note. Cette sanction va irrémédiablement provoquer les mêmes conséquences que pour la Grèce ou l’Italie : le doublement du taux d’intérêt provoquant l’impossibilité de l’Etat de faire face à la situation.

Vers un autre plan de rigueur de 7 milliards supplémentaires !

Chacun a pu voir les signes avant-coureurs d’une aggravation de la situation. Le projet de loi de finances (PLF) pour 2012 a été établi sur l’hypothèse d’un taux de croissance de 1,75% ; le gouvernement vient de baisser cette prévision à 1%, se qui s’est traduit par la nécessité de trouver 7 milliards de plus au budget. Mais selon les économistes, ce taux de croissance devrait être de 0,6%. Ce qui est probable, puisque le taux de croissance pour le dernier trimestre 2010, en France est de 0% !

Le gouvernement français a procédé déjà en deux fois à des « tours de vis budgétaires » : le premier d’un montant de 12 milliards, le second de 7 milliards. Et compte tenu du contexte, et du taux de croissance qui n’atteindra pas 1%, à la fin du premier semestre 2012, il y aura certainement un nouveau réajustement budgétaire de 7 milliards.

Ainsi, en 2012, la situation va s’aggraver avec la combinaison des crises grecque, italienne, espagnole et française créant des interactions qui ne seront pas de nature à stabiliser la situation.

Quelles perspectives pour La Réunion ?

Au moment où se discute le budget de l’Etat et celui de l’outre-mer, il est intéressant de noter les positions d’une part, de ceux qui se satisfont des actions de l’Etat et d’autre part, de ceux qui estiment que celui-ci n’apporte pas l’aide nécessaire à l’outre-mer.

Mais la question qui reste posée est celle-ci : quelles sont les perspectives à moyen terme ? En effet, avec 116.000 chômeurs (et si l’on compte les inactifs, cela représente une population de 145.000 personnes), est-il possible de traiter cette question du chômage en un ou deux ans ? La réponse est non.

En ce qui concerne le logement – notamment le logement social -, peut-on raisonnablement estimer que l’on va construire 10.000 logements par an ? Ce chiffre (180.000 logements de 2012 à 2030) a été présenté par le Conseil régional, dans le Schéma d’Aménagement Régional (SAR), lequel vient d’être ratifié par le Conseil d’Etat. La aussi, la réponse est non : on ne construit que 1.500 ou 2.000 logements par an. Un rythme déjà faible mais qui risque d’être encore réduit, suite aux mesures prises par le gouvernement dans le PLF 2012 (défiscalisation, fin d’exonération de charges etc.).

Et quelles solutions pour les Réunionnaises et les Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté ? Les mesures de récessions prises par le gouvernement vont obligatoirement renforcer la misère subie par la moitié de la population de La Réunion.

Ces trois exemples prouvent que nous sommes dans une impasse et qu’il convient de trouver des solutions, et créer les conditions d’un changement décisif.

Éviter toute improvisation

Aujourd’hui, l’outre-mer est dans une impasse. Et les événements semblent se répéter. La crise guadeloupéenne est née, en 2009, de la protestation de la population sur le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter. La crise s’est étendue à la Martinique, à la Guyane puis à La Réunion, Face à la mobilisation des ultramarins, le gouvernement français s’est vite trouvé débordé et a improvisé des solutions. C’est par exemple « la prime COSPAR » qui prend fin au 31 décembre 2011.

Deux ans plus tard, c’est à Mayotte, que les mêmes causes (le coût exorbitant des produits de première nécessité) produisent les mêmes effets (la mobilisation du peuple, depuis un mois et demi). Là encore, le gouvernement a été débordé, une ministre, un médiateur, un ancien préfet notamment s’y sont rendus et en sont très vite partis.

A ces crises touchant les Départements d’outre-mer, il faut ajouter les mouvements concernant la Calédonie et la Polynésie. Il n’en reste pas moins vrai que, même si les motifs sont différents, la crise atteint tout l’outre-mer.

A nouveau, face à la généralisation de ce mécontentement des outre-mers, le gouvernement actuel ne semble pas prendre la mesure du problème. Celles et ceux qui seront aux postes de responsabilités en 2012 sont-ils conscients de la gravité de la situation ?

A La Réunion, les responsables politiques sont-ils conscients qu’il convient de prendre des mesures pour éviter que La Réunion ne soit entrainée dans une situation encore plus tendue ?

Tenir un langage de vérité

Lorsque le gouvernement annonce qu’une sortie de crise est possible à Mayotte, cela entraine un certain nombre de questions. En premier lieu, pourquoi avoir attendu autant de temps pour prendre la décision de faire baisser le prix de 11 produits ? Les précédents en Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion ont montré que le blocage des prix, à l’époque, n’avait pas entrainé la disparition d’entreprises.

En second lieu, le gouvernement limite dans le temps ce blocage des prix, le fixant à mars prochain, date de la mise en place à Mayotte du RSA.

En troisième lieu, le gouvernement se garde bien de dire que le RSA versé à Mayotte sera inférieur de 75% à celui versé à La Réunion.

Cette attitude montre l’extrême légèreté avec laquelle le gouvernement gère les difficultés de l’outre-mer. Et en cela, il est imité par des responsables politiques réunionnais qui ne se rendent pas au sommet des Présidents de RUP, et cela de façon récurrente, comme s’ils n’étaient pas conscients de la gravité de la situation et qu’ils préfèrent discuter des candidatures pour les prochaines élections législatives. Oubliant d’ailleurs au passage l’élection présidentielle, preuve s’il en est qu’ils ne croient plus à une éventuelle réélection du président sortant !

Une solution par et pour les Réunionnais

Toujours est-il que, si les responsables politiques réunionnais, d’une part, ne sont pas conscients de la gravité de la situation et d’autre part, n’engagent pas dès aujourd’hui les réflexions nécessaires pour élaborer les bases d’une nouvelle stratégie, cela voudra dire qu’ils laissent Paris décider à leur place.

Il s’agit donc de définir une stratégie sur le moyen terme (10 ans, soient deux mandats présidentiels successifs).

Encore conviendrait-il que ces décideurs n’agissent pas comme ils l’ont fait jusqu’à maintenant : abandon des grands chantiers, de l’objectif d’autonomie de production électrique etc.

Il faudrait également qu’ils tiennent compte, dans toute stratégie, d’une donnée inéluctable : l’augmentation de la population. Dans 10 ans La Réunion aura plus de 900.000 habitants. C’est une donnée essentielle à intégrer dans tout projet politique.

Il conviendrait également qu’ils tirent les enseignements du passé. En cela le récent exemple des incendies du Maïdo est révélateur. Un rapport sur l’incendie de 2010, a préconisé l’utilisation de moyens aériens. Et chacun se souvient des hésitations et tergiversations avant l’envoi de ces avions pour l’incendie de 2011.

Des mesures d’adaptation

Mais il s’agit aussi de savoir pourquoi aucun débat n’a été instauré, après les incendies de 2010, sur les autres moyens à mettre en place. C’est par exemple la question des tranchées pare-feu ; les uns disent que cela va stopper la propagation des incendies, les autres estiment que cela va générer l’invasion d’espèces nuisibles. Les arguments sont recevables des deux côtés, le débat aurait permis d’avoir une idée précise de la situation. Là, il faudra attendre une pseudo mission d’experts – a posteriori, une fois qu’une partie de la biodiversité a disparu !

Ces incendies du Maïdo, même s’ils sont criminels, reflètent la question de l’adaptation aux changements climatiques, la sécheresse dans ce cas. En 10 ans, l’ONERC a impulsé un inventaire des mesures d’adaptation à prendre, tant au niveau du littoral que de l’eau, de l’agriculture, de l’aménagement du territoire, etc.

Ces préconisations ont été à la base du plan national d’adaptation aux changements climatiques. Aujourd’hui, il convient de créer des Observatoires régionaux sur les effets du réchauffement climatiques.

Outre-mer, plus qu’ailleurs sur le territoire national, un tel observatoire est nécessaire afin d’impulser des mesures d’adaptation. Celles-ci pourront prendre en compte l’expérience acquise en France métropolitaine, même si nous sommes situés en zone intertropicale. Notons d’ailleurs que c’est là un lieu incontournable pour étudier les effets des changements climatiques.

Si les îles du Pacifique ont bien compris l’intérêt d’une telle démarche (au point d’organiser une conférence spécifique), il est indispensable que cela se fasse dans l’océan Indien. Ce retour d’expériences, auxquelles devront s’ajouter leçons du passé, permettra de limiter les dégâts lors de phénomènes climatiques extrêmes qui, inévitablement, concerneront, tôt ou tard La Réunion. Il n’y aurait donc pas lieu de mettre en exergue la seule carence du gouvernement si l’on n’étudie pas, dès aujourd’hui, tout cela.

Ainsi, dans une situation de crise mondiale aggravée, dépourvue de tout signe de redressement, dans un contexte européen de plus en plus difficile, face à des défis de plus en plus importants et urgents à résoudre, tous les indicateurs montrent que l’on est dans une impasse. L’interaction de toutes les contradictions, internes et externes à La Réunion, sont autant de facteurs montrant qu’il y a, plus que jamais, risque d’explosion sociale. Et que dans cette situation d’une gravité exceptionnelle, chacun doit faire face à ses responsabilités.

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